Ça : Chapitre 2

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Après un petit repos de deux ans pour bien regonfler ses ballons rouges, Grippe-Sou, ou Pennywise pour les copains anglophones, sort de son trou pour régler ses comptes avec le club des ratés, 27 ans après leur avoir flanqué la frousse de leur vie. Et si le plus connu des clowns fait honneur à la cruauté qu’on lui connaît, il montre, déjà, de sérieux signes de fatigue…

 

 

Si une séquelle était attendue ces derniers mois, c’était bien celle de Ça (2017), énorme succès fracassant tous les records détenus jusqu’alors par ses petits copains de genre : film le plus lucratif question épouvante, meilleur démarrage enregistré pour une pelloche horrifique… L’adaptation de Stephen King par Andy Mama Muschietti, de retour à la barre pour le second chapitre, s’était emparé du box-office et le méritait bien, ses quelques scories ne l’empêchant point d’être, si ce n’est l’une des bandes les plus marquantes du rayon pour la décennie écoulée, l’une des plus efficaces. Soyons francs : tout perfectible pouvait-il être, Ça premier du nom surnageait bien au-dessus de la plupart des productions Blumhouse et, par chez nous, nous étions les premiers heureux de voir la jeune génération avoir autre-chose à se mettre sous la molaire qu’un énième Paranormal Activity ou le dixième spin-off de Conjuring. Oui, It c’est du mainstream et ça ne changera pas avec ce nouveau film, mais c’est du mainstream un peu plus méchant que la moyenne, où des marmots se faisaient arracher un bras par un bouffon simili-pédophile et aux discours d’une fourberie sans limite. Muschietti adaptait à sa sauce, et certains adorateurs du King ne lui ont pas pardonné d’avoir écarté certaines séquences, dont on se passa en vérité fort bien (Beverly qui s’offre à tous les losers n’a rien du passage obligé). N’empêche que le boulot était propre tout en ne semblant jamais aseptisé. Disons-le d’emblée, si ces qualités restent bien présentes dans sa suite, le bon Andy n’étant pas devenu en quelques mois un manche ou un prude ne tolérant pas la vue d’un peu de chair putréfiée, il trébuche malheureusement partout ailleurs et fait de ce Chapitre 2 une expérience presque pénible…

 

 

La faute en bonne partie au script de Gary Dauberman, patronyme peu rassurant s’il en est cachant en vérité un barbu derrière les trois-quarts de la production horrifique récente puisqu’en plus d’avoir réalisé le troisième Annabelle, il a tapoté son clavier pour le « bien » du remake de Freddy, La Nonne, Within : dans les murs et a même produit The Curse of la Llorona. Autant dire que l’on tient là un gros marchand de frissons. Et que c’est peut-être bien de là que vient le problème, le Gary se chargeant de deuxième Ça comme un Asiatique payé deux pièces la journée assemble sa centième pompe de chez Nike de la matinée : mécaniquement, en suivant à la lettre un cahier des charges voulant que Grippe-Sou se rappelle à notre bon souvenir toutes les cinq minutes. A l’image du père Krueger dans sa quatrième aventure, celle pilotée par un Renny Harlin qui n’avait rien compris au concept d’origine, le bozo tombé des étoiles se lance dans un one-man show quasiment ininterrompu, au point que le club des ratés, dont ses membres devenus sont adultes et reviennent à Derry pour s’assurer que Pennywise ne puisse plus faire de mal à quiconque, ne semble présent que pour se charger des interludes pendant que le serpent change de peau. On me rétorquera qu’il en était déjà de même dans le précédent volet et que le méchant pierrot y faisait déjà son cirque de la première à la dernière minute. Très vrai, mais au moins les enfants qu’il tourmentait semblaient-ils exister par eux-même et faire partie d’un monde tangible, Derry étant à ce moment-là le personnage central plutôt qu’un banal décorum. Dans le Chapitre 2, ces A-list actors comme James McAvoy ou Jessica Chastain ont beau faire le taf’ en bon professionnels qu’ils sont, on ne sent jamais de réelle alchimie, et ces blagues et vannes jadis crédibles sonnent désormais comme contraints. Plus qu’à une réunion entre vieux copains heureux de boire un verre autour d’un plat de sushis, la troupe ressemble à ces perdus de vue se retrouvant par hasard assis les uns en face des autres dans le métro et alignant les rires forcés pour feindre la complicité. Difficile dans ces conditions de voir dans leurs interactions autre-chose que des entractes de bas étages pendant que la star se refait une beauté en coulisse…

