Le Retour de Patrick

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Patrick vit encore… et sévit toujours, serions-nous tentés d’ajouter. Tout du moins à compter que l’on considère que ce cousin italien du célèbre comateux de Richard Franklin prenne réellement la relève de son illustre modèle. Certes, comme l’original, ce Patrick est cloué au matelas et mise plutôt sur ses neurones que sur son physique pour lever de la belette. Mais à l’inverse de l’alité australien, dont on célébrait, si ce n’est le raffinement, un certain tact dans l’effroi, le Patou du vieux continent rappelle que les Latins ont le sang chaud et renverse son pot de bolognaise un peu partout.

 

 

Le rip-off à la sauce carbonara, c’est toute une histoire, toute une aventure et, surtout, toute une audace. Il fallait d’ailleurs s’y attendre : si ces Messieurs les diretorre sont capables de s’accrocher à l’aileron des Dents de la Mer, de siffler son essence à Mad Max, de récupérer les pièces détachées de Terminator ou de piquer ses réserves de grenades à Rambo, vous pensez bien que ce n’est pas un légume équipé d’un mono-sourcil qui va les retenir. Ni gripper la photocopieuse, même si ce Retour de Patrick (alias Patrick vive ancora, 1980, également blâmable pour le plagiat sans retenue du main theme de L’Exorciste) prend de si franches distances avec la formule imaginée par Franklin qu’il en devient le parfait négatif. Chez Richard, on s’en tenait autant que possible à deux personnages principaux, le fameux Patrick, jeune homme tombé dans le coma après avoir agressé sa mère et l’amant de celle-ci, et la nouvelle infirmière dont il s’éprend et qu’il tourmentera via ses dons psychiques. Chez Mario Landi (Giallo a Venezia), de garde aux soins palliatifs, on multiplie au contraire les personnalités tournant autour du lit d’hôpital de ce peu remuant – mais néanmoins létal – jeune homme. A Melbourne, on mise sur un environnement clinique et austère, gris comme le nez perdu de Michael Jackson et où les doctoresses font leur devoir en toute pudeur. A Rome, on s’installe dans un beau manoir (de la Terreur, l’excellent festival de revenants mâchouilleurs d’intestins grêles partageant ses locaux, et plus encore, avec Le Retour de Patrick) que colorie gaiement un jardin édénien parcouru par des MILF ne supportant pas le textile, puisqu’elle optent constamment pour le plus simple appareil. Au pays des kangourous, on utilise les rares poussées de violence pour souligner la chute mentale du personnel médical, rendu à sucer les os de grenouilles fraîchement liquidées ou à miser sur une panne de courant pour en finir avec Patrick et tout l’attirail le maintenant en vie. Au royaume de la lasagne aux épinards, on ne se retient jamais de sauter à pieds joints dans le seau aux entrailles, et l’on s’assure que chaque membre de l’audience possède bien son sac-à-vomi à portée de main, car il en aura besoin. Enfin, dans Patrick premier du nom (car on a tendance à l’oublier, mais un remake sortit de ses draps voilà quelques années) était planté un monde majoritairement positif où la seule personnalité véritablement vicieuse et dépravée était le vieux Pat’, canaillou écrivant à sa nurse des mots doux (« Patrick veut sa branlette ») mais n’allant guère plus loin avec elle. Patrick still lives ! (titre à l’international) joue une fois plus des contraires, le seul être à peu près bon étant le rôle titre, victime d’un jet de bouteille d’acide sur la tronche et donc enveloppé à tout jamais dans une couette, le vœux de revanche venant plutôt de son scientifique de père. Par contre, niveau cul, ça y va franco, les tirades salaces laissant leur place à des masturbations intenses et à l’insertion d’objets contondants dans les vulves… Sont toujours plus chauds qu’ailleurs, en Italie.

