Hellgate – Cité de l’Enfer

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William A. Levey devait être un peu maso sur les bords, le réalisateur de Blackenstein (1973), version blaxploit’ du mythe du baron tricoteur de cadavres, généralement considérée comme la pire du lot, et du Monaco Forever (1984) avec Jean-Claude Van Damme, que l’on ne s’embarrassera même pas à commenter, revenant encore et encore avec de nouvelles bobines sous le bras. Et tout ça pour quoi ? Pour des nèfles tiens, la plupart des tentatives du bonhomme se soldant par des échecs critiques et des pluies de moqueries. Qu’il garde son parapluie en pogne, car l’averse n’est pas finie avec son étrange Hellgate – Cité de l’Enfer (1989), direct-to-video foiré de chez foiré mais aussi une divertissement cheesy apte à envahir quelques soirées Pizza Hut.

 

 

 

Drôle de choix de slogan de la part de l’éditeur Elephant Films lorsque celui-ci décida, dans une autre vie, de remplir quelques rayons de supermarchés – et probablement les bacs poussiéreux et enveloppés de substances louches des Cash Converters les plus malfamés – de DVD Hellgate, sur lesquels ils placardent cette belle accroche : « Surtout n’entrez pas ! ». Un aveu de mauvaise pioche au moment de remplir leur catalogue ou communication maladroite ? Réponse B sans doute. Et puis la firme à la longue trompe peut se penser légitimement en avance sur son temps en ayant sorti cette production Anant Singh (aux cordons de la bourse sur The Mangler et la saga des Pulse) avant qu’elle redevienne gentiment culte depuis les bons soins d’Arrow Video, coup de tampon permettant généralement de transformer un « Gros Z tout naze » en une « Série B rigolote ». C’est ainsi, on note désormais un film classé « Bis » à son éditeur plutôt qu’au boulot fourni par l’équipe de maternité. Tant mieux pour Levey si cela lui permet, aux yeux de quelques rares collectionneurs, de quitter le banc des losers pour un temps. Et on avoue par chez nous avoir une certaine tendresse pour son Hellgate. Bon, c’est pas tout à fait la pelloche du siècle, ni même celle du mois ou de la semaine. Et pour tout dire, si vous êtes du genre à ouvrir grand votre piège-à-loup pour y renverser trois ou quatre films quotidiennement, ce B-Movie de la fin des 80’s a peu de chances d’être pour vous l’un des moments forts du marathon. Ce n’est pourtant pas faute de la part de Levey et son scénariste Michael O’Rourke (réalisateur des cheapies Moonstalker et Deadly Love) d’avoir de l’imagination. Déjà parce que le rôle de leur jeune héros, à peine sorti de la fac et avec encore un peu de lait de môman au coin de la lèvre, ils le refilent au quarantenaire Ron Palillo, que les goreux connaissent pour l’avoir vu se faire arracher le palpitant à l’entrée de Jason le Mort-Vivant et pour la série Welcome Back, Kotter où il partageait le plateau avec John Travolta. Ado frais et vedette hier, teenager ridé et coincé dans le DTV demain.

 

 

