The Runestone

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Fenrir, grand méchant loup de la mythologie nordique, coupable d’avoir mangé tout cru Odin et d’avoir privé Týr de l’un de ses bras, star d’une Série B sur la ligne de départ des 90’s ? C’est possible avec The Runestone (1991), version nordique du mythe du loup-garou, fomentée par le producteur du (chouette) dessin-animé Le Petit Grille-Pain Courageux (ça ne s’invente pas). Attention : port du casque à pointes obligatoire.

 

 

Tu sais que lorsque les vikings, distributeurs automatiques de coups de hache dans la tronche, flippent sur un truc au point de traverser les mers pour aller l’enterrer au fin fond de la Pennsylvanie, histoire d’être certains que le dit truc ne reviennent pas hanter leur belle Norvège, c’est que le problème est plus sérieux qu’une écharde dans le gros orteil. Ce blème s’appelle Fenrir, bestiole des fables enneigées du genre à réduire en gratin de chèvre le troupeau entier du pauvre Monsieur Seguin, heureusement enfermée dans un bloc de roche sur lequel sont gravées des runes magiques. Ce gros caillou, des archéologues yankee le découvrent dans l’une des caves inférieures d’une profonde grotte, et tout fiers de leur trouvaille il le tirent bien entendu jusqu’à la civilisation. Grosse bévue, car l’heure du retour du loulou s’apprête à sonner, Fenrir prenant le contrôle de l’un des experts en vieux galets pour mieux semer chaos et désolation dans les rues sombres de Los Angeles. Grosso modo les quelques lignes habituelles que l’on retrouve au dos des antiques VHS donnant dans la chimère aux dents longues, toujours lâchées dans les dortoirs aux jolies poupées, les laboratoires aux blouses blanches bientôt tâchées par le gros rouge ou les forêts transformées en lieu d’exécution pour promeneurs et militaires chiquant du tabac. Mais si The Runestone se fait creature feature typique sur le papier, à l’écran il dévoile ses ressources pour se distinguer de la masse.

 

 

De par son inspiration puisée dans les contes et légendes venus du froid, tout d’abord. Si quelques autres menues productions ont déjà bu leur breuvage dans des cornes de dragon, comme le pas terrible slasher Berserker, dont nous avons déjà causé en ces pages, force est de constater que peu de séries B s’aventurent sur le permafrost et que The Runestone en garde donc une certaine fraîcheur. Pas bien grave dès lors si le bouzin récite par coeur l’abécédaire du petit monster flick, avec ses mâchouillages de clodos, ses autorités peinant à croire qu’un homme-loup puisse exister, et donc sévir, à deux rues de chez eux, son vieux fou pas si cinglé que ça que personne ne veut croire alors qu’il avait prédit le malheur depuis belle lurette… Et pas grave non plus si le réalisateur Willard Carrol, plus tard abonné aux comédies familiales ou à l’eau de rose, rechigne à miser sur la violence des attaques de Fenrir, résumée à quelques jets de sang ici et là : le propos est ailleurs. Dans cette percussion des cultures, dans ces croyances ancestrales venues mettre à mal les certitudes du Ricain moyen. Et aussi dans ce plaisir que prend Carrol à opposer ceux qui savent, de modestes Européens venus en Amérique pour surveiller la niche de Fenrir, que personne ne daigne écouter, à tous les autres, chair à pâté le plus souvent localisée dans des exposition d’artistes bobos, trop occupés à chercher le sens de chaque œuvrette pour noter qu’ils assistent en vérité au carnage d’une demoiselle par un tas de poils made in Sweden. Un propos acide, et une bonne occasion pour le réalisateur d’y aller de ses quelques idées visuelles, comme cette salle sur les murs desquels sont peint des visages que les spectateurs démolissent, ou cette pièce immaculée et parcourue par une légère brume dans laquelle Fenrir vient briser des nuques. S’il n’est de toute évidence pas le faiseur du siècle, son CV en atteste, Carrol empaquette efficacement son petit produit et peut même balancer de très bonnes séquences, telle cette baston gérant fort bien le décorum – des toits plongés dans la pénombre et la fumée – entre le nordic werewolf et un flic italien incapable de finir une phrase sans y caser le mot Fuck.

 

 

Si notre doigt inquisiteur devait se poser sur quelques faiblesses, ce serait sur ces personnages principaux que nous le pointerions en premier lieu. La gentille et maligne brune de service ne se distingue guère des 48 964 autres cocottes que la production horrifique met en avant depuis 1971, tandis que son conjoint se fait si fadasse que l’on espère le voir se faire griffer la tronche aussi vite que faire se peut. Heureusement que les seconds rôles rattrapent le coup, comme le flic déjà cité, fan de Godzilla puisqu’il décore son bureau aux couleurs du lézard géant, ou ce grand blond taiseux (Alexander Godunov, qui foutait une dérouillée à Bruce Willis dans le premier Die Hard), dont l’antre est envahie par les horloges. Soit ce mec a vraiment pas envie de rater son rendez-vous avec Fenrir, soit il a la trouille de louper La Villa des Coeurs Brisés. On pourra aussi reprocher le costume du monstre, pas véritablement raté, il peut même faire naître un léger frisson lorsqu’il est montré avec parcimonie, mais son visage légèrement raté exprime plus volontiers la bêtise que la férocité. Un public élevé au bon grain des Tortues Ninjas ne manquera d’ailleurs pas de songer à Rahzar, grosse touffe rousse qu’affrontent les héros aux carapaces dans le deuxième film. M’enfin, ce ne sont là que des maigres remontrances, The Runestone affichant du reste belle forme. Si vous êtes en mal de pelloches de loup-garou mais n’avez pas pour autant envie de vous retaper les classiques, cette prod’ un peu oubliée pourrait donc vous apporter le salut.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Willard Carroll
  • Scénarisation: Willard Carroll
  • Production: Harry E. Gould Jr., Thomas L. Wilhite
  • Pays: USA
  • Acteurs: Peter Riegert, Joan Severance, Tim Ryan, Alexander Godunov
  • Année: 1991

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