RIP Stuart Gordon

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« Bonne année, bonne santé » qu’ils nous disent en nous collant des bises baveuses au Nouvel An, ne manquant jamais de souhaiter, dans un sourire peu convaincu, que la prochaine sera meilleure que la précédente. Nous non plus, on y croit plus, et entre les catastrophes à peu près naturelles et les pandémies, la première moitié de 2020 ne nous colle pas une gifle, elle nous balance son coude dans l’oeil. Mais si la course à l’info et la mémoire très (trop) sélective de l’Homme fait qu’il aura tout oublié d’ici deux mois (qui se souvient encore de l’effroyable coup de chaud vécu par l’Australie il y a quelques semaines seulement?), l’horror addict ne risque pas d’effacer Stuart Gordon, malheureusement parti le 24 mars. « He’s Dead ? » « Not Anymore. » On aimerait évidemment que ces quelques mots tirés de son classique Re-Animator soient de circonstance, mais il n’en sera rien et il faudra compter sur la souvenance de ses fans pour le maintenir en vie. En passant : Netflix et compagnie c’est bien joli, n’empêche que pour garder ses idoles près du coeur, rien ne remplace le support physique, quoique l’on puisse en dire.

On ne refera pas le parcours de ce combattant de la Série B, on le connaît tous. Pour changer un peu des hommages habituels trouvables en ces pages où l’on revient sur les moments forts de la filmographie des défunts de la semaine, je vais me permettre une petite anecdote personnelle. Car si je ne verserai aucune larme suite à la perte de Stuart Gordon, personnalité sympathique mais à la retraite depuis quelques années déjà et dont, pour être tout à fait francs, on n’espérait plus le retour sur Toxic Crypt, sa disparition me rappelle que mon enfance s’éloigne encore un peu plus. Gordon, par chez moi, ce sera toujours les jaquettes des VHS de Dolls et Re-Animator, certainement celles qui firent le plus trembler le petit Rigs à leur seule vision. Celle de Dolls tout particulièrement, avec sa poupée qui vous regardait en même temps que vous la scrutiez, un artwork particulièrement glauque, et le souvenir de mon troisième film d’horreur (les premiers étaient Les Griffes de la Nuit et sa suite directe), vu un mercredi après-midi, soit une demi-journée d’école en Belgique, sans comprendre tout ce qu’il se passait à l’écran. Ce qui reste certain, c’est que ce gros ours en peluche soudain meurtrier me marqua sacrément… Si les jouets diaboliques me faisaient de l’effet, Jeffrey Combs n’était pas en reste : tout comme les jeux pour enfants, il me paraissait improbable qu’un docteur soit maléfique. Mon père l’était (docteur hein, pas maléfique), et la profession a pour but d’aider autrui, non ? Alors voir cette blouse blanche à lunettes, sa seringue verdâtre en main, devant une tête décapitée faisait travailler une imagination désormais bâtie sur les interdits. Un dimanche après-midi, juste avant d’aller chez mes grands-parents maternels, alors que je ne devais pas avoir plus de dix ou onze ans, mon père me proposa qu’on mate Re-Animator. Inutile de dire que deux heures plus tard, alors que je parcourais les champs de Wallonie, mon esprit était tout aux cunnilingus d’outre-tombe et aux chats écrasés mais toujours bien vivaces…

Du chemin, j’en fis avec le bon Stuart. Je croisai Christophe Lambert dans une forteresse futuriste, je fis connaissance avec le freak du château sombre, avec ces bestioles d’une autre dimension encore passionnées (on les comprend) par la plastique de Barbara Crampton, je nageai avec un dieu lovecraftien dans les eaux d’Espagne, je fouettai du fessier sous le pendule de l’inquisition et je fus témoin de la dure vie d’un homme encastré dans un pare-brise. Des bons moments, certains plus que d’autres (Stuck survit difficilement aux visions répétées), mais le plus souvent précieux, car pour certains familiaux. Merci pour tout ça, Stuart.

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