Night of the Ghouls

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« Ce n’est pas le moment de faire de mauvaises blagues ! » s’écrie l’un des protagonistes du Night of the Ghouls tourné en 1959 par Ed Wood mais seulement sorti en 84. Une exclamation que l’on pourrait également entendre s’échapper du gosier du spectateur, tantôt malheureux tantôt optimiste, mais toujours coincé devant cette ghost story au second degré à l’inspiration variable.

 

 

Fauché, le so cult Ed Wood l’était indéniablement. Car il faut l’être pour mettre son énergie dans un nouveau film, réunir ses habituels camarades, louer les services d’un mercenaire de la Série B en activité depuis la fin des années 20 (Kenne Duncan, abonné aux rôles de salauds dans les westerns d’antan) mais malgré tout laisser pourrir le résultat de tant de (dur?) labeur dans le laboratoire chargé de développer le film, faute de pouvoir régler sa note. Night of the Ghouls ne verra la lumière du jour que plus de vingt ans après sa naissance, lorsque la veuve du soi-disant plus mauvais cinéaste de tous les temps apprendra au réalisateur/producteur Wade Williams, fanatique de films d’épouvante et de science-fiction, que l’une des bobines de son défunt mari repose toujours sur une étagère, en attente d’être découverte par le public. « Cela pouvait encore attendre ! » balanceront, dans un petit rire moqueur, les mauvaises langues revenues déçues de leur visite du laboratoire en carton de Bride of the Monster ou de ce recueillement dans le cimetière aux tombes en copeaux de Plan 9 from Outer Space. Difficile de leur donner tort, tant cette nuit des goules, si elle ne fait pas partie de ce que les années 50 auront pondu de plus pénible question petit budget horrifique, manque d’arguments. L’idée, bien que peu neuve et partagée par quelques autres bandes de la même époque, avait pourtant de quoi séduire : escroc se faisant passer pour un médium en liaison directe avec l’au-delà, le Dr. Acula (Duncan ajoute un pourri de plus à son CV) réuni quelques malheureux pressés d’avoir des nouvelles de leurs proches ayant passé l’arme à gauche, ignorant que de véritables fantômes rôdent en ces lieux…

 

 

Ainsi présenté, on se dit que l’on part pour un ride en train fantôme gentillet mais probablement agréable, comme pouvait l’être La Fiancée du Monstre, charmante preuve que Wood, malgré d’évidentes carences, savait paqueter un monster movie. Ce n’est qu’à moitié vrai. Oui, un frisson de plaisir nous parcourra effectivement l’échine à la vue du Dr. Acula assis face à une boule de cristal décorée d’un crâne, alors que deux squelettes sont attablés sur sa gauche. Ou encore lorsque cette dame en noir, spectrale, sort d’une forêt brumeuse pour dévisager les vivants. Voire aussi cette arrivée du culte Lobo (Tor Johnson reprend évidemment son rôle), désormais garni d’un faciès à moitié brûlé. Et nous sauverons également les déambulations d’un flic spécialisé dans le paranormal (Duke Moore) dans les ruines du labo d’un savant fou ; celui qu’incarnait Lugosi dans Bride of the Monster, auquel Night of the Ghouls fait plus ou moins adroitement suite. Mais ces présentables clichés se retrouvent bien vite aspirés dans le tourbillon de la farce à laquelle s’adonne un Wood goguenard, venu badiner avec les esprits pour faire virevolter maladroitement une trompette ou un drap blanc, le tout avec le phrasé sentencieux de son ami Criswell, lui-même un voyant à la sincérité douteuse, en toile de fond. Cela passerait si ce n’était pas aussi emmerdant, et si nous n’avions pas été forcés de nous envoyer dans les gencives une dizaine de minutes proprement inutiles dans les locaux de la police, où les inspecteurs engueulent les novices (l’officier Kelton, joué par Paul Marco, figure du Wood Cinema) sans que cela aide le récit à avancer. Au contraire, ça lui coule une dalle de béton dans les chaussons et le pousse à se traîner lamentablement, tel un limaçon revenu mal fichu de sa soirée tacos…

 

 

Wood peut donc aligner les bévues (Criswell lit clairement son texte dans son introduction, la mise en scène est statique au possible, Lobo ne sert à rien et est même carrément hors-sujet, le cinéaste se voit forcé de doubler l’une de ses fantomatiques actrices), la plus embarrassante restera toujours le manque de vivacité dont il sait faire preuve dans ses plus mauvais jours. Pire encore, Night of the Ghouls laisse parfois entendre que, pris sérieusement et non pas comme un gigantesque gag, il y avait un vrai bon petit film d’épouvante à faire, la fin le prouve. Il s’en est donc fallut de peu pour que cette soirée en compagnie de véritables ectoplasmes et de leurs contrefaçons devienne un petit gothique angoissant, et c’est bien là le plus rageant de l’affaire…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ed Wood
  • Scénario : Ed Wood
  • Production : Ed Wood, Paul Marco, Tom Mason
  • Pays : USA
  • Acteurs : Kenne Duncan, Duke Moore, Tor Johnson, Valda Hansen
  • Année :  1957 (sorti en 1984)

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