Nightmare Sisters

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Après un passage dans le slasher surnaturel et occulte avec Dreamaniac (1986) et avoir agrandi les rangs de la monstrueuse parade via son Creepozoids (1988) bourré à craquer de mutants visqueux, il était logique que l’ancien pornocrate Dave DeCoteau, spécialisé dans les soirées entre mecs en sueurs, s’intéresse à la comédie légèrement fantastique… et légère tout court. On se souvient de son beau et très fendard Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama (88), donc on tend les bras aux suivant Nightmare Sisters (88 itou), Série B cruciale dans la montée en popularité des Scream Queens et petite romance dans laquelle trois filles populaires comme un cardinal a un concert d’Impaled Nazarene sont transformées en succubes par un esprit maléfique échappé d’une boule de cristal. Dès lors, elles mordront les zobs de jeunots transformés en cendres de teenagers voyeurs. Du pur Meg Ryan, quoi.

 

 

« David DeCoteau présente une production David DeCoteau, réalisée par David DeCoteau. » Le mérite de la clarté, Nightmare Sisters l’a plutôt deux fois qu’une en balançant direct ses papiers d’identité à la tronche du rat de vidéoclub s’aventurant entre ses cuisses soigneusement épilées : la soirée sera cheesy ou ne sera pas ! A quoi s’attendre d’autre d’une nouvelle soirée pyjama entre les vieilles copines Linnea Quigley, Brinke Stevens et Michelle Bauer (ici planquée sous le nom Michelle McClellan, parce qu’elle divorçait alors d’un Monsieur Bauer fâché de voir son patronyme collé à des gros Z à la fesse rebondie) de toute façon ? Surtout lorsque l’on découvre que c’est Kenneth J. Hall qui orchestre dans l’ombre, le réalisateur d’Evil Spawn (1987) et du superbe – à force de vous le répétez vous allez bien finir par le croire – The Halfway House (2004) n’étant pas connu pour ses prédispositions à s’en tenir aux chastes parties de Scrabble. Nightmare Sisters, ça sera donc le service minimum question horreur (pas une goutte de sang de versée!) mais le festival de la blague fastoche et le salon de l’érotisme dans vos chambrées, toute l’entreprise étant bâtie sur la réunion entre les trois hurleuses (qui ont plus souvent fait gueuler les hommes qu’elles n’ont crié elles-même, m’enfin…) les plus appréciées du circuit. Autant dire que le sérieux ne sera pas de mise, nos trois muses étant plus à leur aise dans le cartoonesque débridé que dans le lugubre au premier degré affirmé. D’autant que comme souvent chez DeCoteau, on décide le lundi de produire le bidule parce qu’il nous reste un stock de pellicule dans l’armoire, on prête sa machine à écrire à J.Hall le mardi pour qu’il torche en sept jour le script le moins onéreux possible, et on tourne l’ensemble en quatre jour une petite semaine plus tard. Autant dire que dans ces conditions on ne fignole guère et que l’on s’en tient à son but premier : montrer des nichons et laisser les filles faire les connes à leur aise.

 

 

