Le Repaire du Ver Blanc

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Avant que le so charming Hugh Grant n’aille descendre quelques coupes de champ’ ou pleure les morts au détour de Quatre Mariages et un Enterrement, et bien des lunes avant que Peter Capaldi n’enfile le caleçon du Docteur Who, les deux Anglais affrontaient un serpent géant dans une caverne où dansait une Amanda Donohoe qui ne se rase pas les aisselles. Rajoutez dans l’équation ce grand fou de Ken Russell (Les Diables, Gothic) en tant que capitaine, et vous trouverez en Le Repaire du Ver Blanc (1988) une nouvelle ode au bizarre faite Série B !

 

 

Sujet glissant comme les écailles d’une couleuvre d’eau que Le Repaire du Ver Blanc, pour les uns une petite merveille de british horror dont le caractère impie, une fois allié aux mythes de Bram Stoker (dont Russell adapte avec la liberté qu’on lui connaît la nouvelle), fait des merveilles, pour les autres un affreux nanar psychédélique où le mauvais goût règne sans partage. Difficile de trancher tant les deux visions sont légitimes, Ken Russell, dont l’art déclinait alors par rapport à ce qu’il put proposer durant son âge d’or, chevauchant son white worm pour en faire une hydre aux trop nombreuses têtes. A la fois Série B sous acide, comédie ricanant sous cape, délire au blasphème facile, bad trip ultra sexualisé dans lequel des nonnes se font empaler par des gourdins d’acier, clip vidéo que MTV et MCM ne se seraient pas hasardés à diffuser même à deux heures du mat’, et même un hommage qui s’ignore (à moins que Russell verse dans la franche moquerie ?) envers la Hammer Films, le beau La Femme Reptile (1966) avoisinant ce dingo Lair of the White Worm. Trop d’uniformes et de couvres-chefs pour un seul film, sans doute devenu culte dans les milieux autorisés pour ses thématiques plutôt que pour le résultat final. Force est d’ailleurs d’admettre que Russell empile les sujets à même de titiller le fantasticophile de base : un asticot/serpent (on sait pas trop) gigantesque caché au fond d’une grotte dans laquelle les plus téméraires n’oseraient s’aventurer, une cougar invitant les petits scouts pour prendre un bain en sa vicieuse compagnie et qui leur mord le chibre avec ses crocs de vipère, des disparitions survenues dans des bois bordant un lugubre manoir bâti sur les restes du temple d’une secte vénérant le fameux ver blanc, des sacrifices de vierges tourmentées par des hallucinations montrant le pauvre Jésus étranglé par le démoniaque reptile, et ce alors que les Romains violentent et abusent de pauvres religieuses dont les seins sont à l’air, découverte d’un crâne étrange dans la campagne anglaise… Pas étonnant que certains zicos tapant dans le death metal se soient emparés du sujet (Necrophagia et son WhiteWorm Cathedral, God Dethroned et son The Lair of the White Worm) tant il semble être propices aux lyrics putrides que tout bon (et donc mauvais) prof de catéchisme ne saurait tolérer.

 

 

Les ennuis commencent en vérité lorsque l’archéologue Angus Flint (Capaldi) découvre dans le jardin des blondes Eve et Mary (Catherine Oxenberg et Sammi Davis) un crâne semblant appartenir à une bête hideuse, d’étranges cailloux (des ossements?) et une fresque montrant un énorme serpent. Deux coups de pelle supplémentaires et le mec nous déterrait la carrière de Samy Naceri. Cette découverte intéresse en tout cas deux personnes. Le jeune Lord James D’Ampton (Grant) tout d’abord, la légende voulant que l’un de ses ancêtres combattit le fameux giant snake de la fresque, qu’il décapita d’un coup de sabre bien placé. La Lady Sylvia Marsh (Donohoe) ensuite, prêtresse hérétique transformée en femme cobra et visant au retour de Dionin, fameuse divinité païenne terrée au fin fond d’une grotte dans l’attente que l’on lui amène une pucelle en guise de tribut. Sylvia a justement dans l’idée de faire tomber Mary dans le puits où repose Dionin, poussant par la même occasion James à prendre la relève familiale au niveau de l’abattage de chimères. Présenté ainsi, Le Repaire du Ver Blanc a tout du joyeux film de monstre lorgnant franchement vers la fantasy et les contes de grands-pères. D’ailleurs, les scènes montrant Dionin évoquent, de par leurs effets spéciaux déjà d’un autre âge à l’époque (nous sommes en 88, et White Worm n’est ni The Thing ni Aliens), le fantastique des années 50 et 60, lorsque Ray Harryhausen envoyait les pires harpies et squelettes de terre glaise sur tout ce que la mythologie pouvait compter d’épéistes. La comparaison s’arrête néanmoins là et il serait bien malvenu d’installer vos marmots devant le gros délire de Russell, qui utilise ces prémices pour cracher un gros mollard à la gueule du Christ. Et littéralement puisque Sylvia, en plus de se lancer dans des monologues visant à ridiculiser le petit Jésus, vomira un acide verdâtre sur un crucifix. Au moins comme ça, c’est clair.

