Call Girl of Cthulhu

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Un restaurant chinois portant le nom de Dagon, le célèbre Cthulhu incapable de se glisser dans notre monde s’il n’engrosse pas une escort girl, un gros zizi prenant vie comme dans un bon vieux Troma des familles, de l’humour potache et du gore bricolo nous rappelant à chaque bout de latex que l’on tape dans le petit budget façonné entre copains de bon goût, des artistes plus ou moins ratés en guise de figures héroïques et une ambiance plus détendue que dans les efforts de Stuart Gordon. Call Girl of Cthulhu (2014) serait-il une intolérable insulte envers les grands anciens, et un mollard verdâtre craché à la face du vénéré Howard Phillips ? Tout faux, c’est au contraire l’un meilleurs Lovecraft movies mis sur le marché…

 

 

« Franchement, mec… Je ne pense pas qu’un gros budget ou une sortie cinéma soit inévitable. Nous ne sommes pas des gosses de riches. Nous ne vivons pas à côté des marchés du film où s’installent les majors. Nous n’avons pas d’oncles travaillant dans des studios. Nous sommes juste une bande de plaisantins qui aiment raconter des histoires et faire des trucs bizarres. » Au moins c’est clair : Chris LaMartina n’est pas pressé de rejoindre ce qu’on appelle un peu vite « la cour des grands », trop heureux qu’il est de faire son petit business horrifique dans son coin, jonglant à son aise entre des budgets faméliques qui lui permettent de se laisser aller à ses plus folles idées et des effets caoutchouteux à même de souligner son amour pour l’épouvante à l’ancienne. Celle des années 80, celle dont on pouvait entendre le palpitant résonner à chaque apparition d’une chimère assemblée avec le plus grand des amours. Il a d’ailleurs bien raison d’avancer à son rythme, sans se retrouver poussé par un escadron d’exécutifs attendant de lui toujours plus d’averses de Benjamin Franklin imprimés, LaMartina étant l’un des rares faiseurs d’horreur moderne a réellement donner l’impression de s’améliorer d’efforts en essais. Il n’est même pas nécessaire d’aller farfouiller dans ses premiers films que l’on devine très Z, une comparaison entre le déjà sympathique slasher President’s Day (2010) et le présent Call Girl of Cthulhu donnant une certaine idée de l’infini. Car bien que toujours coincé dans le low budget, cette aventure mi-coquine mi-tendre mi-dégueulasse Mi-mie Mathy, dans laquelle le Dieu cosmique à face de fruit de mer danse un brûlant tango avec une prostituée, montre à quel point le bon Chris a appris à mener sa barque sans jamais la voir prendre l’eau.

 

 

Que de remue-ménage dans la petite ville d’Arkham, de plus en plus de filles de joie étant retrouvées décapitées ou avec le visage arraché à l’aide des pales d’un ventilateur. Rien qui concerne véritablement Carter Wilcox (David Phillip Carollo), jeune dessinateur timide et toujours en attente de tremper son biscuit, qui passe ses soirées solitaires sur le site porno amateur d’une blondasse tatouée occupée à insulter son audience de losers incapables de satisfaire une femme, alors qu’elle se fait elle-même prendre par derrière dans le même temps. Si Carter use des paquets de Kleenex, c’est plus volontiers pour sécher ses larmes que pour essuyer son cyclope, et gageons qu’il se serait déjà jeté par la fenêtre s’il ne recevait pas le soutien de sa colocataire Erica Zann, musicienne donnant dans le noise (en gros, ses compositions tiennent plus des assemblages de bruits stridents que des véritables symphonies) et plutôt attentive au petit Wilcox lorsqu’elle ne reçoit pas la visite de son boyfriend, réputé pour avoir le plus gros dard du comté. Si Carter ne se défenestre pas, il n’en passe pas moins à observer ce qu’il se passe sous ses carreaux, son vieux voisin (campé par George Stover, que les amoureux du grand Don Dohler connaissent bien puisqu’il fut de tous ses films, dont les classiques The Alien Factor et Nightbeast) claquant tout son salaire pour passer de folles soirées avec Riley (Melissa LaMartina, épouse du réalisateur), travailleuse du sexe sur laquelle Carter flashe et pas qu’un peu. Il n’est pas le seul, d’ailleurs : la secte vénérant Cthulhu à l’origine des massacres de putes est à son cul, et littéralement puisque Riley a sur le popotin une marque de naissance la destinant à s’accoupler avec la bête cosmique… Avec son intrigue concentrée sur ces bosseuses nocturnes écartant les cuisses pour leurs clients les plus pervers (l’un de ces Messieurs aiment qu’on lui chie dessus, ni plus ni moins), ce qui permet d’ailleurs à LaMartina de ne pas se retenir lorsqu’il s’agit de faire voler les soutien-gorges et enregistrer quelques strip-teases comme de juste peu généreux en doudounes et gros anoraks, Call Girl of Cthulhu se présente comme le pendant Lovecraftien d’un Toxic Avenger ou Terror Firmer. Des lolos, des murs tachés de confiture à la framboise, des vannes visant sous le prépuce, des monstres salaces ; soit du fun, de la rigolade, de la déconne et rien d’autre ? Ce serait prendre le dernier film en date de LaMartina – le gazier mettrait les dernières retouches à son nouveau projet en ce moment même – par le mauvais bout.

