Murder Weapon

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Un titre fleurant bon la poudre chaude et le biceps huilé, la danseuse des cimetières Linnea Quigley (Le Retour des Morts-Vivants) et la brune incendiaire Karen Russell (Vice Academy, Memorial Valley Massacre) prêtes à en découdre dans leurs vestes en cuir, les boobs en avant et l’arme au poing, une accroche vantant à la fois leurs qualités sous la couette et leurs talents létaux… C’est clair, Murder Weapon (sortie : 1989) fait de l’oeil aux boustifailleurs cherchant un Cobra ou un Commando à la mâchoire moins carrée et aux formes plus arrondies. Une vaste tromperie, car David DeCoteau, comme de juste à la barre de strip-tease, n’entend pas shooter de l’actioner à la mode girl power, mais bien un petit slasher psychologique indécis quant à sa tenue de soirée : bonnet d’âne ou cravate bien serrée ?

 

Attention, ça va spoiler!

 

Quel coquin, ce Dave DeCoteau. C’est qu’en plus de travestir sa pluie de coups de surin en une ode aux frangines cuirassées comme des panzers comme Andy Sidaris se plaisait à les modeler, le réalisateur de Dreamaniac porte la jupette et la perruque dans le générique en se faisant passer pour une certaine Ellen Cabot. Une tentative supplémentaire de faire passer son Murder Weapon pour une entreprise féministe ? Peut-être bien. Et après tout pourquoi pas, girls wanna have fun too comme on dit, et elles en ont bien le droit. Il n’était d’ailleurs pas nécessaire de déguiser la Quigley et la Russell en pros du canon pour faire bien sur la devanture : le propos même de cette petite Série B, qui n’est pas des plus citées de son très prolifique réalisateur (c’est peut-être de là que vient le problème…), suffira probablement à satisfaire les clientes lassées d’être représentées par des cruches tout juste bonnes à se faire pénétrer. Et ce que ce soit par le quaterback dirigeant l’attaque sur le terrain comme dans la love room ou par une machette rouillée fermement tenue par ces sempiternels ermites de bois. Non pas que Linnea et Karen endossent ici les bikinis de deux cocottes dessinées pour remonter le niveau, elles sont à dire vrai aussi superficielles et crétines que leurs collègues appelées à se faire éviscérer par Voorhees le chauve golio et Myers le pas bavard. Mais au moins ont-elles cette fois le droit d’inverser les rôles, les scream queens se décidant enfin à faire gueuler leurs rois.

 

 

C’est d’ailleurs à cette revanche des petites mignonnes, et le fait que c’est cette fois les costauds qui ramassent, que l’on doit l’implication d’une Linnea Quigley d’ordinaire peu excitée à l’idée d’apparaître dans un carnage estudiantin. Non seulement elle tient le premier rôle avec sa coupine Karen Russell, mais en plus elle produit ce B-Movie particulièrement incertain lorsqu’il s’agit de se coller une étiquette. Murder Weapon est-il un slasher, une sexy comédie ou bien un thriller psychologique ? Ce sera les trois, camarade, DeCoteau brouillant les pistes et débutant son affaire dans le brouillard via une introduction particulièrement longue. Nous rencontrons donc Dawn (Quigley) et Amy (Russell), demoiselles très BCBG, amies d’enfance et glandeuses professionnelles. Pendant qu’Amy bronze et se vide des pots entiers de crème solaire sur les cuisses, Dawn marche à du deux à l’heure pour faire gagner à DeCoteau de précieuses minutes sur les 80 réglementaires, tandis qu’un petit voyeur se planque derrière des hortensias pour admirer les courbes d’Amy. Après plusieurs minutes de ce petit jeu, celle-ci décide de traîner le peeping tom jusqu’à son lit pour le chevaucher comme il se doit, alors que la Quigley se verse un verre de lait. Découvrant que son amie fait une partie de Twister sans roulette mais avec une bistouquette, Dawn saisit une lame, se fout à poil (tant qu’à faire) et rejoint le mecton sous la douche pour mieux le planter, non sans s’être frottée à lui pour que le bon Dave récupère quelques plans canailles. Une chance que le brun bientôt poignardé ne se soit pas demandé pourquoi la blondinette le rejoint avec un coupe-chou, tiens ! Dawn se réveille ensuite, nous laissant dans l’interrogation. Etait-ce un banal mauvais rêve ou le souvenir d’un crime passé ? Peu importe, dix minutes sont déjà dans la boîte (dix minutes tournées après le tournage principal pour allonger la sauce, en passant) et il est trop tard pour que l’audience songe sérieusement à crier au remboursement. On découvre dans tous les cas que la vie de Dawn et Amy est moins rose qu’on le pensait, les mamzelles, filles de deux tueurs à gage remplissant les cimetières pour le compte de la mafia, étant enfermées dans un asile psychiatriques pour des raisons là encore peu claires. Sont évoqués un accident, la perte du père pour Dawn, des copains violents, des attouchements distillés par leurs décidément peu recommandables papounets et une vision du monde particulièrement nihiliste, au fil d’entretiens avec des médecins du ciboulot (dont Lyle Waggoner de l’antique série Wonder Woman), là encore idéaux pour tirer à la ligne.

