The Devil Hunter (Chasseur d’Hommes)

Category: Films Comments: No comments

Cible privilégiée des photocopieuses du bis au fil des Robowar et compagnie, Predator (1987) serait peut-être coupable lui aussi d’avoir lorgné sur la copie du voisin. Jess Franco en l’occurrence, dont le Devil Hunter (1980) comporte tous les éléments qui feront le succès du bras de fer entre Arnold et sa gueule de porte-bonheur : des règlements de comptes entre gros durs sous les tropiques, une créature fantastique cachée à l’ombre des palmiers pour frapper sournoisement, des découvertes de cadavres dans les cocotiers… Malheureusement pour le petit Jesús – planqué sous le pseudo moins connoté corrida de Clifford Brown – la comparaison entre son vrai-faux cannibal movie et la course au rasta extra-terrestre s’arrête là…

 

 

Avant d’être une question de bimbos au chemisier à moitié déchiré coursées dans des donjons par des exécuteurs gras du bide et dont les lèvres trempent dans l’écume, le cinéma bis est une affaire de liens. Prenons The Devil Hunter par exemple, petite Série B – les mauvaises langues parleront de vilainie Z – autour de laquelle dansottent des producteurs espagnols (Julian Esteban Films, Eugenie de Sade du même Franco), français (les indécrottables Eurociné), l’Allemagne de l’ouest (Lisa-Film, Bloody Moon et Sadomania toujours selon Franco) et l’Italie (Filman). Autant dire que notre El caníbal prend sans tarder des contours d’entreprise internationale, surtout lorsque les Anglais entrent eux aussi dans la danse pour jeter les VHS de ce petit film d’horreur dans les fourneaux, la folie des Video Nasties s’emparant de The Devil Hunter… pour mieux le faire entrer dans la légende. Un honneur légèrement exagéré, car si quelques poussées de violence se plaqueront bel et bien sur nos écrans, et qui plus est en HD depuis que les good guys de 88 Films ont décidé d’éditer la bête en Blu-Ray (après que les ricains de Severin aient fait de même), il sera ardu de prétendre que le 167ème film (à la louche) du père Franco possède un aussi mauvais esprit qu’un Cannibal Holocaust ou un La Dernière Maison sur la Gauche. On peut néanmoins comprendre que les enquêteurs du Yard aient rapproché son Chasseur d’Hommes – c’est une bisserie, elle a donc plus de faux papiers que Carlos Ghosn – des festins anthropophages à la carbonara, tant l’Espagnol et ses producteurs mettent en avant l’aspect exotique de leur épouvantable entreprise. Et le pitch lui-même de s’aventurer sur des terres pulp jamais en manque de clichés.

 

 

Tout commence lorsqu’une starlette du cinéma blonde, et donc bébête, incarnée par Ursula Buchfellner (Sadomania) se fait kidnapper par une bande de rançonneurs. Pour retrouver leur comédienne un peu cruche, ses proches et producteurs devront débourser six millions, une idée à laquelle ils peinent à se faire puisqu’ils engagent le toujours très posé Al Cliver (L’Enfer des Zombies évidemment) pour qu’ils retrouvent la Ursula sans avoir à laisser le sac rempli de gros billets aux ravisseurs. Ces derniers ne sont par ailleurs pas des plus inspirés puisqu’ils ne trouvent rien de mieux à faire que de monter leur camp à quelques mètres d’une tribu vénérant un dieu bestial, le genre à ne se nourrir que des coeurs des jolies jeunes filles. Comme de juste, lorsque les indigènes découvrent qu’ils pourront sauter un sacrifice en offrant, à la place de l’une des leurs, une blondasse qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam à leur divinité, ils se pressent d’en faire leur prisonnière. Du pur Franco tant le synopsis évoque ce que l’on appelait jadis les romans à trois sous, avec son aventure ensoleillée, son héros taciturne, ses brigands mal élevés, l’esclave blanche à sauver des griffes d’autochtones qui ne voient en elle qu’une offrande potentielle pour une déité animale… Mais avec la petite dose supplémentaire d’érotisme pour remplacer les ordinaire romances, Jess dénudant son premier rôle féminin dès les premières minutes, tandis que le fameux Dieu meurtrier, un grand Noir aux yeux exorbités et injectés de sang, se balade la bite à l’air. Et dans la tradition de l’exploitation un peu cracra aux entournures, les bad guys agresseront sexuellement leur otage, ces dames se retrouvant par ailleurs toutes attachées et livrées à leurs tortionnaires à un moment ou un autre. Des caresses et coups de bassin inappropriés par ici, des torses mutilés pour en extraire leur palpitant par là-bas, un petit bordel à peu près maîtrisé dans tous les cas. Notre Black God a d’ailleurs bien raison d’en faire le plein, car de palpitations The Devil Hunter manque dangereusement.