Impossible d’ailleurs de s’attendre à autre-chose qu’un condensé de grimaces et de cabotinages appuyés, la séquence d’ouverture se chargeant de décimer les maigres espoirs que pouvaient avoir certains de se retrouver face à un monument de sourcils froncés façon Le Nom de la Rose. On y retrouve la désormais un peu oubliée Sandy Brooke (Star Slammer, L’Invasion des Cocons et le shot on video Sledgehammer) assise devant Michael Sonye (Mengele dans Surf Nazis Must Die, également la voix du vil lutin dans Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama), la première demandant au second, présenté comme un voyant à la petite semaine, de regarder dans sa boule de cristal histoire qu’il y retrouve son époux, mystérieusement volatilisé depuis une semaine déjà. Contre un peu de cash, le bonhomme s’exécute et parvient à revivre les derniers instants du disparu, qui se serait retrouvé dans une chambre d’hôtel à Las Vegas avec une fille de joie. Et c’est parti pour un festival de hennissements d’ânes et de galipettes sous forme d’onomatopées, Sonye nous livrant un carnaval facial à même de faire passer le Jim Carrey des débuts pour un modèle de sobriété. Brooke ne ricane pas elle, en découvrant que son jules s’est laissé allé à des plaisirs tarifés, et tombe carrément dans l’effroi lorsqu’elle découvre que la prostipute de service ce soir-là a probablement zigouillé son concubin, Sonye mimant désormais l’effroi de celui qui voit la faucheuse se rapprocher. Mais en farfouillant un peu trop loin dans le monde des esprits, le médium réveille surtout l’âme du démon meurtrier, dont les mains sortent de la boule en verre pour agripper la caboche hurlante du Monsieur Irma. Un point de départ bien pensé et que l’on aurait pu imaginer comme une séquence véritablement flippante, de celles méritant bien un sketch dans une production Amicus par exemple. Mais pas de ça chez le DeCoteau de l’époque, pas encore arrivé chez Full Moon et dont les valises ne s’embarrassaient guère d’un quelconque sérieux, la séquence s’en tenant à son rôle de mise-en-bouche grotesque, tel un sketch d’un Michael Sonye en transe. Accessoirement, ses gesticulations et traits d’humour permettent à DeCoteau de jouer la montre, près de dix minutes étant consacrées à cette seule intro. Et on n’en a pas encore fini avec le meublage, soyez-en certains…

 

 

Après un générique d’ouverture pas pressé d’en finir – hey, c’est de nouvelles minutes de gagnées et la ligne d’arrivée située à 80 minutes n’en sera que plus proche pour l’ami Dave – nous découvrons nos vieilles cocottes que sont Linnea, Michelle et Brinke, pas franchement à leur avantage pour ce coup-ci. La première est une pianiste ringarde évoquant plus facilement la Zezette du Père-Noël est une Ordure que la bombasse prête à soulever les cimetières, la seconde passe sa vie la tronche enfoncée dans un paquet de chips taille XXL et se trimballe un derrière que l’on n’obtient pas en enchaînant 15 000 squats mais 15 000 quesadillas, et la dernière se fait nerd nigaude dont le seul hobby est la collecte de breloques inutiles qu’elle entasse dans sa chambre. C’est d’ailleurs par elle que le Mal viendra, puisqu’elle récupère dans une brocante la boule de cristal dans laquelle est enfermé le mauvais esprit… Là encore, DeCoteau étire sa séquence de présentation au point de donner dans le théâtre filmé, le bonhomme derrière Puppet Master III posant sa caméra sur une table basse pour ensuite laisser ses bonnes amies réciter dix pages de texte chacune avec la grâce et la subtilité de Bugs Bunny, Daffy Duck et Porky Pig s’ils avaient sniffé la ligne Paris-Londres en coke. Profitons-en d’ailleurs pour célébrer les talents des demoiselles, pas tout à fait des comédiennes de la trempe d’une Kathy Bates, mais dont le plaisir de jouer les naïves est ici communicatif, et dont on applaudit sans se retenir la faculté de retenir et balancer en une seule prise un tiers de scénario. On ne le rappelle que trop peu, mais fallait de la cervelle pour mémoriser dix kilos de dialogues en un laps de temps si réduit… Reste que lassées de leur condition de nazebroques (elles sont abandonnées par leurs « soeurs » de la sororité, parties se faire péter le cul par leurs boyfriends lors de vacances que l’on suppose classées X), nos mémères dégainent le combiné et sonnent à trois mectons aussi peu prisés qu’elles. Pas forcément ravis à l’idée d’aller passer la soirée avec des nullardes, mais en même temps pressés de se dégorger le poireau, le trio de geeks accepte, sans savoir qu’ils sont suivis par trois casanovas de leur fraternité.