 

 

Tout est dans tous les cas fait pour la mettre en avant puisque, dans un épisode des Chevaliers du Zodiaque, les ratés se séparent en milieu de métrage pour partir chercher leurs souvenirs d’enfants, disséminés aux quatre coins de Derry. Et comme les héros en armure de notre enfance devaient abattre les piliers de Poséidon, Bill, Ben et les autres devront systématiquement y affronter leurs peurs. De quoi justifier l’omniprésence de la créature, à la fois à l’oeuvre dans le présent (elle tente de terrifier les adultes) et dans le passé, de nombreux flashbacks étant disséminés un peu partout pour en rajouter une grosse louchée. Si ce n’est pour mettre l’accent sur Richie, invétéré vanneur relativement épargné dans le premier volet et que l’on découvre ici harcelé par la brute Henry Bowers et traqué par une statue géante, ces nouvelles séquences n’apportent généralement pas grand-chose et ne tiennent jamais la comparaison avec celles trouvables chez leur aîné… Les coups pour rien prolifèrent dans It Chapter 2 – le pire étant certainement le retour de Bowers, risible et donc inefficace au possible – qui s’éternise (le scénario souligne le fait que Bill, devenu auteur, ne sait pas finir ses romans ; on ne voit certainement pas la fin de celui-ci arriver…) sans avoir donné l’impression d’avoir développé quoique ce soit. Et malgré ses 2h40 que l’on imaginerait confortables, Muschietti semble constamment harcelé par sa montre au point de verser dans une hystérie constante, un tabassage sonore et visuel n’autorisant aucune respiration. Désagréable, pour le moins.

 

 

On attrapera au vol quelques bons moments néanmoins, principalement les plus cruels ou putrides : la dure agression des homosexuels en introduction, la petite fille attirée par Pennywise lors du match de base-ball, le réveil d’un Bowers jeune dans un égout où flottent des cadavres mutilés… Et puis, les ultimes scènes ont cette dose de nostalgie et mélancolie qui va bien, et ferait presque tirer une petite larme lorsque les amourettes d’enfance trouvent enfin résolution. Tardive la larmichette, néanmoins, car on aurait aimé ressentir quelque-chose avant que le générique de fin ne vienne frapper à la porte… Tout comme on aurait aimé que Muschietti serre son filet niveau gags : on apprécie beaucoup Bill Hadder, mais force est de constater qu’il est ici utilisé beaucoup (et par beaucoup, on veut dire BEAUCOUP) trop souvent pour désamorcer des scènes par ailleurs plutôt noires ou des idées osées (les seins ballottant du Grippe-sou déguisé en vieille, fallait le faire). Dommage, il y avait un beau film désespéré à shooter avec It Chapter 2. On se contentera de ce qu’on a : un interminable ride en train fantôme, joli comme tout et garni d’un drôle de giant monster en fin de parcours, mais trop répétitif et désincarné pour convaincre plus d’un quart d’heure.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Andy Muschietti
  • Scénario : Gary Dauberman
  • Production : Roy Lee, Dan Lin et Barbara Muschietti
  • Titre Original : It Chapter 2
  • Pays : USA
  • Acteurs : James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Hader, Jay Ryan
  • Année :  2019

2 comments to Ça : Chapitre 2

  • Roggy  says:

    Vu le film ce we et je suis globalement d’accord avec ton retour. Je trouve le début et la fin plutôt sympathiques mais entre les deux, le zoom sur chaque personnage fait trop remplissage et cet humour très lourdingue est loin d’être crédible au vu des situations anxiogènes. Trop long, le film se laisse pourtant regardé car Muschietti n’est pas un manche, mais je suis d’accord, il manque l’émotion et la perte de personnages dans le groupe ne fait finalement pas très mal. Dommage en effet.

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