Terror Toons 3

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A la manière d’un Grosminet capable de se manger des bâtons de dynamite au petit-déj’ ou chutant du haut d’une falaise sans que cela ne l’empêche de revenir chasser du Titi dans l’épisode suivant, les Terror Toons imaginés par Joe Castro au début des années 2000 ne sont pas du genre à s’inquiéter du trépas. Et le come-back de sonner en 2015 via un troisième opus faisant comme si le deuxième n’avait jamais eu lieu, histoire de ramener sur le devant de la scène le Dr. Carnage et son simiesque ami Max Assassin. Un retour aux sources, oui, mais un retour en forme ? Si vous estimez qu’avoir bonne forme signifie s’envoyer du tarpé de mauvaise qualité tout en s’injectant de la barbe-à-papa en intraveineuse, le tout en se gaussant comme un Daffy Duck qui aurait abusé question hélium, alors Terror Toons 3 en affiche une olympique. Si non, alors c’est probablement l’un des pires fruits jamais tombés de l’arbre aux mauvais films.

 

 

Un rapide zieutage à la filmographie du copain Joe Castro prouve à quel point la dégringolade fut sévère pour la Série B moderne. Particulièrement actif dans les années 2000, décennie lors de laquelle il tourne tout de même 10 films (dont quatre en 2003), le spécialiste des effets gorasses – aux autres il prête son latex et sa gelée de groseilles pour Uncle Sam, Blood Feast 2, Hell’s Highway ou encore les Wishmaster 3 et 4 – a freiné des deux pieds question réalisation, ne nous offrant que deux long-métrages, accompagnés de courts, d’un documentaire et d’un segment pour un film à sketchs (Xenophobia en 2019). Enfin, « long-métrages »… Façon de parler s’agissant de Terror Toons 3, dont la durée ne dépasse pas les 70 minutes, générique de fin et récapitulatif du premier opus compris. Probablement la faute à un marché réduit à peau de chagrin, le support physique, paradis perdu du low budget, passant l’arme à gauche petit à petit, et la main à des services de VOD moins rémunérateurs. Les Castro, Leroy, Piper et compagnie n’avaient certes aucune chance de se payer une villa sur la côte d’Azur avec leurs galettes purulentes et blindées de maniaques si bêtas qu’ils en feraient, en comparaison, passer le gogolito Jason Voorhees pour un ponte de la bactériologie capable de vous réciter de tête, et en latin, le manuel du parfait scientifique nobelisé. Mais au moins Castro pouvait-il espérer que la monnaie récoltée par un Maniacal ou un Near Death finance ses bousillages de filles à oilpé à venir. Ce n’était pas la vie rêvée et les séances de surf sur les vagues de billets verts, mais ce n’était pas le cauchemar actuel non plus. Vous aurez compris où j’en viens : il y a autant de flouze dans Terror Toons 3 que dans le gobelet en plastique d’un SDF du Burundi, et cela se ressent jusqu’au scénario, inexistant et probablement improvisé en fonction des disponibilités et agendas de la petite équipe derrière ce nouveau chapitre des toons les plus dingues depuis la diffusion des Animaniacs.

 

 

Les choses sérieuses reprennent donc là où elles s’étaient terminées dans Terror Toons premier du nom : le Dr. Carnage et Max Assassin sont aussi morts que leurs victimes, et l’unique survivante, transformée en super héroïne pour combattre Satan à la fin du volet originel, décide de suivre les carcasses de ses amis jusqu’à l’hôpital où ils sont amenés. Et c’est d’un coup de baguette magique – littéralement – que ceux-ci ressuscitent, pour quitter le film aussi vite qu’ils y étaient arrivés. Ca valait bien la peine de rameuter Lizzy Borden et Beverly Lynne pour si peu… L’important se déroule de toute façon ailleurs, alors que des blouses blanches s’évertuent à ramener à la vie le médecin massacreur et son gorille au poil violet. Pas sûr que même un original façon Dr. Raoult se serait amusé à réanimer des atrocités pareilles, Carnage et Assassin ressemblant plus au résultat d’une orgie entre les vieilles cartes dégueulasses Les Crados, des peluches de contrefaçons tricotées dans un pays sous-développé et ces mascottes colorées que l’on envoie danser dans les parcs d’attraction ou devant les Mc Donald. Pas tout à faire le genre de trucmuches que les infirmières veulent voir courir dans les couloirs, quoi. Evidemment, les affreux se réveillent et mettent un zbeul pas permis dans la clinique, gonflant un nichon si fort qu’il en détruit l’immeuble, envoyant des scies circulaires découpant tout le personnel, roulant à tombeaux ouverts avec une voiture enfantine pour écraser les malades ou utilisant une tapette à mouches géante pour aplatir un chirurgien. Damned, même les globules rouges s’y mettent, sortant les scalpels pour les planter dans les pupilles des pauvres laborantins ! Un beau boxon, digne du plus acide des bad trips, et l’on peut sérieusement se demander ce que Joe Castro et son éternel partner in crime Steven J. Escobar ont sniffé avant d’ainsi torpiller le joyeux monde des dessins-animés. N’espérez néanmoins pas trop de ce réveil du Docteur et de son singe, placés bien en évidence sur l’affiche mais en vérité présents une vingtaine de minutes à peine dans le produit fini.

