2001 Maniacs : Field of Screams

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Vous connaissez la chanson : jamais 2002 sans 2003, et il était impensable pour le Tim Sullivan à l’oeuvre sur le remake/suite de 2000 Maniacs qu’était 2001 Maniacs de ne pas remettre le couvert avec ses rednecks cannibales. Le résultat est un Field of Screams (2010) déboulant cinq ans après son grand frère.

 

 

Soyons francs : malgré la sympathie qu’on lui porte, il ne nous est jamais venu à l’esprit d’aller installer Tim Sullivan (Driftwood, Chillerama) à la table des Masters of Horror pour qu’il y demande à Stuart Gordon ou Dario Argento qu’ils lui passent le sel. Par contre, on ne pourra pas lui retirer une certaine ténacité et une évidente envie d’en découdre, voire même une certaine bravoure lorsqu’il s’agit de taper dans l’humour noir et le gore à caractère sexuel, sans jamais avoir peur d’offenser un troupeau de Social Justice Warriors. De courage, il lui en a probablement fallu aussi pour retourner sur le champ de bataille alors que son armada fut réduite de moitié, qu’on ne lui a refilé que trois balles à blanc pour toutes munitions et que son meilleur sniper lui a tourné le dos. Yep, 2001 Maniacs : Field of Screams, séquelle pour laquelle personne ne semblait réellement se battre, perd les attributs de « bon petit B ordinaire » de son aîné et chute la tête en avant dans les gogues fumantes du Z sans brouzoufs. Du coup les 2001 maniaques promis ne sont plus qu’une dizaine, leur chef Robert Englund s’en est allé faute d’avoir trouvé un cachet suffisamment élevé dans sa boîte aux lettres – il est remplacé au pied levé par le moins gourmand Bill Moseley (The Devil’s Rejects, Massacre à la Tronçonneuse 2) – et leur petit village fantomatique, désormais trop cher à louer, ne pourra plus abriter ces spectres revanchards toujours affamés de nordistes depuis que la Guerre de Sécession leur a tout pris. Du coup, Moseley, la toujours présente pour les amis Lin Shaye et quelques autres dingos partants pour un nouveau tour de piste s’installent dans des champs décorés de trois tentes et deux chapiteaux. Certes, 2001 Maniacs ne sentait pas le pognon, les bijoux hors de prix et le risotto aux truffes, et il ressemblait bien à ce qu’il était réellement, soit un Direct-To-Video ni mieux ni moins bien endimanché que ses voisins d’étagère. Mais là, on ne chute pas de quelques marches, c’est tout l’escalier du Machu Picchu que l’on dégringole avec la grâce de l’hippopotame qui se retrouve les quatre fers en l’air parce qu’il a tenté de se lécher le croupion. 2001 Maniacs était un vrai film, modeste aux entournures mais un vrai film tout de même. Field of Screams a à peine les traits d’un reportage sur la récolte des abricots diffusé à deux heures du mat’ sur une chaîne locale, coincé entre une émission de pêche à la mouche et la lecture complète de l’oeuvre de Christine Angot par Christophe Lambert.

 

 

Pas étonnant de découvrir que ce dernier volet de ce que l’on peut considérer comme une trilogie, en y ajoutant l’opus original du regretté H.G. Lewis dans les années 60, se fait éparpiller façon puzzle par la critique, les fans et les commentateurs des divers sites à la Imdb. Car de qualités, Field of Screams ne déborde guère : les « comédiens » (tu les vois, mes guillemets de quinze mètres de haut?) ont été embauchés à la sauvette et ne vendraient pas une cacahuète à un écureuil, les lieux sont si cheap que les trois pièces auxquelles Charles Band et David Sterling nous habituent depuis vingt ans passeraient pour un loft de Neuilly à côté du coin de champ avec lequel Sullivan doit composer, les effets gore parviennent à paraître plus fake que ceux que Lewis bricolait cinquante ans plus tôt, et le doublage français vient en rajouter une triple couche avec ses accents incompréhensibles flanqués à tout personnage doté d’une origine dite exotique. Si vous parvenez à capter une phrase entière sortie de la bouche du jeune conducteur de car mexicain, notre boîte mail vous est ouverte. Outre bien sûr ces beaux « Vas-y, suce mon gros tacos tout dur », car Sullivan (à moins que les doubleurs made in France aient été très inspirés ?) a enfourché sa caméra toute neuve – pas de bol, son 2001 Maniacs round two ne s’en coltine pas moins une patine DV toute frigide – avec la ferme intention de faire passer les joutes verbales entre Beavis et Butt-head pour des colloques sur l’astrophysique. Une Chinoise ouvre la bouche ? C’est pour sortir un merveilleux « Moi sucer zizi » que Michel Leeb lui-même n’aurait pas osé caler entre sa mouche et son bourdon. Quant à ces culs-terreux de sudistes, ils ne pensent bien entendu qu’à sodomiser leurs moutons empaillés et balancer un maximum de blagues racistes en un minimum de temps.

