Lady Frankenstein

Category: Films Comments: 4 comments

« Only the monster she made could satisfy her strange desires ! » Dans le genre tagline vous accrochant la gueule comme un croc de boucher à visée laser, on a rarement fait mieux que Lady Frankenstein (1971), promesse d’orgies monstrueuses passées entre deux flacons à bouillir et trois éprouvettes gorgées de jus de cervelet. Et le tout sous un orage tonitruant, cela va sans dire. Si cette production italienne rendant toujours plus floues les différences entre les films du pays et la production anglo-saxonne ne va pas aussi loin qu’on l’aurait imaginé dans les ébats fétides, elle n’en garde pas moins de fiers et solides arguments sous ses boulons.

 

 

Tel père, telle fille. Ainsi, puisque papa Frankenstein (Joseph Cotten, grand nom du cinéma trébuchant à l’époque dans le puits du bis puisque également dans le Baron Blood de Bava) se plaît à jouer aux Légo avec les organes vitaux des cadavres qu’il empile dans le secret de son laboratoire, sa descendante directe Lydia (Rosalba Neri, La Clinique Sanglante) montre le même intérêt pour l’assemblage d’un homme nouveau. Et lorsque l’orage frappe le château et éveille l’ignoble créature du Baron, qu’elle tue lors d’un free hugs puissance 1000, la Lady entreprend de surpasser son défunt paternel en créant un nouveau monstre surpassant le premier en tous points. Pour venger papounet, mais aussi pour ne pas ternir le nom Frankenstein, qui risque fort d’être réduit à un ramassis de savants ratés depuis qu’un colosse à la tête en vrac, à l’intérieur comme à l’extérieur, traverse les sylves pour abattre randonneurs et amants folâtrant dans la verte mousse. Heureusement que la dame peut compter sur l’aide de l’assistant de feu son père, Charles (le so gothic Paul Muller, Les Amants d’Outre-Tombe, La Vengeance de Lady Morgan), secrètement amoureux d’elle, et sur l’aussi rustre que sale Tom Lynch (Herbert Fux, La Marque du Diable, Jack l’Eventreur version Jess Franco), rat de cimetière spécialisé dans l’exhumation illégale de chair morte, qu’il revend à prix d’or à des Frankenstein as du recyclage… Avec le Lady Frankenstein qu’il signe sur le sol italien, cet acteur/réalisateur à la vie bien remplie qu’était Mel Welles – né en 24 et décédé en 2005 – ne semble pas avoir pour but premier de dévier trop franchement du mythe initié par Mary Shelley et ensuite repris par la Universal et la Hammer. Seront donc bien présents cette nuit orageuse permettant au démon rapiécé de recharger ses batteries, le castel (celui de Balsorano, que la pipistrelle Neri retrouvera peu après dans l’excellent Les Vierges de la Pleine Lune) dont la vieille pierre ne saurait cacher aux yeux des paysans les plus sceptiques les sombres machinations qui s’y déroulent, le cerveau malade planté dans le crâne d’un titan dès lors changé en psychopathe, et enfin un final où virevoltent les torches et s’enflamment les rideaux.

 

 

Les grandes lignes sont donc bien respectées, merci pour elles, et c’est plutôt de la Hammer ou de la Universal lorsqu’elles donnaient dans de folles séquelles que Welles et son équipe italienne s’inspirent. Lorsque la matière grise passait d’un corps à l’autre, que les créatures se faisait féminines, que les Igor prenaient roulaient leurs bosses et que les pitchs se faisaient plus fous à chaque nouveau chapitre, alors que ces aberrations de la natures forgées par les Peter Cushing et consorts se faisaient plus ou moins stupides selon la nature de leurs donneurs d’organes. Lady Frankenstein ne nous refait pas le couplet de l’adaptation vaguement fidèle, liquidant Cotten, et donc le Baron, dès le premier acte pour mieux s’émanciper de ses origines, à la manière d’une Rosalba Neri quittant enfin ses robes de sage bourgeoise pour mieux embrasser la déviance allant de pair avec son rôle de chirurgienne démente. Sans renier ses racines néanmoins, Welles optant pour des traits très hammeriens, tout juste améliorés par une omniprésente chute de flocons, tandis que Lydia s’approprie les recherches familiales en vue de les perfectionner. Welles et sa Lady Frankenstein, même combat. Et même volonté d’apporter une chaleur toute latine au sein de la froide épouvante anglo-saxonne, Neri ne pouvant garder bien longtemps ses formes à l’abri des regards, indiscrets ou non. Signalons néanmoins que les accroches des diverses affiches, gorgés de sous-entendus voulant que la scientifique ranime et customise les morts parce que eux seuls sont bâtis pour étreindre son corps brûlant d’envie, ne sont pas tout à fait exactes. Certes, la notable s’offrira à sa créature et ses besoins sexuels ne sont des plus classiques, elle qui prend son pied à chevaucher un étalon pendant que celui-ci étouffe sous l’oreiller que Paul Muller lui place sur le visage. Mais si elle joue de ses charmes, c’est moins par volonté de se faire prendre violemment par une brute tout juste sorti de sa tombe que par nécessité, Lydia sachant fort bien que son monstre rien qu’à elle a besoin de l’encéphale de son serviteur Charles si elle veut qu’il soit plus qu’un simplet, à peine capable de s’essuyer l’écume d’un maladroit coup de manche. Et pour que le Charly accepte de se faire triturer les méninges et que ceux-ci soient placés dans le corps de Thomas, homme à tout faire du château à la carcasse jeune et belle, il faut qu’elle lui fasse croire qu’elle mourra de désir pour lui à ce moment-là.

