Creepozoids

Category: Films Comments: No comments

Comme quoi, il en faut peu pour faire un monde : 25 000 dollars, un hangar laissé à l’abandon, cinq ou six comédiens payés au lance-pierre ou à coups de bons de réductions Wall-Mart, l’obligatoire scène de douche, une poignée de sales bestioles caoutchouteuses et vous avez votre post-nuke horrifique en poche. Une voie en partie tracée par David DeCoteau avec son doucement culte Creepozoids (1987) et depuis empruntée par tout ce que la Série B ou Z compte de jeunes pousses.

 

 

Sus à l’injustice ! Certes, Creepozoids est le modèle de B-Movies par excellence, répandant la bonne parole du Blood, Boobs and Beast, soit la règle des 3 B à laquelle ne saurait couper tout producteur/réalisateur en herbe désireux de taper dans les genres visqueux. Et qui n’a jamais entendu la tirade « Tiens, ça goûte comme du Creepozoids ça ! » récitée par un vieux de la vieille après avoir mis en bouche son index, qu’il venait de laisser glisser le long d’une jaquette de cassette vidéo sur laquelle une pornstar au rabais se fait étriper par un opossum mutant venu de Jupiter, le tout adossé contre le comptoir attaqué par la rouille d’un vidéoclub malfamé ? N’empêche que la légende voulant que le deuxième film « classique » – comprendre l’un de ceux où aucun mâle ne joue aux auto-tamponneuses avec ses colocataires sous une couverture chauffante – du mythique David DeCoteau fut le tout premier petit budget à mêler horreur et post-nuke dans un huis-clos n’est que partiellement vraie, Bruno Mattei ayant déjà semé quelques graines sur ce chemin-là via Les Rats de Manhattan en 84. Soit quatre années avant que l’infatigable Charles Band et le bon Dave s’associent pour envoyer une Linnea Quigley connaissant alors son pic de popularité dans les pattes d’une monstruosité mi-insecte, mi-vélociraptor sortant mal en point de sa soirée tequila, mi-chausson denté. Et comme dans Creepozoids, Les Rats… parcouraient principalement un immeuble désaffecté, laissant les contrées arides et les cités défigurées par des guerres nucléaires à ceux qui en ont les moyens. D’ailleurs, comme s’il avait très envie de faire un clin d’oeil complice au patron Mattei, DeCoteau ne peut s’empêcher de balancer un duo de rongeurs taille XXL sur ses comédiennes…

 

 

Est-ce à dire que l’on tient là une copie carbone du petit classique de l’exploitation à l’italienne ? Pas vraiment, malgré là encore des prémices plutôt similaires à celles filmées par le Bruno. Soldats parcourant un monde plongé dans la désolation suite à une guerre où les bombes atomiques étaient échangées comme des autocollants Panini, le vaillant chef Jake (Richard Hawkins), la futée et mère poule dans l’âme Kate (Ashlyn Gere, sous le nom de Kim McKamy), le nerd Jesse (Michael Aranda), la blondinette chaudasse Blanca (Quigley évidemment) et la bidasse virile et toujours volontaire pour ruer dans les brancards Butch (Ken Abraham, occupé depuis des années à faire le montage de tout ce que MTV peut compter comme télé-réalité) découvrent un laboratoire secret laissé là par l’armée. Puisque de terribles mutants (qu’on ne verra jamais, pas le fric pour) rôdent dans les parages et qu’une pluie acide approche, la troupe décide de s’installer en ces lieux, à priori plutôt accueillants puisque disposant de douches en parfait état (t’as entendu Linnea ? Commence à te déshabiller, veux-tu) et d’une belle réserve de nourriture. Ce qu’ignore nos cocos, c’est qu’une scientifique a jonglé avec les mauvais tubes à essais avant cela, créant une chimère meurtrière et toujours dans la place. On vous la fait courte, mais notre tout petit casting fera sa rencontre petit à petit, les malheureux se retrouvant mordus par la bête finissant par vomir de la mélasse noire quelques heures plus tard, avant qu’un obligatoire décès ne s’en suive. Que du très classique question Série B, mais au moins DeCoteau a-t-il l’avantage d’avoir été l’un des premiers sur le créneau du « trois pièces, un gros lézard baveux, des filles à poil et un peu de gore », ce qui lui offre une légitimité certaine. Et puis, Creepozoids a de beaux atouts, et on ne parle pas que de ceux que Linnea apporte avec elle.

 

 

Léger question sang (nos héros foutent la main dans la confiture d’airelles et c’est pour ainsi dire tout) mais plutôt généreux en effets (après morsure du mutha fucka monster, le bon peuple enfle comme s’il avait encastré sa tronche dans une ruche et subi le supplice des 1000 piqûres), Creepozoids rappelle que malgré tout le mal que certains se plaisent à dire de lui, David DeCoteau sait gérer son budget, dont il place chaque dollar intelligemment. L’accent est donc mis sur les différentes gloumoutes peuplant ces sous-sols mal éclairés, et c’est sous vos yeux ébahis que feront leur petit show le très alienesque CreepoMonster (il a une tête de plug anal, donc c’est du Ridley Scott), un bébé sorti de son bide et donc super moche (les bébés sont habituellement laids, mais celui-ci bat tous les records), une Ashlyn Gere (qui refusa de verser dans la nudité ; cocasse pour une mamzelle qui gobera du boudin par paquet de douze dans l’industrie pornographique quelques années plus tard) changée en une sorte de zombie aux graves problèmes de peau et des souris de la taille d’un chat, plutôt mimies malgré leur indéniable animosité. Un bestiaire plutôt complet venu faire avancer une intrigue resserrée – le tout se passe en quelques heures à peine – qui, à sont tour, permet de justifier avec une relative habilité le fait que toute l’action se déroule dans un couloir, un débarras et un dortoir. 70 minutes bien touillées en ressortent, et on ne pestera même pas contre ces quelques instants de meublage voyant le pro de l’informatique fouiller les dossiers secrets de l’ordinateur à disposition dans une tentative, bien veine, d’apporter un peu de gras à un pitch fin comme un zob d’acarien.

 

 

La subtilité n’est certes jamais le fort de Creepozoids, mais la joie palpable qu’il prend à dérouler toute une ménagerie impensable pour quelques milliers de dollars lui fait mériter son statut de petit abécédaire du low budget horrifique. C’est soigneusement que l’on rangera le beau Blu-Ray concocté par 88 Films (vous savez que nous ne sommes pas de fervents défenseurs de la haute définition sur Toxic Crypt, mais pour le coup le boulot vaut le détour et éclaire un peu la pelloche) aux côtés de bandes à l’esprit similaires, comme Forbidden World par exemple.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David DeCoteau
  • Scénario : David DeCoteau, Dave Eisenstark
  • Production : John Schouweiler, David DeCoteau
  • Pays : USA
  • Acteurs : Richard Hawkins, Linnea Quigley, Ashlyn Gere, Michael Aranda
  • Année :  1987

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>