Satan’s Blade

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C’est Ad Vitam Infernal que l’ami Lucifer répandra sa majesté satanique sur une bonne part des horror flicks, que pétrissent les passionnés dans la paix de leurs caves mal éclairées. Et c’est à jamais que le petit monde de l’épouvante indie sera traversée par quelques psychosés passés pros dans le maniement du pic à glace, le slasher sans le sou patrouillant encore et toujours dans les rayons des vidéoclubs les plus reculés. Ce n’était qu’une question de temps avant que notre tête de bouc préférée et le genre le plus généreux en outillages en tous genres ne se rentrent dedans, et ce fut chose faite avec un Satan’s Blade entamé en 1980 et seulement sorti quatre années plus tard.

 

 

On la connaît bien, cette fameuse histoire so eighties du « petit psychokiller movie resté planqué dans un tiroir durant une moitié de décennie », le genre débordant littéralement de ces menues productions dont ne savaient que faire des distributeurs pas dupes quant à leurs qualités réelles, avant de finalement les enfoncer dans des VHS et les distribuer aux quatre coins de l’Amérique. Histoire, bien sûr, de profiter de l’engouement tenace pour ces échappés de l’asile et autres grands brûlés qui s’invitèrent aux soirées pyjamas ou dans les colonies de vacances, et jamais pour des batailles de pelochons évidemment. Une sacrée chance pour ces bandes de qualité moindre, le plus souvent travaillées par des débutants voués à le rester, à l’image de L. Scott Castillo Jr., dont le Satan’s Blade fut à la fois l’entrée dans le milieu et sa porte de sortie. Trop inexpérimenté, l’alors jeune homme fut coupable de plusieurs bévues, en coulisses (l’élaboration d’un planning sacrément rude de 33 jours de tournage avec un seul day off pour l’équipe, légitimement épuisée) comme à l’écran, la lame de Satan étant, on s’en doutait, de ces pelloches plus notables pour leurs gros défauts que leurs petites qualités. Faut dire que dans le principe, ça ne pisse pas loin, Castillo Jr. se vidant la vessie sur les pompes du premier Vendredi 13, dont il reprend les grandes lignes. Des bois à l’écart de toute civilisation, de jeunes gens ne rêvant que de piquette bon marché et de poitrines fermes, deux cabanons perdus dans la broussaille, les vieux péquenots jamais en manque d’une légende macabre à susurrer et cette ombre rôdant non loin de ces dames, arme au poing. La Mère Voorhees serait fière si elle ne détestait pas tant qu’on renifle ses sous-vêtements, tiens !

 

 

Satan’s Blade surprend pourtant lors de son entame, jouant le jeu du film de casse en envoyant deux malfrats, dont on ne voit pas encore les traits, vider les caisses d’une petite banque. Sadiques, ils déboutonnent le chemisier d’une caissière à l’aide de leur couteau de chasse, avant de les exécuter froidement de quelques balles. Le butin dans le sac, les coupables s’en retournent à leur gîte forestier et dévoilent leur identité : les meurtriers sont des meurtrières, jeunes et jolies, et la brune finit par se débarrasser de la blonde après avoir fait de savants calculs. De ceux dont la conclusion est qu’il vaut mieux ne pas trop diviser un magot lorsque l’on prévoit de finir sa vie enduite de lotion solaire sous les regards envieux des petits baigneurs de Saint-Trop’. Une entrée en la matière originale pour le genre, tant peu de ses représentants se font passer pour des petits polars des familles. Ce sera néanmoins fort bref, le slasher reprenant ses droits lorsqu’un poignard s’abat dans le dos de la survivante, lui transperçant les omoplates. Serait-ce le fameux complice que les vilaines attendaient avec l’intention de lui loger une balle entre les deux yeux pour récupérer sa part ? Ou serait-ce plutôt ce légendaire ermite, qui vivait jadis avec sa petite famille dans ces montagnes enneigées avant d’être poussé au retranchement dans une grotte par des habitants de plus en plus nombreux, et auquel Satan lui-même aurait offert une dague maudite pour qu’il vide la forêt de ses occupants ? Y compris la famille du possédé, dont on dit qu’il dormirait toujours sous le lac de cette verte région des Etats-Unis… En passant, nous resterons toujours cois devant le manque d’ambition du Malin, qui doit s’emmerder si fort dans son bain de lave qu’il en vient à comploter dans tous les sens pour faire l’acquisition d’un coin de terre certes bien joli, mais où il n’y a tout simplement rien.

