2001 Maniacs

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Regardé avec une certaine méfiance lorsqu’il était encore en activité (grosso-merdo dans les sixties et les seventies), le pape des entrailles et de l’énucléation faite sans anesthésie qu’était le regretté H.G. Lewis dût finalement attendre les années 2000 pour obtenir le respect mérité. Mieux, c’est durant cette décennie que l’on reconsidère plutôt à la hausse que se battaient une paire d’indépendants armés de bêches rouillées et de fourches ensanglantées pour obtenir le rang de successeur, spirituel ou non. Est-ce que Tim Sullivan, avec son remake/suite 2001 Maniacs (2004) emporte la mise ?

 

 

Finalement, considérer que Tim Sullivan est une personnalité de l’horreur moderne ne serait-il pas prendre l’oeuvre du bonhomme par le mauvais bout ? Après tout, en produisant le très bon Detroit Rock City (1999) de son ami Adam Rifkin (Psycho Cop Returns, Chillerama), Sullivan a surtout mis un pied dans la boîte à tartines du teen movie plein de garnements pressés de reluquer les filles faire pipi dans les toilettes de l’école ou se faire dépuceler dans le confessionnal de la chapelle de Détroit. Certes, l’autre guibolle est enfoncée dans le seau à tripes de la morgue locale, et son 2001 Maniacs rien qu’à lui ne va évidemment pas manquer de faire couler des rivières de Ketchup sur nos hot-dogs, cette version new age (mais pas trop non plus) du Two Thousands Maniacs (1964) tenant à faire honneur à son ancêtre. C’est d’ailleurs le cas au niveau du script, nouveau titulaire des grandes (mais maigrelettes) lignes jadis imaginées par Lewis : des Yankees s’en vont passer quelques jours à la plage dans l’espoir d’y lever de la belette, ils traversent un village de sudistes barbus et jouant du banjo, ceux-ci les invitent à participer à leur grande fête annuelle, et les jeunots se retrouvent liquidés de manières salissantes et presque humoristique pour que les locaux puissent ensuite se repaître de leur chair. Le casting est rajeuni, les maniaques en question sont un peu plus croqués que quarante ans plus tôt, mais l’esprit frondeur est conservé, de sorte que 2001 Maniacs puisse être rangé aux côtés de son grand-père sans lui faire honte. A dire vrai, si Sullivan apporte quelque-chose au mythe auquel il s’attaque, c’est un côté cartoonesque, déjà légèrement présent auparavant de part le décalage entre une musique guillerette et le fait que des pauvres femmes étaient démembrées à la hache, mais ici accentué au point de flirter avec Tex Avery.

 

 

Les personnages seront donc bigger than life (un black bien viril et son asiatique de petite-amie aiment se fouetter le fessier une fois la nuit tombée) pour ne pas dire complètement clichés (les pedzouilles du sud enculent des moutons et pratiquent activement l’inceste), et subiront donc des morts… ben bigger than life aussi. Zob arraché par un dentier d’acier, cloche en fonte tombant sur une demoiselle pour en faire de la viande hachée, breuvage à l’acide sulfurique creusant un sacré trou dans le bide d’un teufeur… Ici, les globes oculaires sont projetés des crânes tandis que les petites horror stars de l’époque (Lin Shaye n’avait pas encore rencontrée le succès avec Insidious) dansent et chantent le sourire aux lèvres. C’est du Titi et Grosminet pour le dire autrement, et Sullivan n’a d’autres objectif que d’emballer une petite Série B dont la seule raison d’exister est de noyer les écrans dans le jus de barbaque et de déballer tant de poitrines que l’on en vient à se demander si Marc Dorcel n’a pas mis des billes dans le projet. Le relatif problème de l’entreprise, c’est que son nuancier de couleurs ne va que du rouge sang coagulé aux rose téton, et que son tempérament festif tue dans l’oeuf toute tentative de tension. Dès lors, lorsque que la première moitié du casting est décimée et que la seconde, qui commence tout juste à comprendre dans quel piège elle est tombée, part à la recherche des disparus, 2001 Maniacs entre dans un ventre mou incapable de créer le moindre suspense. Et c’est tel des danseurs du dimanche se retrouvant sur la piste alors qu’aucune musique ne retentit que l’on se sent, ne sachant trop que faire de nos vieilles carcasses et désespérés de voir le dancefloor se vider subitement. Sullivan se rattrapera en balançant de nouvelles mises à mort et en organisant un combat à l’épée entre le jeune héros et ce bon vieux Robert Englund, toujours à son aise en boogeyman rigolard, mais il s’en est fallu de peu que l’on abandonne nos fantômes fâchés par la guerre de sécession à leur cimetière chantant.

 

 

Sullivan ne fait donc ni mieux ni moins bien que son modèle, gagnant des points là où il en perd ailleurs face à Lewis. Le regretté papa de Blood Feast avait ainsi pour lui un aspect malsain plus prononcé, et si la très polie Lin Shaye n’en finit plus d’ensevelir ses invités sous les compliments pour mieux les embrocher par derrière, l’effet est nettement moindre que par le passé malgré un gore level accru. Et puis, bien que fonctionnel, le filmage de Sullivan manque nettement d’identité, ressemblant aux 765 831 autres B-Movies basiques mis sur le marchés à ce moment-là. Par contre, tout le monde semble bien s’éclater sur le set, quelques coutumiers du genre nous rendent visite (Eli Roth, co-producteur, reprend son rôle de vagabond de Cabin Fever, Kane Hodder est de la partie, Scott Spiegel du slasher Intruder est réal’ de seconde équipe en plus de produire, Peter Stormare fait acte de présence…) et fait de l’ensemble une agréable réunion de famille. Et puis, soyons honnêtes, il est plutôt plaisant d’assister à ce joyeux défilé érotique, où les fifilles n’en finissent plus de remuer du popotin, sortent les boobs à la moindre occasion et enchaînent les dialogues volontiers crétins. A ce niveau, Englund remporte la palme avec son fabuleux « J’ai un jour fait confiance à un pet. Je me suis retrouvé couvert de merde », tirade finalement parfaitement représentative de 2001 Maniacs : c’est stupide et à peine dignes des échanges de crottes de nez dans la cour de récré, mais ça entraîne le rire gras quand même.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Tim Sullivan
  • Scénario : Tim Sullivan, Chris Kobin
  • Production : Boaz Yakin, Eli Roth, Scott Spiegel…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Robert Englund, Lin Shaye, Giuseppe Andrews, Jay Gillepsie
  • Année :  2004

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