Hercule contre les Vampires

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Il fallait s’y attendre : en donnant le feu vert à Mario Bava lorsque vint son tour de taper dans le péplum, le producteur branché biceps olympiens qu’était Achille Piazzi (Hercule à la Conquête d’Atlantide, La Vengeance d’Hercule) permit à l’empereur du gothique à l’italienne de repeindre la salle de muscu de la mythologie grecque. Un coloriage glissant vers le sombre, Hercule voyant la vie, et la mort, en rouge et noir à la faveur du présent Hercule contre les Vampires (1961), qu’Artus Films ressort en version HD.

 

 

Les sandalettes scotchées aux pieds, l’épée bien accrochée à la ceinture et le torse parfaitement huilé : tout l’attirail du parfait légionnaire, cela fait maintenant quelques années, et depuis la sortie du rigolo Le Grand Défi, que l’ursus Artus le porte le menton haut. Et le fort parmi les forts qu’est Hercule, ils connaissent plus que bien puisqu’ils ont sorti les titres Hercule contre les fils du Soleil, Hercule l’Invincible, et très récemment Hercule contre Rome. De la tatane antique comme s’il en grêlait, et une véritable giboulée de manigances et trahisons entre deux colonnes de pierre, le fils de Zeus, dont le nom varie d’un pays à l’autre, n’hésitant jamais à braver mille dangers si cela peut lui permettre de poser ses lèvres sur celles d’une déesse en détresse. Fidèle à ses aspects romantiques, le baraqué (Reg Park) file le parfait amour avec Déjanire (Leonora Ruffo), qu’il n’a plus vu depuis longtemps sans qu’aucune raison valable ne soit avancée, le barbu semblant en vérité passer son temps libre à traîner avec le casanova et coeur d’artichaut Thésée (George Ardisson). Et pendant qu’Hercule s’absente, l’oncle de Déjanire, Lycos (Christopher Lee), complote, envoûtant sa nièce pour plus tard l’offrir aux forces des ténèbres et s’emparer du trône. Pour sauver sa belle, Hercule devra courir aux enfers pour y récupérer une pierre magique, seule capable de ramener sa fiancée à la normale. En somme, à peine remis de ses douloureux douze travaux, le demi-dieu se coltine un devoir de vacances à rendre au propre, et n’a certainement pas fini de courir d’un bout à l’autre de la Grèce Antique. Comme dans un bon jeu d’aventures ou dans un RPG des familles (pour Role Playing Game, évidemment), chaque épopée apportera un nouvel indice à un Hercule prié de se hâter plus loin, chaque second rôle donnant une nouvelle direction vers laquelle avancer, et chaque combat laissant tomber un joujou magique de première nécessité dans la quête de nos héros, Thésée étant aussi de la partie. Ainsi que Télémaque (Franco Giacobini), froussard sans qualité réelle, auquel Thésée a piqué la promise. On peut dire que le cocu n’a pas la rancune tenace, lui qui aidera ou soutiendra l’amant de son ex-fiancée tout au long de Hercule in the Haunted World.

 

 

De belles promesses d’échauffourées dans un univers plus glauque qu’à l’ordinaire, Mario Bava ne se déplaçant pas pour abattre un travail classique. Traversée d’une mer de flammes, montée d’un arbre gigantesque attaqué par la foudre, tentatrices démoniaques enchaînées à de suintantes murailles, jeux d’équilibristes au-dessus d’un marécage bouillant, tempête sur les océans déchaînés… Si Reg Park et George Ardisson avaient besoin de faire quelques exercices, ils seront faits. Les plus beaux moments ? Sans conteste cette bataille dans un sous-sol assombri et décoré de cercueils, dont sortent des goules bondissantes et emmêlées dans des toiles d’araignées. Et cette rencontre dans une caverne avec un monstre de roche, quasiment indestructible et sadique, puisqu’il prend son pied en étirant ou hachant ceux des autres. De quoi faire oublier les mensonges d’un patronyme français assurant la présence de suceurs de sang pourtant absents des écrans, la présence de Christopher Lee ayant probablement donné l’idée aux distributeurs bien de chez nous de faire pousser des canines à Ercole al centro della Terra. Pas grave d’ailleurs si l’Anglais ne se change jamais en roussette diabolique, tout comme on lui pardonnera un jeu très figé et manquant de nuances (mais bon, c’est du péplum, pas une étude de caractères), tant sa silhouette macabre fait des merveilles à chacune de ses apparitions. Peut-être pas le meilleur rôle d’un Lee ne manquant pas de jolies figures fantastiques à son actif, mais l’un de ceux tirant le meilleur parti de sa ligne.

 

 

On ne s’attardera bien évidemment pas trop sur les personnages positifs que sont Hercule et Thésée, leurs interprètes, souriants et sympathiques, faisant le taf’ en la matière sans jamais mériter de francs applaudissements. De toute façon, la star, la seule, la vraie, c’est ici Super Mario, dont l’art et les trésors d’ingéniosité voleraient la vedettes à tous les gros bras de Troie. Si Hercule contre les Vampires traverse mieux les âges que ses petits copains du swords and sandals, outre par la grâce d’un métissage bienvenu avec l’épouvante, c’est bien pour le déluge de gouache que Bava postillonne sur la toile. De cette mystique entrevue avec une oracle aux promenades dans ces caves infernales, le bariolage est de mise, au point que l’on en finirait presque par se foutre de ce que peuvent raconter les uns et les autres, de quelle nymphe peut s’enticher Thésée (Monsieur tombe amoureux tous les trois pas) et du fait que les talents physiques de Reg Park sont très superficiels. L’important, c’est la belle image, le plan qui tue, ces incroyables trompe-l’oeil et la parfaite utilisation d’un budget réduit enfantant pourtant un univers loin d’être ridicule. Du bon Bava donc, mais qui pour en douter ? Et qui pour se plaindre qu’Artus ressorte cette version ritale d’Highway to Hell dans une version luxueuse, à la HD impeccable, à l’intéressant bonus où sont questionnés le comédien George Ardisson et l’expert en septième art de la Botte Fabio Melleli, et ce très complet livret de 80 pages de Michel Eloy, où sont évoqués la mythologie, Vlad Tepes, Christopher Lee, Bava bien sûr, et le cinéma mythologique ? Pas nous !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Mario Bava
  • Scénarisation: Mario Bava, Sandro Continenza, Franco Prosperi et Duccio Tessari
  • Production: Achille Piazzi
  • Titre Original : Ercole al centro della terra
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Reg Park, Christopher Lee, George Ardisson, Leonora Ruffo
  • Année: 1961

2 comments to Hercule contre les Vampires

  • Grreg  says:

    Quelle découverte ce film!!
    Il tient la route largement,mais l’essentiel est ailleurs; Bava impressionne à chaque images,de part son sens du cadrage,de la composition picturale et son génie visuel(Quel univers magique!!) qui fait des merveilles, avec trois fois rien(ou trois couleurs).
    Du grand art;chapeau bas Mr Bava.
    Merci à Artus pour la copie impecc,et pour ta sympathique chronique.
    J’ai pris mon pied,grave!

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