 

 

Et où il ne se passe pas grand-chose, rétorqueront les opposants à Satan’s Blade, carnage il est vrai plutôt sage, Castillo Jr. n’étant visiblement pas à l’aise avec les saccages corporels couchés sur pellicule – 35 mm dans le cas présent, en lieu et place de la vidéo, qu’aurait du choisir un metteur en scène aussi peu expérimenté. Ainsi, malgré un bodycount plutôt élevé, la morgue locale gagnant tout de même treize locataires à la fin de la journée, un joli chiffre pour l’époque ; ce sera surtout la foire à l’opinel tailladant dans l’obscurité, et donc à l’abri des regards impressionnables, Castillo ne se risquant jamais à causer un haut-le-cœur chez les bonnes âmes ayant loué son unique forfait. Caché dans la pénombre (on verse dans le whodunit, et même si l’on sait que Satan tire les ficelles, reste à deviner qui fut choisi comme pantin), le maniaque se salit certes les gants mais n’en fout pas partout sur la moquette non plus, poignardant à qui mieux mieux, visant tantôt le bide tantôt la gorge, sans que le gore meter ne s’emballe. Pas très grave, car le jeune réalisateur a de la suite dans les idées et sa volonté de bien faire est palpable lorsqu’il fait vivre un meurtre du point de vue d’une teenager planquée sous un lit. Et si certains ne manqueront pas de lui reprocher des éclairages trop rares empêchant la bonne compréhension de l’action, il faut savoir se montrer beau joueur et admettre que cette invasion des ténèbres répand un climat de danger bienvenu. Malgré des comédiens le plus souvent si mauvais qu’on n’en voudrait pas pour une pub pour des brosses à chiottes, Satan’s Blade ne tombe jamais dans le slashouze véritablement risible grâce à la malveillance dont il a la bonne idée de se draper.

 

 

D’ailleurs, plus que comme un bon massacre estudiantin des 80’s, c’est comme une petite bande grindhouse des 70’s, attaquée par le grain et aux traits légèrement fanés, que cette randonnée forestière se doit d’être visionnée. Libre de ton et de structure (ça prend son temps, en gros), pas contraire à une ou deux déviations scénaristiques (l’éloignement entre deux époux fait ici figure d’arc narratif entier, et cela ne plaira pas aux spectateurs les plus sanguinaires) et visiblement très heureux de poser sa caméra pour imprimer durablement les beautés du blanc duvet de l’Amérique profonde, celle d’écorces et de points d’eau brumeux, Satan’s Blade se comparera plus volontiers à un bon vieux Don Dohler qu’à un Halloween ou un Carnage. Comprendre que son intérêt ne réside jamais dans sa reproduction d’une recette établie (les nichons baladeurs n’en sont pas moins de la partie, et ça fait bien sûr plaisir) mais dans son caractère rural, dans la relative quiétude dont il fait preuve, jusqu’à toucher une certaine vérité malgré, on l’a dit, des interprètes dénués de tout naturel. Et pourtant, leur côté « Monsieur et Madame Tout-le-Monde » ainsi que le manque de caractérisation dont ils font preuve – Castillo Jr. n’étant pas vraiment un scénariste, et le Thomas Cue également acteur venu en renfort non plus – finissent par jouer en leur faveur et en celle du film tout entier. Celui-ci ne parlera qu’à un nombre très réduit de gloutons de bandes d’exploitation, et tous les autres ne verront en Satan’s Blade qu’un direct-to-video morne et ennuyeux comme il en était sorti des pelletées à la même époque. N’empêche que tout petit soit-il, le bidule à le mérite d’être habité. Et ça, c’est déjà beaucoup.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : L. Scott Castillo Jr.
  • Scénario : L. Scott Castillo Jr., Thomas Cue
  • Production : L. Scott Castillo Jr.
  • Pays : USA
  • Acteurs : Tom Bongiorno, Thomas Cue, Stephanie Leigh Steel, Elisa Malinovitz, Janeen Lowe, Ramona Andrada
  • Année :  1984

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