 

 

Après avoir vu son fiston se prendre un flacon de produits chimiques sur le coin de la gueule, acte totalement gratuit que le scénariste Pierro Regnoli – spécialiste du bis s’il en est puisque déjà aux rubans encreurs sur L’Avion de l’Apocalypse, Des Filles pour un Vampire, Demonia et, tiens donc, Le Manoir de la Terreur – ne justifie à aucun moment de son très idiot script, le Dr. Herschel (cette vieille tronche taillée au burin de Sacha Pitoeff, Inferno) décide donc de crier vengeance en invitant toutes les personnes des environs possédant le même modèle de voiture que le coupable dans son majestueux manoir. Ainsi, même si lui et son rejeton passé maître dans la télékinésie tueront probablement deux ou trois innocents, ils sont à peu près certains de punir leur cible dans le même temps. Et de toutes façons, les conviés bientôt dommages collatéraux sont tous des pourris à des degrés divers : politiques corrompus, maîtres chanteurs, vendeurs de drogue, conducteurs du dimanche devenus cause d’un accident mortel dont ils ont pris la fuite, femmes à la morale douteuse… Pas des grandes pertes selon Herschel, même en cas d’erreur. De son oreiller, le regard dans le vide, Patrick (le chanteur Gianni Dei, reconverti dans la Série B ritale et déjà présent dans Giallo a Venezia) s’exécute sans trop se poser de questions, et plutôt que d’envoyer six pieds sous terre son potentiel agresseur, il préfère songer à la secrétaire de son dingo de papa. Faut dire que celle-ci est incarnée par une Andrea Belfiore connaissant à priori fort bien les arcanes de l’amour buccal, vu qu’elle se retrouve la même année dans un Blow Job que l’on ne vous fera pas l’affront de traduire. Tout mince et simpliste soit-il, ce synopsis a au moins le mérite de dresser les deux axes principaux de Patrick vive ancora : l’érotisme toujours à une phalange de tomber dans le trou humide du porno pur et dur, et le gore pas loin de se faire extrême puisque très décidé à repousser les limites du bon goût, sur lequel les cinéastes bisseux de la botte pissent allégrement en ces belles années.

 

 

Il n’y a d’ailleurs pas grande-chose d’autres dans Patrick still lives ! que des meurtres assez trashos pour faire passer le plus vilain des Destination Finale pour un épisode de Kappa Mikey (référence trop décrépie ? Ben 10 ? T’choupi? Peppa Pig?) et une tempête de seins à l’air (même quand elles portent leur soutien-gorge, ces dames s’assurent que les tétons passent la tête par-dessus leur mur de lycra). Notez bien que l’on ne s’en plaint pas nécessairement, Le Retour de Patrick n’étant pas franchement une affaire de bons mots et de réflexions spirituelles (« La cause de sa mort est indéniablement due à une fatalité. » Merci doc’, t’as bien fais de faire des études !). Comme une majorité de bisseries du cru, c’est dans son animosité, dans l’envol de ses pulsions les plus primaires, que ce spin-off couvert de boue et de sang coagulé marque ses points, et sa totale absence d’inhibition force le respect. Comment ne pas applaudir Landi lorsqu’il ose filmer en gros plan l’insertion d’une barre de fer dans le vagin touffu de Mariangela Giordano, déjà tourmentée en ces lieux dans Le Manoir de la Terreur alors que son propre enfant lui arrachait le sein d’un coup de quenottes ? Vicieux, le réalisateur ne loupe aucun jet de sang du buisson violé, et pousse le bouchon (et pas que…) en faisant ressortir la dite barre par la bouche de la victime, mutée en un inoubliable shish kebab. Un grand moment, accompagné des plus sages – seulement en comparaison – coup de crochet dans la glotte, décapitation à la vitre de bagnole, asphyxie sur le siège avant, noyade façon homard dans des eaux bouillantes et une dégustation de bonne à tout faire par des toutous enragés. Du bon boulot pour faire monter le bodycount, mais rien de comparable à ce steel fucking se concluant par le crachat d’organes ravagés de l’intérieur…

 

 

Et niveau fesse, elle est ferme, merci pour elle ! On l’a dit, les comédiennes ne voyaient aucun inconvénient à dévoiler leurs marques de bronzage, le pompon revenant à la mature Carmen Russo, complètement à poil 80 % du temps. En la matière, le clou reste cette séance de plaisirs hédonistes que Patrick impose à Andrea Belfiore, venue se tripoter l’entrecuisse dans le laboratoire où gît le paralysé : doigtage franc de l’index, frottement de l’abricot contre le barreau du lit du malade (lit dès lors considéré comme une extension corporelle de Patrick), léchouille du même barreau (Patrick doit avoir le sien bien tendu…) et coups de bassin dans le vide, comme si la blondinette baisait un amant seulement présent par la pensée. Balancez un flacon de paracétamol dans vos falzars, votre slip fait 40 de fièvre… Et Le Retour de Patrick reste brûlant tout du long, ne débande jamais (mais nous non plus!) et se fait aussi énergique dans ses délires aphrodisiaques que dans ses coups de sang. Crétin au dernier degré évidemment, mais parfois le bonheur se mesure au niveau de bêtise et d’obscénité. En la matière, Patrick vive ancora est champion.