 

 

On ne se plaindra pas sur ce coup-là puisque DeCoteau parvient à installer une ambiance lourde durant ces entrevues tendues, lors desquelles Amy explique froidement qu’elle adore désosser les animaux lorsqu’elle part à la chasse avec son boyfriend, tandis que Dawn semble être à l’origine de désastres sacrément sanglants. Ce n’est pas du Mindhunters avec ses fascinants Kemper, Brudos et Manson, mais Quigley et Russell font de leur mieux et les dialogues ne sont pas trop mal tournés. Bien que dingo au dernier degré, la paire n’en parvient pas moins à sortir de leur maison des fous en faisant chanter leurs psychiatres, qu’elles sont parvenues à filmer on ne sait trop comment pendant qu’ils les caressaient lors de séances d’hypnose. Si Murder Weapon a une idée à faire passer, c’est celle que les hommes sont de fieffés cochons dont l’écorce cérébrale est localisée dans le bermuda. Et que si les femmes perdent la boule (mais montrent toujours leur boule, ça reste du cinoche d’exploitation) c’est un peu de leur faute. Libérées et prêtes à reprendre le cours de leur existence, Dawn et Amy font ce qu’elles savent faire de mieux : végéter au bord de la piscine en songeant à organiser une petite sauterie, invitant tel garçon « parce qu’il a la plus grosse ! » (véridique). On vérifie que l’on est bien coiffée, qu’il y a de la bière fraîche au frigidaire (c’est pas le cas, va falloir faire chauffer la Mastercard du killer daddy), on écoute du punk gentil ou du Hard FM, on enfile des frusques si trouées que ça ou une simple feuille de vigne sur la chatte ça serait pareil, on rêve tout de même d’égorger ou éviscérer un gus (ça reste des dingues, ne l’oublions pas) et c’est parti pour la fête ! Très année 80 la fiesta, avec ces fils de bonne famille en polo, ces musclés jouant au football américain dans le jardin et ce metalhead portant veste en cuir et jean trop usé, ravi de raconter à ses nouveaux potes qu’il a participé à une tournée avec Van Halen, ici comparé à un Caligula des temps modernes. Bonne ambiance quoi, et il ne faut pas attendre bien longtemps pour que nos coquines s’isolent avec les heureux élus pour échanger de la salive, des maladies vénériennes et des punchlines irrésistibles. Du genre « Bébé, je te respecte trop pour te baiser dans ta voiture. Et si tu me faisais une pipe à la place ? » ou ces quelques échanges entre la Quigley et le plus taiseux de ces Messieurs. « T’es un peu timide toi, non ? » lance la star de Creepozoids. « Nan, c’est juste que je suis le genre Clint Eastwood ». « Make My Day ! » balance alors Linnea avant de sauter sur sa proie chanceuse pour n’en faire qu’une bouchée. Comment ne pas aimer des films pareils?

 

 

Mais on l’a dit, Murder Weapon est avant toute choses un petit slasher des familles. Plus psychologique que la moyenne certes, et si tant est que l’on peut considérer comme cérébral une oeuvrette dans laquelle des demi-crétins – dont le génial (si si) Eric Freeman de Douce Nuit, Sanglante Nuit 2, celui-là même qui gueulait « Garbage Day ! » en vidant un chargeur sur un pauvre père de famille occupé à sortir ses poubelles – s’empiffrent de chips en visionnant Nightmare Sisters du même DeCoteau. Mais un slasher tout de même. Et un méchant puisque les meurtres versent dans un gore pas loin d’être extrême, auquel le metteur en scène ne nous a guère habitué. Dans la cuisine, on enfonce un tesson de bouteille si profondément dans une glotte que la victime en crache un vin coupé à l’hémoglobine. Dans la chambre, un type se fait transpercer le torse par l’arrière par une main gantée tenant désormais son coeur, qu’elle s’empresse de lui enfourner dans la bouche. Au garage, on sort la pétoire pour éclater une tête, dont la joue percée laisse ruisseler une cervelle changée en smoothie fraise-framboise. Et dans la cave, c’est à la masse que l’on aplatit encore et encore une tête, jusqu’à ce que celle-ci soit bonne pour se retrouver étalée sur une barquette Charal ou sur la pochette du dernier single de Cannibal Corpse. A Linnea Quigley la faute, mais ça n’étonnera personne : bien qu’étant la vedette de l’affaire, elle disparaît comme par enchantement durant près de vingt minutes, pile au moment où il commence à pleuviner des corps.

 

 

Ici lumineux et gai comme un pub pour des vérandas, là-bas digne de ces images prises à la volée dans un abattoir, et plus loin encore en pleine tentative d’apporter un peu neurone au genre, Murder Weapon tire dans beaucoup de directions. Jusqu’à en devenir une fascinante compilation de tout ce que les 80’s pouvaient compter de types de low budget et de stéréotypes, DeCoteau construisant ici une mosaïque en même temps qu’une moquerie à peine voilée de l’horreur de l’époque. Voir ces personnages un peu moins cons que la moyenne (ils s’arment et décident d’évoluer en groupe une fois qu’ils se savent en compagnie d’un tueur en série) mais paranoïaques au point qu’ils n’osent même pas fuir (ils sont persuadés que leurs bagnoles sont truquées et vont exploser au premier coup de clé, parce que Dawn est en lien indirect avec la mafia). Un jeu d’équilibre, mais il fonctionne. Pour peu, du moins, que l’on sache pardonner ces vides séquences que le vieux Dave remplit avec du rien, et ces contours un peu trop vagues du script (qu’ont véritablement fait Dawn et Amy pour être enfermées?) quand ils ne sont pas carrément crétins (les survivants se félicitent déjà d’avoir survécu avant même de s’assurer que leur ennemi n’est plus). M’enfin, si vous espérez de pareille petite production autre-chose que des serviettes qui tombent au bon moment, des dick jokes et des coups de tournevis dans les parties, c’est que le problème vient de vous, les gars.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: David DeCoteau
  • Scénarisation: Ross A. Perron
  • Production: Fred Kennamer, Linnea Quigley, David DeCoteau
  • Pays: USA
  • Acteurs: Linea Quigley, Karen Russell, Eric Freeman, Stephen Steward
  • Année: 1989

 

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