Révolte au Pénitencier de Filles

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Alors que sa longiligne carcasse aurait dû être couverte de robes de luxe et en faire une habituée des scènes illuminées du mannequinat, Laura Gemser devint l’égérie de pénitenciers aussi gris que les uniformes rongés par les mites qu’elle se devait d’y porter. Merci qui ? Bruno Mattei évidemment, qui avec Révolte au Pénitencier de Filles (1983) rouvre les cachots pour y tourner une bisserie moins malgracieuse qu’il n’y paraît.

 

 

Révolte au Pénitencier de Filles, Emanuelle in Prison, Women’s Prison Massacre, A Bunch of Bastards, Emanuelle fuga dall’inferno… Autant de titres pour cacher en vérité Blade Violent, superbe patronyme que les Italiens partagent avec les Japonais, et nouvelle entrée au registre des Women In Prison malpropres, à nouveau dirigée par le duo Mattei/Fragasso, déjà aux manœuvres sur le beau Pénitencier de Femmes (1982) sorti quelques mois auparavant. Rien de surprenant dans cette proximité temporelle : on sait que la paire avait pour habitude de faire dans le back to back, Bruno tournant dans la journée un film jugé comme important alors que Claudio prenait le relais une fois la nuit tombée pour empaqueter un film « bonus », considéré comme moins majeur que le premier. Rebelote pour Révolte au Pénitencier des Filles dès lors, frère presque siamois de Pénitencier de Femmes puisque collé à sa sortie et partageant, en outre, une partie de son épiderme. Les décors sont comme de juste réutilisés, et les comédiens déjà sur place ne connurent qu’une courte libération, le Pénitencier de Femmes quitté qu’ils se retrouvaient déjà enfermés dans Blade Violent. Les dès sont pipés chez Mattei et Fragasso, et chaque lancé ramène inlassablement Laura Gemser, Gabriele Tinti, Franca Stoppi ou Lorraine de Selle sur la case prison. Retour à la ratatouille de blattes et de courgettes moisies à la cantine ? A ces éternelles rixes entre frêles prisonnières et leurs voisines de cellule nettement plus masculines ? A ces sévices punitifs distillés par une armada de gardiennes agissant pour le compte d’une directrice ne souriant que lorsque ses détenues laissent échapper leur douleur ? Oui, mais pas seulement, Women’s Prison Massacre tenant plus du film miroir que du jumeau maléfique.

 

 

Comprendre que si on prend les mêmes pour recommencer, on a tout de même le soin, si ce n’est d’inverser les rôles, de modifier les personnalités des malheureux une fois encore accrochés à leurs barreaux. Gemser sera à nouveau dans la peau d’Emanuelle, reporter jetée dans un tombeau de béton pour s’être intéressée d’un peu trop prêt aux magouilles d’un politicien pourri (pléonasme?), mais elle quitte les sandalettes de la beauté mutique et douce pour devenir une lionne décidée à mordre la jugulaire de ses adversaires, n’hésitant jamais à se faire insolente ou à arracher quelques cheveux dans les douches. Son mari dans la vraie vie de la true life Gabriele Tinti ? Oubliez donc le gentil médecin qu’il incarnait dans Pénitencier de Femmes, le bonhomme endossant cette fois le rôle du bad guy dans une pelloche ne manquant pourtant jamais de personnages vicieux. Voir pour s’en convaincre le retour de Franca Stoppi et Lorraine de Selle en matonne et dirlo portées sur la pénalité dans ce qu’elle a de plus dure, les seules à ne pas réellement voir leurs rôles modifiés depuis la dernière fois. La hargne d’antan ne se retrouvera néanmoins que sur le papier, car à l’écran la première partie de Blade Violent, WIP jusqu’au bout des ongles noircis par la crasse ambiante, peine à retrouver le putride de son aîné, dans lequel on se tabassait dans la fiente et où un homosexuel était violé à l’aide d’une matraque, jusqu’à ce que mort s’en suive. Révolte… est en comparaison bien plus sage et s’en tient à des maltraitances presque risibles en comparaison de l’enfermement dans une douve infestée par les rats que subissait Gemser dans son modèle. Ici, on trempe mollement la tête des filles désobéissantes dans un évier, on se prend des coups d’assommoir en mousse (ils se plient au moindre contact avec la pourtant peu robuste Laura) et le pire qu’il puisse vous arriver est un coup de canif dans la cuisse. C’est pas les joyeuses colonies de vacances ni le Club Med, mais on a connu le genre plus perfide et il faut attendre que les De Selle et Stoppi reçoivent quelques ordres des hauts-placés les obligeant à se débarrassent de cette bien gênante Emanuelle pour que le ton monte réellement. Avant cela, nos mamzelles avaient la permission de monter des pièces féministes dans le réfectoire et dormaient avec des poupées gonflables trouvées on ne sait trop où. C’est le bagne mais pas la mort non plus, quoi.