Rigs Mordo

 

Le second avis (pas très différent du premier) du Dr. Didelot:

Non sans déc’, Patrick vit encore ?? Eh oui Patrick vive ancora d’après Mario Landi : le pauvre mec est officiellement dans le coma depuis 1978 (le Patrick de Richard Franklin), et voilà qu’il revient en 1980, dans une suite toute italienne… et toute officieuse. Ne cherchez pas : aucun rapport entre l’original et la prétendue séquelle, mais les lois du copyright n’étouffent pas l’âme latine en ces années 80… Souvenons-nous par exemple des Casa de la Filmirage, fausses suites aux deux premiers Evil Dead de l’ami Raimi.
Réalisateur d’un très osé Giallo a Venezia, le Sieur Landi s’est totalement surpassé ici… au point qu’on préférera cette variation foutraque et mercantile au film sympatoche mais pépère de Franklin. Eh oui bonnes gens, Patrick vive ancora s’inscrit dans le sillage de bobines aussi branques que Le Manoir de la Terreur si l’on veut situer l’engin : OK c’est moins gore, OK c’est moins drôle, mais la pelloche fleure tout autant la racole et la putasserie maximale que le film d’Andrea Bianchi : en fait – et contre toute attente finalement – Patrick vive ancora mange surtout au râtelier du cul, avant même de penser à un brouillon de scénar…
Bon d’accord, vite fait alors : ledit Patrick est donc victime d’un méchant accident et tombe dans le coma. Pris en charge par son médecin de père, il dézingue à distance les responsables de son malheur, invités par le papa complice (Sacha Pitoëff quand même) dans la propriété familiale. Voilà, c’est tout, si l’on excepte cette vague amourette entre Patrick et une bien jolie blonde, laquelle se touche explicitement l’abricot sous l’influence télékinétique de Patrick… Merci Patrick !
Pas la peine d’en faire trop non plus : dans le théâtre idoine qu’est cette superbe demeure (celle du Manoir de la Terreur), les nanas se désapent gratos et baisouillent à l’œil… sous l’œil de spectateurs à la fête : car voilà, Carmen Russo et Maria Angela Giordan… Généreuses en coquineries, ces fières actrices évoluent ici dans l’ambiance ouatée du huis clos érotique, alors que la silencieuse colère de Patrick explose parfois en des flashes tout verts et des meurtres tout rouges. Car attention, quelques séquences proprement gore émaillent aussi le film : nana (à poil) dévorée par des chiens bien énervés, damoiselle décapitée par la vitre automatique de sa bagnole, mec brûlé vif dans l’eau bouillante de la piscine… Cool. Mais la plus emblématique de toutes est bien celle où Maria Angela Giordan ouvre les cuisses et se fait pénétrer fissa par un tisonnier long comme deux bras… avant de ressortir par la bouche à la fin de son long supplice. Dans sa version non censurée, la séquence préfigurerait presque celle de l’empalement au pilum dans Caligula – la véritable Histoire… Oui, carrément. Et puis pauvre Maria Angela quand même, puisque dans les mêmes eaux, son fils débilos de Michael lui arrachait le sein à pleines dents lors d’une mémorable tétée (Le Manoir de la Terreur… et de toutes les audaces).
Trip érotico-horrifique donc, sans cache-sexe ni complexe, car Patrick vive ancora est un petit film qu’on s’enfile pour le seul plaisir des mirettes et la nostalgie douce d’un cinoche un peu absurde certes, mais ô combien amusant !

David Didelot

 

 

  • Réalisation: Mario Landi
  • Scénarisation: Piero Regnoli
  • Production: Gabriele Crisanti
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sacha Pitoeff, Gianni Dei, Carmen Russo, Andrea Belfiore
  • Année: 1980

3 comments to Le Retour de Patrick

  • freudstein  says:

    ho!ho!ho!vous me donner l’eau à la bouche!mais celui là, avant de le voir en prime time sur tf1….je rigole,mais ça donne envie.Et retrouver une ambiance foutraque,sexe et gore à la façon « manoir de la terreur »,je prends sans hésitations!

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