 

 

Bien sûr que les séquences de sale gosse se hissent jusqu’à nos écrans, comme une golden shower acide faisant fondre le visage de la victime ou le découpage au hachoir d’un zob transformé en lombric lubrique. Et plus loin, une paire de seins se transformeront en un couple d’anguilles mutantes, tandis que des tentacules – fallait bien qu’elles déboulent, Lovecraft oblige – s’échappent d’une vulve pour s’en prendra au bon Stover. Lloyd Kaufman n’aurait probablement pas renié Call Girl of Cthulhu, et LaMartina a de toute évidence bien révisé les travaux de l’ingérable daron de Toxie. Mais quitte à rapprocher le jeune auteur de faiseurs donnant dans l’indie nucléaire, on se dirigera plutôt vers Astron-6, qui parvint à améliorer la méthode Troma en lui greffant des influences plus européennes, des fumets issus des seventies mais aussi un soupçon de psychologie et, oserions-nous le dire, de coeur. Et si nous sommes bien heureux d’assister à l’arrivée dans notre dimension de ce tas d’appendices humides qu’est Cthulhu ou à l’explosion d’une dizaine de caboches, ce que l’on retient en premier lieu du cru 2014 de LaMartina, c’est la tendresse avec laquelle il s’attaque à ses personnages, dont les liaisons amoureuses parviennent à être plus passionnantes que la fin du monde programmée par un culte vénérant les Grands Anciens. On se prend à espérer que la romance entre Carter et Riley porte de beaux fruits, l’union improbable entre ces deux êtres opposés sur le papier – l’un attendant de ressentir quelque-chose d’unique pour s’offrir à une demoiselle, l’autre s’étant allongée si fréquemment avec des obsédés qu’elle n’attend plus rien de propre de la gent masculine – fonctionnant merveilleusement à l’écran. Le bon vieux coup des opposés inexplicablement aimantés l’un envers l’autre… Autant dire que la métamorphose progressive de Riley en une créature repoussante une fois que la secte lui met la main dessus, que son difficile réveil après sa nuit passée dans les tentacules de Cthulhu et le départ d’un Carter que l’on peine à donner gagnant pour la sauver sont autant de passages aptes à remuer les bides et faire claironner un ou deux coeurs.

 

 

Tout n’est pas rose dans Call Girl of Cthulhu, et on peut déplorer une imagerie poussant un peu trop loin l’aspect bande-dessinée, certains protagonistes poussant le bigger than life si loin qu’ils en décrédibilisent le film. Et le gimmick du récit raconté en flashbacks par un protagoniste traumatisé, en plus de n’avoir jamais été très confortable question narration, semble de nos jours un poil usé… Mais si ce n’est ces menues carences, rien ou si peu à reprocher au boulot fait par un LaMartina de plus en plus solide en tant que réalisateur, quelquefois maladroit (cette technique visant à surfer sur une ligne de dialogue pour introduire le plan suivant, genre « Le sang va couler » avant une transition montrant Carter étaler de la gouache rouge, est utilisée si souvent qu’elle en devient fatigante) mais définitivement capable de tirer le meilleur de son excellent scénario. En premier lieu des figures loin d’être clichées (malgré ses airs de cochonne blasée et antipathique, la coloc’ de Carter se révèle être le perso le plus sensible et attachant) et pour lesquelles on se surprend à stresser lorsque le Mal s’approche… Du très très bon boulot, de la trempe d’un La Nuit des Sangsues. C’est dire si c’est bien.

Rigs Mordo

 

 

Réalisation : Chris LaMartina
Scénario : Jimmy George, Chris LaMartina
Pays: USA
Acteurs: David Phillip Carollo, Melissa LaMartina, George Stover, Nicolette le Faye
Année: 2014

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