L’imagination, Levey et O’Rourke la retrouvent au détour de leur script, courageux puisque s’égarant dans le genre, généralement guère peuplé (mais ça colle avec la thématique) de la ville fantôme. Assis dans un joli gîte, profitant d’un feu de cheminée crépitant, un blond typé sportif et deux brunettes échangent des scary stories, parce que l’un dans l’autre on n’a jamais rien trouvé de mieux à faire le soir en jetant des bûches au feu. Puisque Monsieur se plaît débiter des histoires plus dégueulasses que réellement flippantes, pleine de monstres mâchouillant des moignons et de détails sur l’écoulement du pus d’une plaie mal traitée, ces dames le coupent dans son vortex de violences contées pour une légende urbaine liée à la région. Hop, Levey appuie sur la touche « Flashback » et nous fait traverser les routes des années 50 en compagnie d’un gang de motards, les virils poilus arrivant dans l’un de ces restoroutes typiques de l’époque. Pour y boire une bonne camomille et un lait fraise ? Fuck no ! Comme ils sont born to be wild, ils se mettent à renverser du café sur les clients, les menacent de leurs opinels et font fuir tout le monde, sans que cela vexe particulièrement la serveuse. Pire : ils arrachent la jupe de Josie, ingénue que les fous du volant s’apprêtent à violer sur place, entre le pain de mie et ces tubes rouge et jaune posés sur toutes les tables américaines. C’est seulement là que le cuisto sort sa pétoire, sans pour autant être trop vaillant ou protecteur envers la pauvre victime : le gang rape, d’accord, mais pas chez lui si possible, et ces gentlemans sont priés d’organiser leur tournante plus loin, le tenancier des lieux ne se sentant pas de cuir ses hamburgers pendant que ça tournicoti-tournicota en salle. Pas du genre à contredire un vieil homme armé, la bande s’exécute et s’enfuit avec Jodie sous le bras, arrivant finalement à Hellgate, ville natale de la jeune fille.

 

 

Décidément malchanceux, le gang tombe sur Lucas Carlyle (Carel Trichardt), père de la mamzelle en détresse et probablement champion au lancer de hache puisqu’il en balance une pile dans le crâne de l’un des indélicats. Il y perd l’usage de son bras dans le même temps, le hippie monté sur deux roues lui fracassant le radius avec une chaîne, mais au moins justice est faite. Mais mal faite, car bien que mourant, le vilain continue de diriger sa bécane et fonce dans Josie, le bourreau et la suppliciée s’encastrant dans un mur de briques s’effondrant sur les deux âmes en peine, écrasées et livides. Touché par la perte de sa fille mais pas non plus au point de ne pas planter un canif dans la cuisse de l’un des faiseurs d’embarras, Lucas maudit les étrangers, désormais indésirables à Hellgate. Le temps passe et l’un des vieux au service des Carlyle, à priori en possession des terres locales, fout un coup de pelle dans la tête d’une chauve-souris sans doute échappée de la Hammer, vu on en voit les fils, alors qu’il arpentait une mine. Et à peine la roussette a-t-elle touché terre qu’elle se réanime grâce à d’étranges cristaux, dont le rayon laser bleuté très rétro a le pouvoir de réanimer les morts. Evidemment, en apprenant cela, Lucas s’écrie ! « Nondidju de godferdum, mais peut-être que j’vais pouvoir ramener ma belline à la vie avec ton caillou ! » Bon, il le dit pas vraiment comme ça, et d’ailleurs il ne dit pas grand-chose de tout le film puisque Trichardt, mélange étrange mais bien réel entre Mr. Bean, Gomez Addams et Howard Vernon, au vu son CV, ne doit probablement pas être capable de cracher un mot d’anglais autre que « yes » et « no ». Du coup il la boucle et c’est très bien ainsi. N’empêche qu’il teste tout de même le cristal, l’utilisant sur un poisson rouge et une tortue empaillée. Sans doute le meilleur moment du film, la poiscaille grossissant encore et encore jusqu’à faire péter son aquarium et exploser, tandis que la tortue se ranime et claque du bec comme un beau diable. Pas très inspiré, Lucas la moustache décide d’aller ricaner à quelques centimètres du reptile. Et le drame de survenir : la teenage mutant ninja turtle lui arrache la moitié de la joue, les diamants tombent au sol et envoient une dragée au vieux qui les avait trouvés. Evidemment il se met à suer à grosse gouttes, se ramasse des cloques, sa peau ruisselle comme de la pâte à crêpe (c’en était sans doute sur le plateau, vous me direz) et il éclate à son tour. Et la tortue avec, puisqu’on y est. La logique voudrait que l’on se dise que réveiller les morts avec les cristaux magiques n’est pas la plus grande des idées, vu que les revenants, comme dans Simetierre, semblent d’assez mauvais poil et ont la mauvaise habitude de finir en pétard de fête foraine. Conscient des dangers du bidule, Lucas prend donc le temps de l’étudier et, après l’avoir maîtrisé, file au cimetière pour réveiller sa Josie, dont on dit qu’elle hante depuis les petits chemins à la recherche d’automobilistes imprudents à damner…