 

 

C’est qu’à l’approche de la fin de la première bobine, et se rendant peut-être compte qu’il n’a pas grand-chose à raconter avec cette visite des urgences par ses vieux potes pas petits, pas gentils mais sacrément barjos aussi (si vous avez pas compris la référence, c’est que vous êtes trop vieux pour être tombés sur les Tiny Toons dans les années 90), Castro s’en va s’asseoir sur les genoux de l’un de ses modèles, le pape du trash qui vous dénoyaute la gueule en deux-deux, j’ai nommé Herschell Gordon Lewis. Père du Gore, raconte-nous une histoire ? C’est ce que s’apprête à faire le réalisateur de Blood Feast lorsqu’il agrippe un livre de contes plus proche du Necronomicon que des fables de La Fontaine (la femme fontaine, à la rigueur…), prenant en otage ce Terror Toons 3 qu’il met pour ainsi dire en pause, pour nous conter une version très personnelle des trois petits cochons et du petit chaperon rouge. Dans sa bouche, et devant l’objectif de Castro, les three little pigs sont des flics se nourrissant de donuts au chili et lâchant des pets nucléaires dans des snacks, lancés à la poursuite d’une fratrie très homo-erotic comme ils disent aux states (le black, surnommé Dog, a le zob qui dépasse de son short, et les uns et les autres semblent sortir d’un David DeCoteau). Course de bagnoles dans la ville, combat avec une policière transexuelle mi-ninja mi-robot capable de cracher des briques par l’anus, transformation de Dog en loup-garou, bataille rangée entre les ripoux et les soi-disant petits chaperons rouges partis voir leur mère-grand (en fait un barbu dans une robe de mamy)… On ne voit pas ça tous les jours, et on aura quasiment tout vu lorsque les gentils prennent les cadavres des méchants pour les hacher menu et en faire un ragoût, bientôt doté d’une volonté propre et engloutissant du figurant quand il ne leur enfonce pas des carottes dans les globes oculaires, à la façon du Blob en mode « ouéééé, j’ai fumé un gros buzzzzzzzzzz, maaaaan ». Heureusement que Brinke Stevens, toujours dans les bons coups et surtout dans les plus fauchés, apparaît et se transforme en mèche de perceuse pour combattre la ratatouille démoniaque, pendant que le loup-garou crache des flammes dans une scène que l’on imagine perçue comme un hommage à Godzilla. Pour terminer ce beau segment, les survivants s’égarent dans le cabanon d’une sorte d’ogre se baladant la bite à l’air – il est chez lui, il fait bien ce qu’il veut – et faisant si peur à Dog et son pote que leurs bermudas prennent la fuite en couinant comme des chiots. Castro avait déjà vicié Hansel et Gretel au détour de son Terror Toons 2 (ou Bloody Toons sur le beau catalogue d’Uncut Movies), il atomise désormais le reste des troupes féeriques avec la complicité du goguenard et regretté HG Lewis, qui finit sa course au four, cuisiné par des porcins. Ca ne s’invente pas.

 

 

Neuf, Terror Toons 3 l’est donc assurément, et je défie quiconque de venir me dire le menton haut qu’il a déjà vu une mouche en train de faire des claquettes sur un téton ou une voiture de police se garer à côté d’un ours en peluche à la mâchoire à moitié fumée. Mais l’inédit à un prix, et il n’est pas très élevé, pareille dinguerie ne pouvant naître que sur un terreau misérable : toute notre affaire semble avoir été tournée sur fond vert (hop, on cherche des décors d’hosto sur Google et on les glisse derrière les comédiens), il y a tant de calques Photoshop (neuf fois sur dix dégueulasses et plus pixelisé qu’un streum de Duke Nukem 3D) que l’on finit par ne plus être sûrs de ce qu’il se passe à l’écran, Castro est forcé de passer devant la caméra et de faire appel aux copains (Mike Le Couvent Mendez est de la partie) et les effets sanglants semblent sortir du premier Resident Evil sur Saturn, et certainement pas des remakes new look sortis ces derniers mois. La franchise troque le low budget pour le no budget en somme, et risque même de décevoir les rares fans des deux premiers films, ne serait-ce que parce que Carnage et Max Assassin font quasiment de la figuration au sein d’un barnum que l’on pensait tout leur gloire. Dommage, leurs nouveaux costumes sont très réussis dans leur démesure. Court mais pas moins exténuant pour autant, Terror Toons 3 tient plus volontiers de l’expérience psychédélique que de la bonne petite Série B que l’on avale avec trois tonnes de fromage fondu, mais on peut néanmoins difficilement clamer que l’on s’est emmerdés devant, et son côté unique ne saurait être remis en question. On sait en tout cas à quoi s’attendre pour les Terror Toons 4 et 5, déjà annoncés mais tardant à sortir des usines Acmé. Traitez-moi de fou, mais j’ai envie de voir ça.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Joe Castro
  • Scénarisation: Joe Castro, Steven J. Escobar
  • Production: Joe Castro, Steven J. Escobar
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lizet Garcia, Lizzy Borden, Beverly Lynne, H.G. Lewis
  • Année: 2015

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