 

 

Pourquoi pas, d’ailleurs ? Nous sommes loin d’être des abonnés à la messe du dimanche sur Toxic Crypt, et un petit sacrilège, s’il est bien tourné, fait toujours plaisir à voir. L’ennui c’est que Russell n’a plus vraiment le même niveau que sur Gothic, et que plutôt qu’une œuvre d’art dérangeante et hallucinatoire, il nous livre une petite pelloche à peine mieux torchée que l’une des suites de Hurlements (et c’est pas vraiment un compliment) et dont le mauvais goût est poussé jusqu’au ridicule. Voire cette séquence onirique ni faite ni à faire, dans laquelle Hugh Grant assiste à un combats de demoiselles dans un avion en tenant, à hauteur de son entre-jambes, un feutre au bout rougi. Et le marqueur de monter, monter, monter alors que ces dames se roulent au sol comme des chattes se disputant une boulette de viande. Pas la peine de vous faire un dessin, on tape là dans la révolte de bas étage, et Russell devient un agitateur de cour de récré mimant la pénétration en enfonçant sont index droit dans le trou que forme sa main gauche. Et en tirant la langue, s’il vous plaît. On peut dès lors comprendre que certains s’enfoncent de honte dans leurs canapés et ne savent trop que penser des visions pandémoniaques que Sylvia insère dans les prudes esprits de ses proies. Outre des renvois à la pénétration lourds comme un escadron d’enclumes, toutes les femmes présentes dans le film imaginant qu’elles sont transpercées par des godes-ceintures en métal ou voient des bonnes soeurs empalées au niveau de la vulve, c’est le rendu visuel de ces scènes qui étonne. Imaginez ce que donnerait l’image d’une VHS restée trempée durant une décennie dans l’un des urinoirs du plus malfamé des bidonvilles, insérez des effets visuels d’une ringardise à l’épreuve des balles (rohlala, ces hommes peinturlurés en bleu qui sortent de la bouche de Sylvia…) et vous aurez une idée à peu près fidèle de ce que donne les séquences sous influence du Repaire du Ver Blanc. Un nouvel indice : c’est pas du Argento des grands jours…

 

 

Les moqueries collectées par Russell sur ce coup-là sont donc plutôt méritées, même si l’on peut également louer le caractère très… disons particulier, de la bande. A dire vrai, tournée par un autre cinéaste que l’ami Ken, cette adaptation de Bram Stoker aurait probablement été vue pour ce qu’elle est réellement : une bisserie déjantée et pas contraire au second degré (Sylvia est interrompue durant une tirade importante par la sonnette de sa porte), tirant dans toutes les directions et ne touchant jamais une cible, certes, mais généreuses en clichés marquants. Toutes les scènes impliquant Sylvia sont à leur manière fascinantes, de par ce mysticisme tout oriental entourant la venimeuse et de par l’érotisme malaisant qu’elle répand autour d’elle, ses proies semblant aussi effrayées qu’attirées par cette veuve noire serpentant autour de leur cou. On est loin de l’oeuvre arty que beaucoup devaient espérer, et Russell, avec The Lair of the White Worm, rejoint plutôt les habitués des vidéoclubs dont la moquette est attaquée par des cadavres de popcorn trempé dans le beurre que les musées où la tenue correcte est de rigueur. Un ratage sans doute, mais une expérience envoûtante tout de même.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ken Russell
  • Scénario : Ken Russell
  • Production : Ken Russell
  • Titre Original : Lair of the White Worm
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Amanda Donohoe, Peter Capaldi, Hugh Grant, Catherine Oxenberg
  • Année :  1988

6 comments to Le Repaire du Ver Blanc

  • Grreg  says:

    film carrément inconnu,enfin pour ma part,mais avec ce diable de Ken Russell aux manettes,sa donne envie de le voir..
    La curiosité est un vilain défaut;je n’aurais pas le droit de me plaindre,ta chronique m’aura mis en garde!!

  • Grreg  says:

    Fin de journée gachée…….je viens d’apprendre le décès de ce grand Monsieur qu’etait Norbert Moutier.
    Que de (bons)souvenirs de lectures de ces fameux monster bis…et tant d’autres..
    R.I.P

  • Don  says:

    Par la malepeste, du mauvais goût il y en a dans ce Repaire ! Je me range du côté des non conquis par ce film, le côté barjo ne m’a pas captivé. Heureusement qu’il y a la scène du bain fort agréable (ah, ce string) pour se consoler.

  • Don  says:

    Haha certes Rigs, c’est bien vrai dans tellement de films, pourtant celui-ci ne me semble pas le plus à même d’étaler du nibard gratuitement. Le genre de film que je n’ai pas beaucoup aimé mais dont je peux comprendre qu’il y a des fans, alors que pour d’autre, je suis prêt à me battre à mains nues pour affirmer que c’est juste de la merde en barquette.

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