 

 

Autant dire que l’intérêt premier de Lady Frankenstein réside dans le caractère vénéneux et manipulateur de sa star, qui éclipse sans mal un monstre pourtant joliment fait. Welles ne met néanmoins pas toutes ses billes dans le même panier, et travaille également le rôle de l’inspecteur Harris (Mickey Hargitay, Vierges pour le Bourreau), insolent enquêteur ne croyant guère les justifications vaseuses de Charles et Lydia pour expliquer que le vieux Frankenstein fut retrouvé avec la colonne vertébrale pliée en deux… Un beau personnage, plus efficace dans le rôle que la plupart des représentants de la loi croisés dans le genre. Mais le petit plus venu faire la différence, c’est la saine volonté qu’à Welles à plonger la tête la première dans la fosse du film de déterreur de cadavres, faisant de La figlia di Frankenstein la petite sœur toute désignée de L’Impasse aux Violences et Le Récupérateur de Cadavres. Si l’on passe bien le temps réglementaire dans le labo à voir nos mad doctors modeler leur electric monster, laissant les palpitants tremper dans leur formol alors que crépitent les électrodes, on passe aussi notre lot de nuitées dans le champ de tombes. Passage obligé du genre direz-vous, tout docteur en quête de dépouilles étant obligé d’aller à un moment ou un autre jouer de la pelle devant une pierre tombale. Mais en faisant de la profanation de cimetière l’un de ses arguments principaux, Lady Frankenstein s’éloigne joliment du tout-venant du genre, qu’il rendait déjà plus licencieux en usant de l’impudeur de Rosalba Neri, capable de coucher avec sa création alors que son domaine brûle autour d’elle. Saisissant, pour le moins. Voire excitant…

 

 

Alors c’est vrai, on espérait quelques pointes de gore supplémentaires, et les déambulations du monstre ne sont jamais le point fort du film. N’empêche qu’en plus d’une réalisation pur premium et de décors à tomber – ah l’Italie, même lorsqu’elle se veut macabre enfer, elle ne se fait pas moins petit coin de paradis – Lady Frankenstein se pare de cet aura d’interdit, peut-être moins extrême qu’espéré, mais bien présent tout de même. Le Blu-Ray anglais sorti en 2018 par l’éditeur Nucleus mérite donc bien de rejoindre vos étagères, d’autant qu’il ne manque pas de bonus et que son transfert est évidemment impeccable. Et puis, on a toujours un peu de place pour Rosalba, la plus belle des succubes du cinéma italien…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mel Welles
  • Scénario : Edward di Lorenzo
  • Production : Mel Welles
  • Titre : La Figlia di Frankenstein
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Rosalba Neri, Paul Muller, Herbert Fux, Joseph Cotten
  • Année :  1971

A noter que les screenshots ne représentent pas la qualité du Blu-Ray.

 

4 comments to Lady Frankenstein

  • Grreg  says:

    Sur ma liste immédiatement;jamais vu celui-la, et ta chronique m’as convaincu.
    Ah,Rosalba….

  • freudstein  says:

    L’affiche est belle,Rosalba aussi….le film,lui,ne m’a pas marqué plus que ça…
    Je préfère « FRANKENSTEIN 80 »,plus bis et plus trash!!!

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>