 

 

L’action ? Elle se limite ici à des blondes échappées d’une télé-réalité se caressant les nichons dans une piscine gonflable, le pitch de Field of Screams se voulant être le choc des cultures entre nos fantômes carnassiers et une équipe de tournage suivant deux crétines à la Paris Hilton ; ainsi qu’à des coïts plus ou moins intenses dans des caravanes, quand la vénérable Lin Shaye ne masturbe pas un épis de maïs. Les meurtres ? Ils visent, pour les plus mémorables, sous la ceinture, et le plus notable est certainement celui voyant un vagin se faire fendre en deux par une scie circulaire, alors que les tortionnaires dansent gaiement sous une pluie de sang. Le peu de bon goût dont disposait encore l’opus précédent est donc balancé aux égouts sans ménagement, et c’est l’obscénité par tous les moyens que cherche Sullivan, qui avoue sans trop se faire prier qu’il cherchait moins à faire un véritable film d’horreur qu’un gros slapstick bien graisseux sous ses aisselles poilues. Et pour tout vous avouer – après tout nous sommes entre nous – c’est bien pour ça qu’on a aimé. Oui, Field of Screams est mauvais de A à Z et aucune qualité objective ne parvient à percer l’épaisse coque de cette vieille fiente de vache durcie par un soleil de plomb. Et oui, toute personne prenant du bon temps face à ce grossier déluge de seins siliconés et de têtes en latex explosées avec de la dynamite mériterait son petit séjour en hosto psy. Promis, on réserve notre chambre dès le point final tamponné sur cette chronique. Mais en même temps, qu’espérer d’autre de la franchise, pas tout à fait reconnue pour sa capacité à livrer une réflexion sociale intense (alors que le sujet pourrait s’y prêter), et d’un Sullivan producteur du (génial) Detroit Rock City dans lequel des fans de KISS ricanaient comme des cons en écoutant une donzelle péter dans les toilettes des filles ? La messe était dite avant même que l’on entre dans la chapelle. Très ardente pour le coup vu le plaisir que porte le réalisateur à faire voler les soutiens-gorges, qui ne sauraient longtemps cacher des courbes un peu trop plastiques mais que l’on accueille tout de même à queue tendue. Piqué par le démon du cul, le script entreprend même de créer un soupçon de romance érotique entre le vieux Moseley et grand-mère Shaye, pour un résultat franchement gênant, sauf lorsque la Lin dit des cochonneries à son amant Africain (Jar Jar Binks dans La Menace Fantôme… sans déconner hein), dont elle loue évidemment le bois bandé. On vous avait bien dit que c’était con comme une blague à Toto.

 

 

A dire vrai, le véritable défaut de Field of Screams, c’est Moseley. Car malgré tout le respect que l’on doit à cet acharné de la Série B, il n’a jamais la gouaille et le charisme de Robert Englund. On en viendrait presque à douter des paroles de Sullivan, qui assure que le Bill était tout heureux d’être de la partie, au point de s’être proposé lui-même au départ, tant il semble parfois s’ennuyer. Sa prestation est en tout cas insipide, et alors qu’on l’imaginait déjà éclipser ses partenaires avec un show à la Chop-Top, ces blondinets en salopette et autres bombasses pourtant ordinaires comme Christa Campbell (de retour dans le rôle de la laitière… qui montre ses gros pis, évidemment) se montrent tous plus attachants que lui. Dommage et décevant, d’autant que la seule véritable idée de Sullivan et ses scénaristes était de se concentrer plus longuement sur le quotidien des maniaques, sur leurs motivations et sur la lassitude que certains commencent à éprouver à devoir massacrer du teenager au calbut en feu. Un jeu d’acteur plus impliqué que celui que nous offre Moseley aurait sans doute aidé à faire passer l’idée, qui s’en tient malheureusement au stade de la lettre morte. Le niveau reste donc désespérément bas, mais d’un autre côté cette absence totale de sophistication et de finesse nous rend admiratifs. On dit que seuls les cons osent tout, et il faut sans doute être un peu débile pour balancer sur les écrans une scène voyant une ceinture de chasteté arracher un visage et Lin Shaye chanter des salacités en tenue moulante. Mais reconnaissons que pour faire la fête du siècle, il est préférable de s’entourer des pires crétins puisque c’est au final toujours d’eux que viennent les plus beaux souvenirs. Field of Screams en a son lot, et on en viendrait presque à souhaiter que Sullivan reparte au front pour un nouveau volet encore plus fauché que les précédents. Si ça peut l’aider à en avoir encore plus rien à foutre et aller plus loin dans l’insolence gratuite et l’infamie, on signe tout de suite.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Tim Sullivan
  • Scénario : Tim Sullivan, Christopher Tuffin, Chris Kobin
  • Production : Martin Shore, Christopher Tuffin, Mike Greene
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Moseley, Lin Shaye, Christa Campbell, Asa Hope
  • Année :  2010

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