Phantasm : RaVager

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Dix-huit ans après un Phantasm IV (1998) faisant office de traversée du désert pour le pauvre Reggie, alors parti à la rescousse de son éternel petit frère de substitution Mike, kidnappé par l’increvable Tall Man, Don Coscarelli revient enfin à la saga si chère à son coeur. Mais non sans mélanger son sang à celui plus neuf de David Hartman, spécialiste des séries pour enfants (Monsieur a roulé sa bosse sur la version animée du Godzilla ricain de 98, Extreme Ghostbusters, Spider-Man version 2003, Transformers Prime et Jackie Chan Adventures) et collaborateur du Don depuis Bubba Ho-Tep. Mais est-ce que ce mélange de globules rouges fonctionne réellement sur le tant attendu Phantasm : RaVager (2016) ?

 

Attention, ça spoile dans la casa toxico.

 

Pas simple de causer avec mesure et distance du cas RaVager, ultime chapitre d’une franchise n’ayant pas son pareil lorsqu’il s’agit de pincer notre corde sensible. Logique après tout, le film de Coscarelli et ses trois suites n’étant pas que de simples films d’horreur – domaine dans lequel ils n’en excellent pas moins – ils sont aussi de véritables réunions de famille couchées sur pellicule. Parce que l’équipe derrière se reformait d’opus en opus, et parce que les scripts se plaisaient à séparer ces amis, ces frères, ces compagnons, qui ne demandaient pourtant qu’à profiter du vivre ensemble. Il y a du coeur dans les quatre premier Phantasm, et il n’y a rien de plus naturel que de voir ses adorateurs sensibilisés ces séries de séparations/retrouvailles entre le marchand de glace Reggie (Reggie Bannister), le jadis petit Mike devenu grand (A. Michael Baldwin), le fantomatique Jody (Bill Thornbury) et ce satané Tall Man (Angus Scrimm) constamment à leur poursuite. La tétanie face au trépas, la peur de voir ses proches s’en aller, le doute quant à l’au-delà, la difficulté du deuil : toutes ces thématiques, Phantasm les fit siennes au sein d’une mythologie dense, élargie à chaque nouveau volet. Difficile de ne pas s’y retrouver, tant les sujets (obsessions?) choisis par Coscarelli résonnent forcément en chacun de nous. Alors laissons tomber cette soi-disant neutralité, cette distanciation entre le chroniqueur, le lecteur et l’objet de la critique pour en revenir à cette bonne vieille subjectivité. Car on ne parle pas de RaVager comme l’on parle du dernier spin-off de Conjuring ou de la 107ème adaptation d’un roman de Stephen King. Nos liens avec le croque-mort le plus délicieux, et létal, du septième art sont trop forts pour ça. Et puis vous et moi, nous sommes les mêmes et on commence à bien se connaître : nous subissons les mêmes regards surpris lorsque nous avouons fièrement toujours balancer nos piécettes dans le format physique alors que nos entourages font leur marché sur Netflix, on court les bourses ciné pour y dénicher cette foutue affiche de telle bisserie espagnole que l’on crève d’envie de punaiser dans nos gogues (quel plaisir plus intense que celui de poser une pèche sous les regards attendris des Templiers Maudits?), on a tous cette irrésistible envie de gueuler « Don’t cross the streams ! » lorsque l’on se retrouve avec trois autres gars aux urinoirs et on n’accompagne jamais nos conjoints ou conjointes dans les magasins de frusques parce que l’on sait qu’une commande de shirts avec Madman Marv ou le Dr. Freudstein plaqués à l’avant s’envolent en ce moment du Colorado pour venir pénétrer nos boîtes aux lettres. On se comprend, donc pas la peine de se retenir : j’ai été déçu par RaVager et ce n’est pas une joie de le dire.

 

 