 

 

Ce n’est finalement qu’après une trentaine de minutes que Blade Violent se corse et quitte un genre pour un autre, passe du WIP des familles au polar donnant dans la prise d’otages, alors que Tinti et trois de ses amis en route pour un séjour en cabane se rebiffent et deviennent les maîtres des lieux. Et le discours de se durcir d’un coup d’un seul, les gorges se trouvant arrachées à coups de dents pendant que les agressions sexuelles s’enchaînent à l’abri des regards. Et quelques idées folles de surgir, telle celle de cette malheureuse encastrant une lame de rasoir sur un bouchon, qu’elle s’enfonce ensuite dans le vagin pour jouer un vilain tour – bien mérité – à l’un des prisonniers en cavale qu’elle sait disposé à venir la violer. L’urètre élargi de quelques centimètres (calmez-vous amis du gore extrême, on ne verra rien), le salopard s’en ira tituber non loin des cages où sont enfermées quelques captives en manque, si excitées qu’elles grifferont son corps jusqu’au sang. Bienvenue en Italie, terre du bis le plus fou, où les parties de roulette russe se termine avec un Tinti goûtant et crachant au sol la matière grise de la malchanceuse qui vient de se faire sauter la cervelle… Yummi ! Non content de rattraper sa relative gentillesse des débuts, Women Prison’s Massacre gagne quelques points dans sa gestion du suspense, le bras de fer entamé entre Tinti et ses comparses, les autorités (l’excellent Carlo de Mejo est de la partie, et ça c’est youpi) et les pauvres détenues prises en étau étant plutôt bien géré à défaut d’être original. Mais on ne demande pas à Mattei et Fragasso de nous changer le goût de leur tambouille, on l’aime comme elle est.

 

 

A en croire Laura Gemser, ce serait d’ailleurs principalement à Fragasso que devrait revenir les honneurs de Blade Violent, ce que l’on croit bien volontiers. Légèrement (très légèrement hein) plus subtile que le boulot d’ordinaire offert par Mattei, la réalisation du Claudio fait moins zédarde que celle de Pénitencier de Femmes, gagne quelques couleurs et peut, en outre, compter sur une bande-son qui n’évite certes pas le kitsch bontempi mais se trouve malgré tout hantée d’une mélancolie du meilleur effet. Subsistent bien sûr quelques fautes de goût, principalement dans une direction d’acteurs en roue libre, la clique que Tinti a la joie de mener ne se privant jamais de ces rires aigus et grimaces pas croyables, typiques de ces punk qui traversent le bis rital. La plausibilité de l’ensemble en prend un coup dans les molaires, mais même édenté le cinéma de Mattei et Fragasso continue d’avoir le mordant nécessaire pour laisser des marques chez le spectateur, qui ne manquera pas de se laisser menotter, une fois encore, avec Laura et ses copines.

Rigs Mordo

 

 

Réalisation : Bruno Mattei, Claudio Fragasso
Scénario : Claudio Fragasso, Rossella Drudi
Titre original : Blade Violent – I Violenti
Pays: Italie, France
Acteurs: Laura Gemser, Gabriele Tinti, Carlo de Mejo, Lorraine de Selle
Année: 1983

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