100 Tears

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Amis coulrophobes et autres allergiques aux nez rouges, votre calvaire n’est pas terminé. Après les délires à la Tex Avery de Killer Klowns from Outer Space, après le vieux Pennywise mais avant le nouveau, et après les épopées Z du Killjoy de l’écurie Charles Band, c’est à 100 Tears (2007) et son Gurdy de venir grandir les rangs des clowns s’étant un jour dit que leur numéro de jonglage rendrait mieux avec des têtes coupées d’étudiants à la place de leurs habituelles quilles. Tablier obligatoire les enfants, car c’est dans le slasher salissant que donne ce cirque macabre.

 

 

Pas de doute, Marcus Koch fait bien partie de cette nouvelle génération de goreux apparue au cours des années 2000. Et donc de ces petits nerveux le plus souvent occupés à fournir tout ce que compte le monde de la Série B en entrailles fumantes et maquillages dégueulasses, mais agrippant aussi, quand les finances le permettent, leur caméra pour tourner des DTV n’y allant pas avec le dos de la serpette. Des slashers extrêmes en règle générale, comme si tous ces Robert Hall (Laid To Rest et sa séquelle Chromeskull comme réal, aux sfx et make-up sur la série Buffy, Crocodile 2, Motel ou Frankenfish) et autres Ryan Nicholson (Gutterballs et Famine à la mise en scène, aux effets sur Destination Finale, Ripper et Blade : Trinity) voulaient venger leur sous-genre chéri de tous ces sous-Scream et remakes proprets apparus à la même époque, en tronçonnant dans le tas sans se soucier du ménage du lendemain. Koch, c’est pareil : quand il ne bidouille pas des membres arrachés pour les autres (sur We Are Still Here, Citizen Toxie : Toxic Avenger IV et The Theatre Bizarre), il prend sa destinée en main et s’en va noyer des figurants sous-payés (quand ils le sont…) dans une telle vague de sauciflards que même votre boucher essuiera une larme d’émotion face à la devanture riche en chipolatas de la boucherie 100 Tears. Pas étonnant d’ailleurs de découvrir que Koch n’a pas raté le coche (rires) et s’est retrouvé sur la très dégueulasse série des Guinea Pig en signant le récent American Guinea Pig : Bloodshock (2015), tant son credo semble être de faire de son œuvre un tel condensé de gore qu’elle en ferait passer les fascicule des vendeurs de barbaque de chez Charal pour des manuels veggies. Oui, c’est à ce point. N’attendez donc pas du ventru Gurdy qu’il laisse autre-chose derrière lui que des cadavres désossés, son énorme hachoir, assez large pour servir de rasoir à King Kong lui-même, n’étant pas de ces armes dont le froid baiser ne laisse qu’une menue entaille…

 

 

Ca va donc se tailler des steaks durant près de 90 minutes, 100 Tears affichant tout de même un sacré bodycount puisque plus de 30 cadavres – ou ce qu’il en reste, soit de le contenu d’une boîte Whiskas – vont s’amonceler aux pieds du bozo diabolique. Pourquoi tant de haine, d’ailleurs ? Parce que vingt piges avant les fait, et alors qu’il pensait avoir trouvé l’amour dans les bras d’une jeune blonde, Gurdy fut accusé à tort de viol, se prenant au passage une rossée de la part du Monsieur Muscle avec lequel il travaillait alors. Légitimement mécontent, le gros bouffon a depuis pris l’habitude de faire morfler les autres, surtout s’ils ne lui ont rien fait. Comprenant sans doute que s’en tenir là niveau scénar’ ne leur permettra d’accoucher, au mieux, que d’un moyen-métrage certes intense mais trop bref pour être autre-chose qu’un chauffe-salle de festival, Koch et son scénariste/acteur Joe Davison (que vous avez pu apercevoir dans Stranger Things) ajoutent à leur tambouille, riche en viscères et de globes oculaires arrachés avec les dents, un duo de reporters enquêtant sur les méfaits du Tueur à la Larme, soit Gurdy. Une idée originale nous permettant d’éviter les sempiternels jeunots partis vider des canettes dans les bois, 100 Tears se voulant alors légèrement plus mature que ce que sa qualité d’abattoir bas de plafond laissait supposer, mutant quand le besoin s’en fait sentir en un thriller simpliste mais fonctionnel. « Légèrement plus mature » on a dit, car Koch et Davison, peut-être sortis d’une saison entière de South Park lors de l’écriture de leur psychokiller movie, ne ratent aucune occasion de verser dans la fart joke. Nos journalistes d’opérette, Davison lui-même et la brune Georgia Chris, sont ainsi en si bons termes qu’ils n’hésitent jamais à se péter à la gueule, quand ils ne se menacent pas de chier sur l’oreiller de l’un ou de l’autre ou clament presque fièrement qu’ils ont peut-être fait dans leur froc. Quitte à donner dans le mauvais goût, autant y aller à fond et sauter pied joint dans la cuvette des chiottes.

 

 

L’ennui, c’est que ces changements de tonalités finissent par donner de 100 Tears l’image d’un train fantôme indécis et ne sachant jamais vraiment quels rails emprunter. Perdu quelque-part entre son acharnement sur les carcasses ensanglantées des malheureux passés à portée de hachoir à viande, ses blagounettes pipi-caca j’te chie dans le pampers et son besoin de suivre les traces du crime drama pour apporter un peu de corps à l’ensemble, le modeste direct-to-video de Koch ne fonctionne qu’une fois ses séquences prises séparément, mais jamais comme un tout cohérent. Un bon GPS et quelques coupes dans le script auraient facilement réglé le problème, sans pour autant changer le plomb en or. Car il serait toujours là, ce filmage brouillon, voire illisible lorsque l’action s’emballe (la castagne finale entre Gurdy et les gazetiers, en plus de se dérouler dans un noir quasi opaque, semble perdre Koch lui-même). Et on les entendrait toujours, ces pénibles inserts technoïdes façon rave party ringarde des années 90 que l’on nous balance lorsque l’assassin farceur démembre du jeune teufeur. Des défauts embarrassants que viennent compenser la sympathie que l’on ne manquera pas d’éprouver pour le personnage que campe Davison, une relation intéressante entre Gurdy et l’une de ses proies (on vous laissera découvrir de quoi il s’agit par vous-mêmes), et bien entendu la dévotion que Koch porte aux geysers de sang, si fréquents et puissants que l’on commence à avoir une vague idée de ce que doit ressentir un Tampax noyé dans la soupe menstruelle. De quoi réserver 100 Tears aux fanatiques de l’underground trashos et à eux seuls, qui auront les dents du fond qui baignent une fois sortis de ce chapiteau lugubre, et les mêmes ne manqueront pas de réserver une place de choix au DVD proposé par Uncut Movies (en bonus, des trailers et une fin alternative). Et comme ils lisent les génériques jusqu’au bout, ils auront même une demi-molle à l’annonce de 200 Tears. Ils peuvent malheureusement débander tant cette suite est désormais peu probable, Koch s’étant fait dépasser par sa droite par un Terrifier au pitch similaire à celui de son slasher clownesque et allant bien plus loin dans le nauséabond et le malaise. L’éternel caillou dans le chausson des faiseurs de gore extrême et intense : il ne faut bien souvent pas attendre longtemps pour qu’ils soient rendus obsolètes par des voisins changeant encore moins souvent de caleçons qu’eux…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Marcus Koch
  • Scénario : Joe Davison
  • Production : Joe Davison, Melissa K. Webb
  • Pays: USA
  • Acteurs: Georgia Chris, Joe Davison, Raine Brown, Jack Amos
  • Année:  2007

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