 

 

Retour dans le chalet et sa cheminée devant laquelle s’agglutinent fifilles angoissées et blondinet portant fièrement les couleurs de son université. Et ils s’inquiètent nos zouaves, car le quatrième invité Matt (Ron Palillo, que l’on finissait par ne plus attendre) semble avoir du mal à trouver le chemin les menant jusqu’à eux. C’est d’ailleurs rien de le dire puisqu’il se trouve en ce moment dans la gargote où débuta la légende, se faisant draguer par la serveuse et à moitié engueuler par la garagiste d’à côté, en fait l’un des motards d’antan, celui dont la cuisse fut labourée. Après quelques indications et autant de mises en garde, les vieillards lui assurant qu’il serait plus sage pour lui qu’il ne pose pas ses semelles à Hellgate, Matt reprend la route. Et ça ne lui prend pas deux kilomètres pour tomber nez à phare sur Josie, en train de glander dans les bois et bien décidée à ramener le beau brun au rire idiot dans son lit. Pour le chevaucher ? Pour le bouffer ? Pour l’éventrer ? On ne le saura pas encore, Lucas intervenant avec son diamant en main pour mettre un terme aux galipettes, faisant sauter une motte de terre et une planche de ski. Légitimement effrayé, Matt file sans tarder, tandis que son interprète Palillo doit probablement se demander dans quelle production ringarde il est tombé. On se pose les mêmes questions à ce stade, mais on se rend également compte qu’en dépit d’une réalisation assez anonyme (seule petite originalité, l’utilisation à outrance de ralentis, alors que nous aurions plutôt tendance à vouloir passer la seconde) Hellgate se trouve assez fou pour maintenir l’intérêt et soulever un ou deux sourcils. Intrigué, Matt l’est aussi, et après avoir couché avec sa copine et lui avoir fait un massage à poil – la libido du gaillard ne pouvant être pourfendue par une zombiette et son père défiguré cracheur de laser à la Bioman – il est décidé de résoudre l’énigme de Josie. Et les quatre jeunots de s’embarquer, plutôt tardivement, pour une grande épopée dans la ghost town, y croisant fantômes, morts-vivants, explosions de vieux décors de western, spectacle à la Moulin Rouge et bien sûr les tétons de Josie, joli brin de fille que l’on ne saurait garder habillée.

 

 

C’est aussi là que notre Hellgate se cogne le petit orteil contre la table basse, se roule de douleur sur le tapis et ne parvient jamais à trouver la force de se relever. Et que l’on a envie de refermer ses portes… Auparavant kitsch au possible mais aussi assez variée pour garder son audience éveillée, cette petite chose s’embourbe dans des allées et venues répétitives, et ne garde la tête hors de l’eau qu’à la faveur de ses personnages, si mal écrits qu’ils en deviennent géniaux. Il faut les voir paniquer une seconde puis se comporter comme des enfants dans le plan suivant, sautillant dans la rue principale de la ville fantôme alors qu’ils savent fort bien qu’ils y risquent leur peau. Et il faut en être témoin pour y croire à cette scène du cabaret, une gonzesse venant d’assister à la décapitation de son boyfriend sans que cela l’empêche de profiter, dans un stoïcisme forçant le respect, des jeux de jambes des danseuses spectrales. Même la paire Mattei/Fragasso n’aurait pas osé… On songe d’ailleurs à intervalles régulier au bis européen dans Hellgate, bande indéfinissable, mêlant trop de personnages inutiles dans un grand n’importe-quoi dont le dernier acte ne parvient jamais à retrouver la fraîcheur, même risible, des débuts. Dommage, et de so bad it’s good, on passe progressivement à si chiant que ça en devient fatalement nullâtre. C’est con, on y a crû le temps d’un instant.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: William A. Levey
  • Scénarisation: Michael O’Rourke
  • Production: Anant Singh
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ron Palillo, Abigail Wolcott, Carel Trichardt, Petrea Curran
  • Année: 1989

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