Inquisition

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Doom over the world, chantonnaient les sombres et appesantis Finlandais de Reverend Bizarre. Une maxime qu’épousait déjà le vénérable Paul Naschy en 1977 via son premier taf’ en tant que réalisateur, puisque son Inquisition (1977) nous ramène dans les donjons putrides où de prétendues sorcières se font remettre les vertèbres en place ou ont les tétons soigneusement arrachés à la tenaille. Tremblez pauvres pécheurs, la Doom Death Division déjà peuplée des Vincent Matthew Hopkins Price, Christopher Judge Jefferies Lee et Herbert Lord Cumbertach Lom se remet en marche !

 

Attention, spoilers en vue.

 

Il suffit de quelques secondes à Paul Naschy – ou, si vous préférez, Jacinto Molina – pour nous assurer qu’il a parfaitement assimilé l’ambiance si particulière des bisseries marchant main dans la main avec la cruelle inquisition. Dans une campagne présentée comme française (mais le tournage se déroula fort probablement en Espagne), une procession faite de paysans à la mine déconfite tirent une charrette dans laquelle gisent des corps frappés par la peste, effleurant des carcasses squelettiques carbonisées et pendues, laissées à l’abandon par ceux que l’on appelle les chasseurs de sorcières. A côté d’un charnier, les vivants plantent un drapeau jaune sur lequel est brodé un diable cornu et à la queue fourchue. Plus loin, un trio d’inquisiteurs mené par Bernard de Fossey (Naschy en personne) s’arrête pour manger dans ces contrées rocheuses et tombe nez à nez avec un cortège de chrétiens enchaînés, transportant une lourde croix sur laquelle se repose un Christ en bois. En deux scènes de quelques minutes à peine, Molina a déjà planté le décor, celui d’une terre modeste où les croyances s’opposent pour ne répandre que la ruine sur un peuple déjà affaibli par la pestilence. Et dans sa volonté d’avancer toujours plus loin dans les abysses, Naschy prendra un plaisir malin à étouffer les plus petites lueurs de son Inquisition, film d’amour désespéré écartant petit à petit ses velléités de série B violente. Le propos sera donc celui de la passion naissant progressivement en Bernard de Fossey pour la jeune Catherine (Daniela Giordano), fille de notable elle-même éprise de Jean (Juan Luis Galiardo), bel homme qu’elle se résigne à voir en cachette puisqu’elle ne lui est pas promise. Pendant que la demoiselle vit le grand amour, quelquefois charnel, dans les étables et à l’abri des regards, Bernard traque le suppôt de Satan dans cette région présentée comme un repaire d’adorateurs du Démon, non sans se troubler de plus en plus pour la jeune fille. Mais lorsque Jean meurt, attaqué sur la route par une bande de voleurs, Catherine soupçonne le witchfinder d’avoir commandité le malheur en vue d’écarter un rival gênant…

 

 

Si le genre du film d’inquisiteurs s’est toujours voulu vaguement psychologique, jouant de l’image d’envoyé de Dieu dont se parent des êtres profondément répugnants – voir le cynisme dont fait preuve Hopkins/Price dans Le Grand Inquisiteur -, Paul Naschy semble vouloir aller encore plus loin dans la psychanalyse, réduisant au statut de passage obligé les séquences se déroulant dans de mal éclairés donjons, où les musculeux tortionnaires portant la cagoule poussent à l’aveu de pauvres innocentes. Elles font acte de présence, ces séquences de torture, et on notera un arrachage de téton à l’effet saisissant pour l’époque et le budget avec lequel Naschy devait composer, une roue munie de lames lacérant tour après tour une malheureuse attachée à un chevalet, une braise tout juste sortie de ses feux plaquée contre une poitrine ou le classique écartèlement, qui aura raison de la prétendue armide que l’on y trouvait accrochée. Il y a la dose, d’autant que l’ami Molina n’oublie jamais de satisfaire la part de son audience venue dans l’espoir secret d’apercevoir des poitrines dénudées… et bientôt malmenées. Mais on sent aussi que l’intérêt du réalisateur et scénariste se trouvait moins dans la chambre des tortures que dans les quartiers privés d’un Bernard ne sachant plus s’il doit se vouer aux seins de Catherine ou aux Saints tout court. Enfermé dans son bureau, il semble passer le plus clair de son temps à épier sa muse par la fenêtre ou à compulser frénétiquement ses livres représentant Satan et tous ses sbires incandescents, qui semblent l’attirer autant qu’ils le repoussent. L’éternelle lutte entre le Bien et le Mal se joue à nouveau dans ces landes vides et rocailleuses dans un intéressant jeu de miroirs : les évangélistes n’ont ainsi de cesse de contourner la parole de leur Dieu et enchaînent les atrocités dans des sous-sols où renaissent leurs instincts les plus primitifs, poussant peu à peu les braves gens à tanguer du côté obscur. Catherine, gamine naïve prête à ne vivre que de doux baisers et de pain rassis, en est bien évidemment la preuve, elle que l’idée que l’inquisiteur aurait propulsé son amant dans la tombe rend enragée au point de pactiser avec Lucifer et tout ce que l’enfer compte de diablotins.

 

 

Une véritable opposition de fanatiques, un duel des sectes. Qui du crucifix lumineux ou de la fourche ardente pliera le premier ? Si la critique des envoyés du Vatican semblait évidente jusque-là, Molina opte finalement pour le match nul : Catherine se vengera bien de celui qu’elle considère comme à l’origine de tous ses maux, mais elle ne s’en retrouvera pas moins à ses côtés sur le bûcher… alors que Bernard n’avait en vérité jamais offert de pièces d’or à des brigands pour qu’ils éliminent Jean de la course à l’amour. Et c’est les hallucinations causées par le breuvage offert à Catherine par une vieille sataniste qui lui mettront en tête de meurtrières idées… Un point partout, balle au centre. Et puis, le véritable coupable de la perte de la quasi-intégralité du casting est tout bonnement la bassesse humaine, ici symbolisée par un borgne répandant des rumeurs sur ceux qu’il envie pour qu’ils passent une douloureuse nuit dans les mains de Bernard et ses hommes aux outils rouillés par le sang. Inquisition, malgré une réalisation un peu statique et son arrivée tardive sur le champ des jugements faussement sacrés mais véritablement infernaux, se distingue par sa mesure et la distance qu’il prend avec son sujet, sans pour autant tomber dans l’assommante étude historique. Peut-être un peu léger question exploitation – malgré un lugubre banquet honoré de la présence de Satan en personne – ce premier essai de Naschy derrière la caméra peut en tous les cas se ranger, la tête haute, aux côtés d’un La Marque du Diable ou d’un Le Grand Inquisiteur. Une preuve de sa grandeur.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Paul Naschy
  • Scénario : Paul Naschy
  • Production : Roberto P. Moreno, Enrique Molina
  • Titre Original : Inquisición
  • Pays : Espagne
  • Acteurs : Paul Naschy, Daniela Giordano, Monica Randall, Julia Sally
  • Année :  1977

2 comments to Inquisition

  • freudstein  says:

    Pas vu celui-ci,mince!ça serait bien qu’un éditeur se penche sur la filmo de Paulo!!!Bon ok,seven7 et artus l’on fait…mais il y a tant à découvrir encore!

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