Bubba Ho-Tep

Category: Films Comments: No comments

L’obsession pour la mort, pour ces dernières heures qui nous forcent à observer une Faucheuse approchant à grands pas osseux, Don Coscarelli l’a plutôt deux fois qu’une. C’est qu’après avoir passé tout son temps en compagnie d’un gigantesque croque-mort videur de tombes au fil des Phantasm, et avant d’annoncer à l’avance le trépas de l’un de ses personnages au travers du très bon John Dies at the End, le réalisateur s’enfermait dans un mouroir en compagnie d’un Elvis impuissant, d’un JFK noir et d’une momie plus sèche qu’un vieux TUC au paprika. Yup, on cause bien de Bubba Ho-Tep, baby !

 

 

Si Coscarelli semble être de ces hommes pour qui une ballade au funérarium vaut bien une journée à la plage, il semble également passer un certain temps dans les librairies, à y chercher historiettes qu’il pourrait transformer en Séries B pas trop onéreuses et nouvelles collant volontiers avec son univers. C’est au rayon Joe R. Lansdale qu’il trouva son bonheur à l’orée des années 2000, obtenant les droits de la nouvelle The King Is Dead: Tales of Elvis Post-Mortem pour la remodeler en un tas de pelloche amené à sortir sur les écrans, grands (un peu) et petits (beaucoup) en l’an de grâce 2002. Un coup réussi par l’ami Don : son Bubba Ho-Tep – sérieux prétendant au titre de film le mieux nommé de la galaxie connue et au-delà – est sur toutes les lèvres lépreuses, à le bon goût de passer la tête par la porte des revendeurs alors que le DVD se vend comme des chouchous à Saint-Tropez, récolte de très bonnes critiques un peu partout et se voit même, le temps passant, honoré de quelques action figures, preuve d’un enthousiasme certain de la part des junkies de l’épouvante. Faut dire que le principe à de quoi, à tout le moins, lever un sourcil ou deux. Lassé de sa vie de star et de la débauche accompagnant tous ses déplacements, le collectionneur de petites culottes et d’amourettes d’un soir Elvis Presley (Bruce Campbell) aspire à une vie de calme, dans laquelle il ne serait pas entouré de sangsues humaines pressées de lui pomper tout son fric. Pour y goûter, il échange sa place avec celle de Sebastian Haff, imitateur du King si doué que personne ne verra la différence entre le vrai et la copie, le véritable Elvis pouvant alors s’enfermer dans une caravane devant laquelle il profite de barbecues avec des gens simples. Un bon calcul sur le moment, mais pas sur le long terme. Désormais fauché et plus tout à fait dans la fleur de l’âge, muni d’une hanche en très mauvaise état, incapable de redresser le vermicelle collé entre ses jambes, sur lequel pousse un énorme bouton que la vedette de Love me Tender pense être un cancer, Presley passe ses journées alité dans la chambre triste et dégueulasse d’une maison de repos où les rares résidents semblent tous au stade terminal de la sénilité. Et on le pense fou aussi, ce Sebastian Haff jurant qu’il n’est pas qu’une simple contrefaçon, mais bien le rock’n’roll incarné ! Une vie d’ennui, passée à être méprisé par une infirmière jamais en manque d’une petite moquerie, mais une vie qui devrait bientôt changer… En effet, une momie atterrie non loin de là et en manque d’âmes à boulotter décide de faire de ce quartier général de la somnolence son garde-manger. Au King, aidé d’un vieux Noir persuadé qu’il est Kennedy, de l’empêcher de se faire un casse-dalle des ancêtres présents sur place.

 

 

Bubba Ho-Tep est un film timide. Non pas parce qu’il ne verse pas assez dans le gore – quand bien même Coscarelli nous a habitué à plus de perforations de crânes lorsqu’il retapissait des mausolées avec le Tall Man et ses sphères. Au contraire, que cette version très personnelle du mythe de la momie, fringuée comme un cowboy et soul eater passant par l’anus pour vous siffler un dernier souffle, ne ressemble en aucun cas à une tornade de tripailles et de rates découpées en tranches est l’une de ses plus belles qualités. On ne saurait cracher sur un peu de pudeur. Non, Bubba Ho-Tep est un film timide parce qu’il tient tant à masquer sa profonde tendresse qu’il la cache derrière de faux pets faits avec la main sous les aisselles, pensant sans doute que ces hiéroglyphes obscènes gravés dans la cabine des toilettes ou ces longs débats sur le chibre fatigué de l’ex-tombeur nous feront oublier le joli poème sur la vieillesse et les regrets qui vont avec que Coscarelli nous a écrit. Il est secondaire, l’argument fantastique apporté par les visites du noctambule d’Egypte, simple excuse pour que deux êtres résignés, attendant la mort en fixant d’un œil torve le laid plafond de leur maison de retraite, repartent à l’aventure et puisent au fond d’eux mêmes pour retrouver une jeunesse longtemps fanée, histoire de botter le cul d’un tas de poussières porté sur l’anulingus. Les séquences horrifiques n’en sont pas moins réussies, Coscarelli n’ayant rien perdu de son mojo pour le genre, mais le réalisateur mise sur l’atmosphère, sur la douce mélancolie rencontrée par deux débris mis à l’écart de la société en attendant leur disparition.

 

 

Certains reprocheront peut-être cette lenteur, cet aspect « film de couloirs lancé à du deux à l’heure », mais cela colle du tonnerre avec le propos, avec l’existence dévitalisée de ces grabataires dont l’état empire encore, non pas à cause des années qui passent, mais bien par la faute de ce lieu morne et de ces soignants s’adressant à eux comme à des gamins de maternelle. En outre, l’aspect définitivement Série B (les effets spéciaux trahissent un budget mince, surtout les scènes avec ce scarabée traquant Bruce Campbell) joue en la faveur de Bubba Ho-Tep, renforçant sa modestie et profitant de l’acting toujours très campy du bon Bruce, qui trouve sans doute ici son plus beau rôle. Après la déprime carabinée que Coscarelli nous refilait dans le premier Phantasm, bande ultra-efficace question horreur mais aussi gros blues à l’arrivée, il s’attache à nous faire voir les dernières heures comme l’occasion de partir en beauté, même si c’est avec l’aide d’une tribune ou d’une canne, les cheveux éparpillés, le slip tâché et une bedaine remplie des repas dégueulasses de la cantine. Un beau film, tout simplement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Don Coscarelli
  • Scénario : Don Coscarelli
  • Production : Jason R. Savage, Don Coscarelli
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bruce Campbell, Ossie Davis, Ella Joyce, Reggie Bannister
  • Année :  2002

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>