 

 

Si le script ne semble être à court, sur le papier et ainsi présenté, de rien pour proposer un low budget droit dans ses pompes lorsqu’il s’agit de mitrailler (Al Cliver et ses adversaires échangent une poignée de pruneaux), malmener les chairs (notre divine beast dévisse des caboches quand elle ne perfore pas les poitrines) et enchaîner les prises de karaté (Cliver affronte à mains nues le monstre dont les yeux sont des balles de ping pong lors du climax), la fâcheuse tendance qu’à Franco à prendre 30 minutes pour montrer ce qui tiendrait facilement en 15 met à genoux The Devil Hunter. Et il lui faudra plus d’une heure pour qu’il puisse se redresser, une fois passées les interminables errances dans les décors (paradisiaques, certes…) et les parties de cache-cache dans les fourrés entre des mamzelles ne désirant pas servir de repas à leur Dieu et le reste de leur tribu, peu tentée à l’idée de courroucer ce dernier. Assez plat tout cela, et on s’emmerde fatalement un peu, Jess Franco oubliant qu’un film d’aventures, c’est toujours meilleur lorsqu’il s’y passe quelque-chose. Heureusement, Chasseur d’Hommes finit par mériter son titre de Nasty à l’approche de son dernier acte, les carcasses y étant transpercées de pics en bois, les pognes s’enfonçant dans la chair humaine pour en extraire des organes dégoulinants tandis que les têtes font des tours à 360 degrés. Et le tout à la faveur d’un gore particulièrement cheap et sentant fort la gouache cramoisie. Mais n’est-ce pas le meilleur, au fond ?

 

 

Inattaquable comme indéfendable, The Devil Hunter n’offre jamais l’occasion de nous extasier, mais ne nous permet pas non plus de le disqualifier, ses beaux efforts de fin parcours lui assurant une place de choix dans les vidéoclubs personnels des férus du grindhouse européen. Au rayon Franco plutôt qu’à celui cannibale évidemment, les aventures du très stoïque Al Cliver, moins expressif que les totems plantés sur le camp des sauvageons, manquant de mâchouillage d’ovaires avariées pour pouvoir rivaliser avec le service de livraison à domicile du féroce Umberto Lenzi. Franco préfère les courbes vivantes, celles sur lesquelles il zoome pour dévoiler fentes secrètes et culs rebondis, ceux de figurantes en proie à des spasmes ou dansant frénétiquement. Cela suffira pour les habitués du réalisateur de Célestine, Bonne à tout faire, et quelques autres seront ravis de retrouver l’Allemand Werner Pochath, excellent dans le psychokiller glauque Bloodlust. Reste qu’à moins d’être un gros mangeur de bis bricolo, tout ce barnum risque fort de faire peu sens sous vos yeux, guère ébahis…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénario : Julián Esteban, Jess Franco
  • Production : Julián Esteban, Daniel Lesoeur, Karl Spiehs
  • Titre Original : El caníbal
  • Pays : Espagne, France, Allemagne
  • Acteurs : Al Cliver, Ursula Buchfellner, Antonio Mayans, Werner Pochath
  • Année :  1988

Attention, les screenshots ne représentent pas la qualité du BR 88 Films, n’étant pas équipé pour prendre des screens des BR, je me suis rabattu sur un trailer youtube.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>