Trapped Alive

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Dans leur entreprise d’exhumation de Séries B oubliées de toutes et tous, les Anglais d’Arrow Video en sont finalement venus à proposer Trapped Alive, production indépendante tournée en 88 mais incapable de trouver le chemin des vidéoclubs avant 93, dans laquelle Cameron Mitchell combat ses lourdes paupières alors que deux jeunes filles et trois évadés affrontent un cannibale dans une mine désaffectée. Que du très ordinaire en matière de B-Movie, soit, mais un honnête divertissement à l’arrivée.

 

 

L’un des problèmes avec la Haute-Définition, c’est que son traitement souvent luxueux et son prix plus élevé que celui d’un banal DVD à tendance à donner l’impression à la clientèle que toute pelloche bénéficiant de son traitement de faveur se trouve être une petite tuerie méconnue ou, au minimum, une bande gentiment culte à l’intérêt historique évident. La douche pourrait bien être gelée avec Trapped Alive, imaginé sous le titre Mine Forever et simplement nommé Trapped pour sa sortie vidéo, agréable comme tout mais pas tout à fait de la trempe d’un The Boogens ou d’un Silent Scream, pour leur part de véritables joyaux du cinoche d’exploitation jadis profondément enterrés et redécouverts sur le tard. Notez que ce n’est pas passé bien loin : s’il avait mis un peu plus de nerf dans son affaire, le réalisateur rare qu’est Leszek Burzynski, surtout connu de nos services pour son script du psychothriller clownesque Blood Harvest que dirigea le petit prince du B fauché Bill Rebane, aurait sans doute été l’heureux papa d’un petit survival putride et efficace dans sa gestion du suspense. Mais tel un Cameron Mitchell déjà bien entamé passant les trois-quarts du film accoudé sur une cheminée à A) se demander ce qu’il fout là, B) batailler contre les dix whisky qu’il s’est envoyé en dix minutes à peine, C) marmonner mollement les trois dialogues dont il peine à se souvenir et qu’un technicien caché doit probablement lui susurrer, Trapped Alive a bien du mal à passer la seconde et sortir du confort de sa couverture chauffante. Ca peut se comprendre au vu du froid polaire frappant le tournage dans le Wisconsin en plein mois de février, l’équipe précisant dans le très bon documentaire proposé en bonus par Arrow que les températures extrêmes étaient les pires ennemies d’une production, du reste, presque parfaite. Certes, la volonté d’embaucher Michael Berryman pour qu’il occupe l’un des premiers rôles tourna court dès que Burzynski s’aperçut qu’il serait compliqué de bosser avec le chauve de La Colline à des Yeux, qui profite de l’inexpérience de ses camarades pour modifier le projet à sa guise. Il en ressortira viré. Et certes encore, plusieurs comédiens se plaignent que la cantine manque d’épices et donc de goût. Mais si ce n’est ces menus problèmes, rien à redire sur le set de Trapped, garni d’une ambiance particulièrement familiale et de décors de mine absolument fabuleux, le menu budget n’empêchant en rien la crédibilité de se glisser dans le projet.

 

 

Le fait que Burzynski opte pour un rythme émollient n’en est plus que dommageable tant il empêche Mine Forever de quitter le sol, alors qu’il avait de belles ailes à déployer. Bien qu’aussi original qu’un vampire dans un château de Transylvanie, ce papy enfermé dans cette mine abandonnée depuis près de 25 ans et qui y a développé un appétit pour les rognons humains fait son petit effet, son faciès difforme, ses dents brunies s’échappant de son avaloir et sa pilosité digne d’un grizzly centenaire lui refilant une dégaine de tous les diables. Malin, le metteur en scène ne le montre pas trop et le laisse dans ses ombres, n’éclairant que de manière brève ses joues rongées par le temps, histoire de garder une bonne dose de surprise lorsque le mineur dément apparaît. Belle idée aussi celle de lui faire utiliser un grappin pour accrocher ses victimes et les tirer à lui, telle une veuve noire cachée dans une faille faite réserve de nourriture. Et l’un dans l’autre, il n’est pas mal non plus ce point de départ mettant en scène trois gangsters échappés de leur zonzon et prenant en otage deux midinettes, en route pour une soirée dansante so chic pour fêter noël, Trapped Alive étant un christmas movie, même s’il le cache bien en troquant les guirlandes multicolores pour les éclairages usés d’un souterrain décorés de crânes. Bref, d’arguments ne manque pas cette petite production, aux décors naturels (The Chill Factor profitera des mêmes contrées enneigées) et au gore timide mais bien présent (découverte d’une carcasse au visage labouré et aux tripes à l’air inside). Reste que Burzynski semble moins passionné par les coups de gueule de son manheater que par les prises de bec entre les ex-prisonniers et les deux cocottes qu’ils embarquent avec eux. Rien de réellement emmerdant, mais attendre que sonne la moitié du film pour le voir enfin entrer dans le vif du sujet n’est jamais une grande idée lorsque l’on cause cinéma d’exploitation…

 

 

Ne mettons cependant pas tout sur le dos du manque de peps de Trapped Alive pour justifier son insuccès de l’époque, tant ses artworks, entre dessins enfantins ultra naïfs et photographies peu inspirées, harponnent moins facilement l’oeil que la pince du vieil ermite attrape ses proies. Un défaut réparé depuis qu’Arrow se soit offert le film, lui refilant dans le même temps une peinture de toute beauté comme devanture… Un bon soin qui aide fatalement à apprécier l’oeuvre, charmeuse en dépit de ses grosses carences et mieux foutue que son statut de low budget enterré par les décennies laissait supposer.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Leszek Burzynski
  • Scénario : Leszek Burzynski, Julian Weaver
  • Production : Christopher Webster
  • Titre : Mine Forever, Trapped
  • Pays : USA
  • Acteurs : Sullivan Hester, Mark Witsken, Cameron Mitchell, Alex Kubik, Michael Nash, Randy Powell
  • Année :  1988 (sortie : 1993)

 

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