On pourrait penser que c’est la faute aux moyens dérisoires placés dans ce Phantasm cinquième du nom, effectivement abondant en effets spéciaux mochards et porté sur l’abus de fonds verts. Mais on le savait dès le premier trailer, et je ne me suis jamais bouché le nez devant le petit artisanat. Je ne vais pas reprocher à RaVager ce que je loue chez Jeff Leroy. N’empêche que le fait de ressembler par instants à Aliens vs. Titanic ou Rat Scratch Fever ne joue clairement pas en la faveur de la pelloche que nous proposa Hartman voilà quatre années déjà. Et il est fort compréhensible que certains regrettent les bons vieux effets à l’ancienne et disqualifient le cru 2016 à cause de ces gerbes de sang rouge et jaune sentant le calque Photoshop. Pas bien grave à mes yeux, et sur Toxic Crypt on préférera toujours les dantesques ambitions rabaissées au niveau de trois pixels qui se tirent dessus en faisant « Piou Piou ! » à ces études horrifico-sociales faussement modestes mais véritablement prétentieuses, souvent résumées à trois types occupés à se lacérer la gueule au rasoir avec une cuvette de WC pour tout décor. C’est comme ça, question de goûts, qu’on assume. Cette déception n’en incombe pas non plus à Hartman lui-même. C’est vrai que l’on sent que sa caméra n’est pas la meilleure sur le marché, et le rendu DV fait songer, comme l’ont souligné certaines revues, à un travail de fin d’année d’étudiants. Et en mettant de côté quelques rares plans inspirés, la mise en scène est assez plate, faut bien l’avouer. Mais ça passe encore, parce qu’il suffit de foutre dans la lucarne le toujours impressionnant Scrimm, le foutrement sympathique Bannister (je sais que je serai seul sur ce coup, mais je n’échangerais pas un Reggie contre dix Ash), le sourire en coin de Thornbury et un Baldwin portant toujours aussi bien la désolation sur le visage pour que la magie opère. Et pas la peine de mettre ce petit chagrin sur des retrouvailles trop tardives, écartées par deux décennies et que l’on aurait pu trouver gênantes. Ce n’est pas le cas, l’alchimie est intacte, et lorsque Mike et Reggie se retrouvent sur le même plan, on se reprend dans la tronche 40 années de déboires dans les mausolées abandonnés. Et en passant, quelle gaule on se ramasse lors du générique de fin, alors que la tant attendue Rocky, que l’on rêvait de recroiser depuis la fin de Phantasm III, se rappelle à notre bon souvenir. Si le fan-service sait être une abominable plaie dans la production actuelle, il est ici bien dosé et fait souvent son petit effet. Voir encore pour s’en assurer l’arrivée de la bagnole de Reggie, transformée en bête de guerre dans un milieu post-apocalyptique.

 

 

Au fond, le problème vient de la nature même du projet, étalé sur de trop nombreuses années, constitué de courts-métrages d’abord pensés comme des entités séparées que l’on aurait disséminées sur telle ressortie Blu-Ray ou en web-série, et transformés en un cinquième film sur le tard. Frustrant car les raccommodages sont voyants, et les greffes ne prennent pas toujours, la partie, plutôt longue, voyant Reggie affronter les sphères dans un chalet n’apportant, il faut le bien le dire, pas grand-chose au récit dans sa globalité. On sent aussi que Hartman et Coscarelli ont eu fort à faire pour justifier une suite au quatrième opus, dont le final aussi ouvert que sombre laissait en suspens le sort de ses héros. Alors pour justifier un peu tout le bordel, et aussi pour expliquer d’antiques incohérences, on sort la carte des multivers et des lignes temporelles différentes, avec à gauche des Reggie séniles ayant tout imaginé, et à droite un monde gouverné par le Tall Man. C’est tout personnel mais je n’aime pas les multivers, bien souvent une occasion à bas prix de tout faire accepter au spectateur, et un ressort scénaristique empêchant tout enjeu, puisque même si untel perd la vie dans tel monde, il sera toujours bien vivant dans un autre et pourra donc revenir pour de nouvelles mésaventures. Un peu facile, et dans le cas de RaVager un siège inconfortable, en plus d’une impression pénible que le film démarre seulement alors qu’il ne lui reste que vingt minutes à tirer. Un constat regrettable, car j’aurais adoré aimer cette ultime (?) effort, bourré de coeur et d’envie de bien faire, respectueux de son univers et de ses personnages (malgré un Tall Man un poil trop loquace), et une entreprise ne manquant certainement pas d’âme, ni d’idées. Mais à l’image de la Plymouth Cuda de Reggie, le moteur cale souvent et les redémarrages n’en ont plus fini de me perdre. Et vous pouvez me croire, ça me fait sacrément chier.

Rigs Mordo

Cette chronique est dédiée à la mémoire de Cédric V. et de ses steelbooks.

 

 

  • Réalisation: David Hartman
  • Scénarisation: Don Coscarelli, David Hartman
  • Production: Don Coscarelli
  • Pays: USA
  • Acteurs: Reggie Bannister, Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornbury
  • Année: 2016

2 comments to Phantasm : RaVager

  • Grreg  says:

    Première partie de chronique délicieuse;j’ai adoré!!!
    Le film moins…Mais tu as tout dit;

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