Godzilla contre Ebirah

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Sur la plage abandonnée, Godzilla et crustacé. Et l’amie des zanimos Brigitte Bardot de perdre ses faux cils à la vision de Godzilla contre Ebirah (1966), monster mash pas tout à fait dans la tradition de la saga au lézard ravageur puisque mettant l’humain sous les spotlights à la place des titans boxeurs. De quoi faire râler les fans du Gojira (le streum hein, pas le groupe de metal emmerdant), qui devraient pourtant déjà s’estimer heureux puisqu’à l’origine, l’iguane atomique ne devait même pas être de la partie…

 

 

C’est qu’à la base de la base, Godzilla contre Ebirah devait se nommer King Kong contre Ebirah, la grosse écrevisse montant sur le ring pour pincer le derrière du gros gorille, la Toho étant alors occupée à monter un projet pensé pour faire la promotion de la série animée The King Kong Show, lancée à la même période. Mais une fois mis en face du script, les pontes estiment que le poilu fait un peu tâche dans cette histoire mélangeant tout ce que les années 60 avaient de plus pulp, et qu’il serait préférable de remplacer le roi des singes par le dieux des streums. Le macaque romantique aura d’ailleurs son film rien qu’à lui dès l’année suivante via La Revanche de King Kong (1967). A Godzilla d’assurer le remplacement et d’aller mastiquer de la crevette rose sur une mysterious island, sans pour autant s’y sentir plus à l’aise que Kong : fainéants dans la réécriture du script, les scénaristes ont laissé au ‘zilla quelques traits de caractères du primate (il aime bien regarder sous les jupes des filles, pour faire simple) et n’ont pas apporté de modifications à l’adversaire Ebirah, simple homard géant ne disposant ni de rayons lasers ni de pouvoirs spéciaux. Logique pour affronter un King Kong n’en possédant pas non plus, handicapant quand il s’agit de titiller un Godzilla plein de ressources. Les adorateurs de la franchise ne manquent d’ailleurs jamais de rappeler que Godzilla vs. The Sea Monster (titre ricain) ne contient pas vraiment les meilleures rixes de la saga, et a bien trop tendance à oublier ses colosses au profit de l’Homme. Difficile à contredire, mais force est d’admettre que ce que ce septième volet gagne ailleurs ce qu’il perd ici.

 

 

Et que nous ne sommes pas mécontents de voir les sempiternels scientifiques, colonels de l’armée et autres journalistes un peu trop courageux remplacés par des Monsieur et Madame Presque-tout-le-monde. Au premier plan, un jeune campagnard désespéré de ne pas avoir de nouvelles de son frère, disparu en mer deux mois plus tôt. Une médium lui assure néanmoins que le bro’ est toujours bien en vie, caché quelque-part sur les flots. A la recherche d’un voilier, l’homme des champs découvre qu’il pourrait en gagner un lors d’un concours de danse. Arrivé trop tard pour concourir, il fait néanmoins la connaissance de deux participants, qui décident de l’amener sur le port pour le faire monter dans une embarcation puisqu’il tient tant à en voir une. Double erreur. Premièrement parce qu’ils s’infiltrent sur une bicoque volée par un braqueur de banque. Et deuxièmement parce que le paysan décide de partir à l’aventure avec ses compagnons à bord. Ils n’iront cependant pas bien loin, Ebirah sortant des eaux pour leur serrer la pince et en faire des naufragés, forcés de se cacher sur une île non loin. Et comme on est décidément jamais tranquilles, voilà que la péninsule sert de repaire au Bambou Rouge, organisation criminelle créant une bombe atomique à l’abri des regards pour mieux attaquer le reste du monde dans les semaines à venir. Et vous voulez savoir la meilleure ? Dans une grotte non loin, Godzilla est en train de faire la sieste du siècle sous une couverture de roche. Ca fait beaucoup pour un seul coin de paradis, mais replacé dans le contexte de Skull Island, disons que cela surprend moins. A noter que cela s’agite aussi sur une île voisine, où se trouve le frangin disparu plus tôt, puisque cela prie Mothra, papillon le plus célèbre du septième art, japonais ou non…

 

 

Ebirah, Horror from the Deep (c’est du Godzi, ça a plus de titres que Carlos Ghosn a de faux papiers) c’est un peu les sixties jetées dans ton mixer : un décorum piqué à The Mysterious Island, quelques morceaux d’espionnage façon James Bond (le Bambou Rouge et les séquences situées dans leur usine) et, on s’en doutait, du kaiju eiga pour le dernier acte. De quoi avoir un smoothie bien épais à l’arrivée, même si encore une fois les fans de la première heure regretteront que Godzilla mette cinquante minutes pour sortir du lit. M’enfin, il serait tout de même bien difficile d’estimer que l’effort de Jun Fukuda (bientôt un habitué de la série puisqu’il tournera un pacson de suites) se fasse semeur de sédition, d’autant que le principal est bien présent : Godzilla et Ebirah (et un peu Mothra, mais vite fait) partagent quelques discordes et décident de s’expliquer en soulevant les vagues et en faisant trembler les montagnes. Sans feu néanmoins, car comme précisé quelques lignes plus haut, Ebirah, malgré son beau costume et le charme évident qu’il répand (on aime les gros crabes par chez nous), n’a tout simplement pas la galerie de techniques pour offrir une baston mémorable. Ca joue un moment au beach volley avec un rocher, que lui et Godzilla se renvoient dans une scène plus embarrassante qu’excitante, puis ça se décortique sous la flotte sans qu’aucun grand moment ne se hisse jusqu’aux écrans. Frustrant, et de quoi préférer l’aventure plus classique de ces humains tentant de survivre dans cette jungle décidément bien dangereuse. Et si l’on ne s’emmerde jamais ici bas, c’est principalement grâce à eux. Et un peu parce que, étonnamment, Godzilla vs Ebirah développe une étrange fascination pour la danse, plusieurs éléments du scénario ayant un lien avec le déhanché, auquel Godzilla semble se prêter lors des combats. Rigolo pour le moins, et plutôt en adéquation avec son faciès dans ce volet, le casseur de métropoles rappelant désormais un muppet. Que du fort recommandable néanmoins, mais du destiné aux nostalgiques des pelloches pulp rappelant les bandes-dessinées d’un autre âge plutôt qu’aux affamés de giant monsters.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Jun Fukuda
  • Scénarisation: Shinichi Sekizawa
  • Production: Tomoyuki Tanaka
  • Titres : Gojira, Ebira, Mosura Nankai no Daikettō
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Akira Takarada, Toru Watanabe, Toru Ibuki, Kumi Mizuno
  • Année: 2016

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