The Ape Man (L’Homme-singe)

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Tout comme on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace, on ne se risquera pas à expliquer à Bela Lugosi comment jouer les sinistres, le Hongrois n’ayant jamais véritablement laissé tomber les smokings sombres comme ses intentions cachées et les sourires sardoniques. The Ape Man (1943), ou L’Homme-Singe en VF, apporte cependant le toujours bienvenu changement dans la continuité, notre prince des ténèbres y traînant une déprime carabinée depuis une expérimentation lui offrant des rouflaquettes à la Dick Rivers et une barbe de hipster. Un spleen bien compréhensible.

 

 

Si la Série B des années 30 aux fifties était un gigantesque hypermarché, le producteur Sam Katzman (It Came from Beneath the Sea, The Werewolf, Creature with the Atom Brain) en serait assurément le directeur, lui qui ne quitta le secteur du low budget qu’à sa mort en 1973. Et comme chef de rayon, il aurait probablement embauché le réalisateur William Beaudine (Voodoo Man, Bela Lugosi meets a Brooklyn Gorilla), rouage important de la machinerie B-Movie, auquel on doit quelques 370 efforts si l’on se met à compter les épisodes de serials. Et à l’accueil, le légendaire Bela se chargerait comme de juste de répondre aux clients mécontents, enfoncé dans ses complets noirâtres et proposant sourires pincés et yeux mi-clos à ces children of the night venus récupérer leurs points et timbres pour les cadeaux de fin d’année. De la grande distribution privilégiant le volume à la qualité et les produits blancs aux coûteuses marques, sans pour autant tomber réellement dans le stand de maraîcher aux radis encore un peu terreux. Le Poverty Row en deux mots, titre pas tout à fait glorieux donné à l’allée de producteurs indépendants donnant dans le western aux tromblons en plastique, aux vampires édentés et à l’espionnage leader price. Une petite entreprise dans laquelle Katzman, Lugosi et Beaudine sont parmi les chevilles ouvrières les plus essentielles, tant ils distillent à eux trois, ensemble ou séparément, un nombre incalculable au boulier de menus films, jamais géniaux mais dont s’échappe le plus souvent un charme désuet. Pas de raison que cela change avec The Ape Man, pour ainsi dire le produit typique de son époque, et pot-pourri réunissant l’indécrottable savant fou mal inspiré, les journalistes concons, l’incompétente flicaille, la mamzelle plus courageuses que les musclés et le gorille enfermé dans la cave, transformée en laboratoire d’infortune. Le béaba du genre, les inaltérables lois du genre, et dans les années 80 c’est Michelle Bauer que l’on aurait changée en guenon sans pour autant lui mettre trop de poil au torse. Et vingt ans plus tard on aurait agité une vieille gloire du fantastique, si possible pas trop coûteuse et passée quelques temps auparavant par le carnaval de Rob Zombie, pour qu’il y séquestre de la blonde white trash dans des hangars abandonnés. Mais nous sommes toujours dans les années 40, et donc coincés à la caisse avec Lugosi. Ca nous va comme ça.

 

 

La fausse bonne idée de la semaine, c’est d’ailleurs à lui qu’on la doit, Monsieur s’injectant on ne sait trop quoi alors qu’il faisait des expériences avec son primate. Du coup, notre scientifique prend du poil aux pattes, se retrouve avec le dos courbé et les bras pendants, et traverse le pont du darwinisme en marche arrière. De quoi rendre notre cérébral tout tristounet, sans trop que l’on sache si c’est là une demande du rôle ou si Lugosi, au travers de The Ape Man, n’en profite par pour pleurer sur son sort et n’en finit plus de regretter ses jours meilleurs. Difficile de ne pas y voir un parallèle avec la chute de popularité d’un comédien relégué aux petites choses, alors que son Dracula fit frémir des familles entières une dizaine d’années auparavant… Une déchéance (relative, car on les aime aussi ces gentils horror movies des années 40) à l’écran comme en coulisse, certes, n’empêche que l’on suit avec plaisir les aventures de Bela, lassé de sa condition de bête féroce, et priant un confrère médecin de lui injecter un liquide spinal censé lui redonner une forme plus humaine. Problème : pour récupérer le liquide en question, il faut zigouiller de l’honnête homme, et ça le bon docteur n’y est pas résolu. A Lugosi, aidé de son macaque et parfois de sa sœur, une demi-folle chasseuse de fantôme persuadée que chaque salon abrite des dizaines de spectres, de faire le taf’.

 

 

Rien de très exceptionnel à dénicher dans le duvet de The Ape Man cela dit, que l’on placera dans la bonne moyenne du creature feature de l’époque, mais certainement pas au-dessus. Pour tout dire, si l’on doit se remémorer le film de Beaudine, c’est pour sa conscience de sa futilité, et le fait qu’il prend bonne note que le public visé n’était plus dupe des méthodes employées dans le genre depuis belle lurette. Alors autant en jouer en utilisant un personnage omniscient, Monsieur Je-Sais-Tout caché d’un coin à l’autre de la pelloche et sortant des buissons pour donner de précieuses informations aux protagonistes, et déconseiller aux jeunes filles d’emprunter les ruelles sombres où Lugosi se planque pour mieux frapper. Et avant que le panneau « The End » (en fait la vitre d’une bagnole sur laquelle on a peint les mots conclusifs) n’intervienne, ce vieux moustachu révèle n’être autre que l’auteur de l’histoire, et qu’il est donc logique qu’il en connaisse tous les recoins. Rigolo ou navrant, on vous laisse seuls juges. N’empêche que The Ape Man fut profitable à ses géniteurs, puisqu’une suite fut tournée dès l’année suivante. On en reparlera.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: William Beaudine
  • Scénarisation: Barney Sarecky
  • Production: Sam Katzman, Jack Dietz
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bela Lugosi, Louise Currie, Henry Hall, Wallace Ford
  • Année: 1943

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