 

 

Et la soirée de se dérouler à peu près bien – les filles sont loin des princesses rêvées, mais elles sont bien gentilles – à coup de Twister (pratique pour le collé-serré… jusqu’à ce que la Bauer écrase de son poids ces Messieurs)… et de séance de spiritisme. C’est bien évidemment là que ça dérape, la boule de cristal étant mise à contribution et laisse s’échapper un démon qui s’empresse de prendre le contrôle des nénettes, transformées en bonnasses assoiffées de sexe, certes, mais aussi en succubes en manque de proies à torturer. Rangez vos quéquettes les zouaves, car si elles décident de planter les crocs dedans au cours de pipounettes à la mode piège à ours, vous êtes bons pour finir vos jours dans un cendar. Comme DeCoteau aime bien ses mâles maladroits, ce triste sort sera plutôt réservé à leurs aînés infiltrés dans la sororité sans y avoir été invités, même si ceux-ci auront du coup eu la chance d’échanger quelques coups de langues avec Bauer and co. Ca rattrape le coup de quenotte dans le gland, tout de même. Nightmare Sisters, malgré l’arrivée d’un vieil exorciste pour remettre de l’ordre dans l’âme de ces dames et le principe des petites copines changées en de vilaines goules, ce n’est jamais L’Exorciste ou Evil Dead. C’est plutôt la teen comedy déshabillée et punk aux entournures (la chanson que Quigley, véritable rockeuse dans la vie, s’offre en fin de parcours), où l’on regarde les filles par le trou de serrure comme dans les Porky’s et autres Screwballs. D’ailleurs, si ce n’est quelques éclairs sortis de la boule de cristal et l’arrivée de la fameuse démone spectrale, créée par un Kenneth J. Hall qui lui prête également sa voix, DeCoteau se garde bien de taper trop dans le fantastique à effets spéciaux, le seul comptant réellement pour lui (et son audience?) étant la plastique de son trio féminin. Ne cherchez donc pas autre-chose qu’un rinçage d’oeil ou du rire gras chez les sœurs cauchemar, réputées pour posséder en leurs seins (siliconés? Bon par pour Brinke…) la scène de bain la plus longue de tout le septième art. Et vas-y que Linnea, Michelle et Brinke s’éclaboussent, jouent au toboggan avec le savon sur le fessard de la Stevens, se frottent les miches, cherchent le savon perdu sous l’eau, et ce pendant pas loin de dix minutes. Et ce après une déjà longue scène montrant nos succubes se tartiner le torse de crème chantilly pour que les nerds se nourrissent sur leurs belles collines. C’est bien joli tout cela, mais tout de même très long au bout d’un moment…

 

 

On retrouve donc les limites habituelles du genre : il y a si peu de thunes en banque que l’on s’en tient à de longues discussions, amusantes pour la plupart bien sûr, mais qui empêchent ce Z sympa de décoller réellement. Disons-le tout net, si Michelle, Linnea et Brinke ne faisaient pas don de leur corps, Nightmare Sisters s’effondrerait d’un coup d’un seul, et on peut légitimement se demander quel est l’intérêt réel de la version télévisée, où tout ce beau monde garde ses laines d’hiver. DeCoteau nous refait donc, en un peu moins bien, le coup de Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama, puisque Nightmare Sisters est un film parfait pour une soirée pizza. Ce n’est pas bien grave si l’on quitte l’écran des yeux le temps d’aller vérifier si la mozza fond bien au four, et on peut même s’octroyer une pause grosse commission : on sait qu’on ne ratera rien d’essentiel à la bonne compréhension du bidule. Mais les sourires sincères des reines du cri et le plaisir évident qu’elles prennent à rire d’elles-mêmes ne peuvent qu’égayer une soirée, et rendent définitivement sympathique ce petit B-Movie campy au possible. Merci à elles.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David DeCoteau
  • Scénario : Kenneth J. Hall
  • Production : David DeCoteau
  • Pays: USA
  • Acteurs: Linnea Quigley, Michelle Bauer, Brinke Stevens, Marcus Vaughter
  • Année:  1988

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