Berserker

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Trois mecs très en forme et trois jeunes filles peu farouches. Une forêt à l’écart de tout et où on ne les entendra pas couiner sous la couette. Des packs de bière à ne plus savoir qu’en faire et un sachet d’herbe qui fait loler sévère. Comment le petit week-end entre bons copains de Berserker (1987) pourrait-il mal tourner ? Avec la présence dans les parages de cet éternel intello qu’est Jason Voorhees ? Nope, trop attendu, trop classique. L’arrivée surprise du roi de la cisaille Cropsy, peut-être ? Non plus. Angela la reine de la biroute ? Nan, mais bien essayé. Vous êtes néanmoins excusés pour ces mauvaises réponses, la bonne n’étant pas particulièrement évidente : ce qui viendra ruiner les soirées romances des jeunots, c’est un pseudo-viking dans un cosplay d’ours seulement fini à 30 % puisqu’il n’est équipé que des pattes et de la mâchoire !

 

 

Rassurez-vous, chers amis attachés à vos boîtes à outils et attendant l’écume aux lèvres que le 13 du mois tombe un vendredi : si Berserker s’en va puiser ses grandes lignes dans la mythologie nordique, là où il faut toujours se méfier de Loki dort, il n’en ressemble pas moins à un avatar de Vendredi 13, avec néanmoins un budget revu à la baisse. Mais préparez vous à une légère déconvenue, bons compagnons estimant que le camping se doit d’être accompagné de la visite d’un désaxé qui vient tout juste de remettre les clés de sa cellule capitonnée, cette troisième et ultime réalisation de Jefferson Richard – dont la carrière prendra un tour plus heureux par la suite avec la production de Maniac Cop, Détour Mortel, Gothika ou de quelques films avec Stallone comme Driven – n’étant pas le virulent carnage espéré. Sur le papier, tout est pourtant là pour faire un petit slasher susceptible de jouer au golf avec les roubignoles de teenagers imprudents. On a bien les trois obligatoires petits couples, la séance de baise nocturne avec en soutien l’habituel plan nichon, la légende contée au coin du feu pour faire frémir ces dames, des zigotos ne trouvant rien de mieux à faire que de ne pas écouter les conseils du vieux fou de service (le regretté Georges « Buck » Flower, éternel barbu de la Série B croisé dans Fog, Puppet Master II, 976-Evil II, Cheerleader Camp ou encore Pumpkinhead), des plans en vue subjective nous permettant de nous mettre dans la peau d’ours du zigouilleur d’ados (et de vieux, puisqu’il éclate deux retraités en guise d’intro) et des présentations des protagonistes garnies des habituels dialogues un peu cons. Ceux à base de « Je viens de finir ma bière alors que je conduis et que j’ai les flics au derche, passe-m’en une autre ! », « J’ai hâte d’être perdu dans les bois par -15° avec toi pour qu’on puisse jouer à papa-maman, sans dinette mais avec ma collection de boules de geisha » ou encore « Vous avez bien amené le bong et la beuh ? Non parce que là j’ai vraiment pas envie d’avoir un neurone en état de marche de tout le week-end… » On schématise un peu, et on brode pas mal, mais vous voyez l’idée.

 

 

Et donc, malgré tous ces éléments garantissant, si ce n’est une soirée philosophique lors de laquelle le sens de la vie nous semble tout à coup plus clair (« S’envoyer du slasher jusqu’à plus soif » peut-être?), au moins 85 minutes ne craignant pas l’ennui, Berserker se prend les pieds dans le tapis et se retrouve le cul coincé dans les ronces. Ce ne sera pas la faute du script, pas très passionnant mais à tout le moins effectif et conscient que c’est dans les vieux pots qu’ont blablabla… Et on fera encore moins de reproches aux comédiens tant ils semblent mettre du coeur à l’ouvrage et se crèvent pour apporter de la sensibilité à des rôles du reste plutôt clichés. Pas mal par exemple de changer l’utilité du connard de service (vous savez, celui qui se la pète avec ses lunettes de soleil et fait des blagues pas drôles aux filles), transformé en homme fort de la situation prenant les décisions les plus censées, alors que les mectons présentés comme plus matures perdent les pédales après avoir trébuchés sur des cadavres. Il y a des sentiments dans Berserker, que ce soit lorsque les survivants retrouvent les êtres aimés griffés à mort, ou lorsque l’un des zoziaux à la patte cassée conseille à sa brune de partir sans lui, lui avouant enfin qu’il en pince pour elle. C’est pas du tire-larme comme un bon Miyazaki (mais ne le sont-ils pas tous, bons?), mais contrairement au tout-venant du slasher où l’on se fout généralement des victimes comme de notre premier sandwich thon-mayonnaise, on apprécie ce sursaut d’implication. Et on ne s’étonne pas de retrouver certains des comédiens dans d’autres projets du même type, preuve qu’ils avaient fait du boulot correct ici et méritaient d’être embauchés sur le très Z mais cool Iced ou Scream 3 et Red Eye pour Craven.

 

 

Qu’est-ce qui coince, alors ? Ben un peu tout le reste en fait, à l’exception d’une bande-son oscillant entre le hard rock de l’époque et la pop sucrée mais marrante. Jeff Richard n’a tout simplement pas assez de talent à revendre pour torcher un petit splatter efficace, et ce n’est d’ailleurs que du bout des doigts qu’il s’autorise une pincée de violence. Les attaques font donc moins mal qu’on l’aurait voulu, se contentant d’un plan montrant des pattes de grizzly fendant l’air dans un premier temps, et des visages hurlants des mamzelles dans un autre, sans passer par la case « plan qui tue ». Dommage, et carrément criminel de ne pas utiliser un peu mieux la mythologie du guerrier nordique hantant les forêts américaines, ici finalement réduite à des séquences que l’on pourrait dénicher dans n’importe quel animal attack avec des oursons, si ce n’est qu’à la fin on apprend que le coupable est un demeuré au costume le plus ridicule de tous les temps. En prime, avec seulement cinq victimes – et l’on compte là le vilain pas beau, comme de juste abattu dans le dernier acte, même si on lui refile vite fait des pouvoirs surnaturels pour sous-entendre la possibilité d’une suite – Berserker se fait trop timide. On peut comprendre la volonté de Richard de privilégier le suspense aux chairs déchirées, mais même s’il parvient à balancer une ou deux séquences acceptables (pas mal ce montage parallèle voyant à ma gauche un couple s’envoyer en l’air dans les feuillages, et à ma droite leur amie lacérée encore et encore par la nordic beast), le niveau global reste trop faible pour maintenir l’attention. Pire : après une première moitié correcte, l’ensemble se résume à des errances sans fin dans des bosquets où l’on ne voit rien, ou si peu. Dommage, il y avait du potentiel là-dedans…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jefferson Richard
  • Scénario : Jefferson Richard, Joseph Kaufman
  • Production : Jules Rivera
  • Pays : USA
  • Acteurs : Georges Buck Flowers, Greg Dawson, Joseph Alan Johnson, Valerie Sheldon, Beth Toussaint
  • Année :  1987

PS : les screenshots d’IMDB étant meilleurs que les miens, je me suis permis de les emprunter. Faute avouée, faute à moitié pardonnée ?

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