Dreamaniac

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Si pour le commun des mortels Dreamaniac (1986) est et restera une banale Série B tentant, avec une adresse à géométrie variable, de piquer son fond de commerce du deadly dream à Freddy Krueger, pour son désormais légendaire réalisateur David DeCoteau cette petite bande était surtout l’occasion de laisser derrière lui, pour un temps du moins, le porno gay. En pause, le tamponnage entre jouvenceaux au fil de films x à la devanture très claire (Never Big Enough, Making it Huge, Boys just wanna have Sex… peu de chances de se tromper et penser louer La Petite Sirène quoi), et donc en route pour le gloubiboulga pas toujours très digeste, où se percutent le slasher surnaturel, le zombie flick et les rituels démoniaques !

 

 

Puppet Master III, Nightmare Sisters, le très fun Sorority Babes in the Slimeball-Bowl-O-Rama, Creepozoids, Leeches… Soit autant de direct-to-video plus ou moins appréciés selon à qui on s’adresse – comprendre que si vous causez de ces quelques essais du poto Dave à un Américain, il vous répondra qu’ils sont ringards mais fendards, alors qu’un Français appellera immédiatement la sécurité pour qu’elle vous raccompagne jusqu’à la sortie – et qui n’auraient probablement jamais vus le jour si DeCoteau n’avait pas pris son courage à deux mains. Celui nécessaire pour mettre sur le marché une cassette vidéo sans gros zizis, mais avec une succube invoquée par erreur par Adam, fan de heavy metal (Def Leppard sur le shirt, Iron Maiden sur les murs) jonglant avec quelques bouquins occultes parce qu’il espére y trouver l’inspiration pour les lyrics de ses nouvelles chansons. Résultat, après avoir hanté ses rêves, la démone s’invite à la fête de la punkette servant de petite-amie à son nouvel esclave, et va prendre du bon temps en arrachant un zob avec les dents ou en électrocutant un gaillard après l’avoir attaché façon bondage avec des câbles électriques. DeCoteau a beau quitter les vestiaires peuplés d’adonis grands consommateurs de vaseline, il ne tourne pas totalement le dos à son univers de prédilection… Au point qu’il finira par recevoir un appel de l’un des collègues de Charles Band – devenu producteur sur le tard de Dreamaniac en apprenant que le film se faisait, l’incluant au catalogue d’Empire – qui lui demande s’il ne serait pas, à tout hasard, homosexuel. Faut dire que cette version sans griffes des Nightmare on Elm Street débute par le cauchemar d’Adam, alors en train de déambuler le cul à l’air dans un couloir aux éclairages rosés. Ca évoque forcément plus l’univers de Jem et les Hologrammes que celui tout en bracelets à clous et croix renversées de Mercufyl Fate et Slayer…

 

 

Les allusions à l’érotisme entre mâles consentants ne s’arrêteront bien évidemment pas là : lorsque la démoniaque Lily taillera une pipe se terminant non pas par une éjaculation en bonne et due forme, mais par la chute du zgeg croqué d’un coup d’un seul, DeCoteau fixera plus volontiers son objectif sur le visage d’un Adam voyeur que sur de potentiels effets goreux. Certes, le but premier est de montrer que le jeune metalhead sombre peu à peu dans la folie, tiré par une Lily le manipulant à sa guise. N’empêche que cette scène très peeping tom dans l’esprit conforte l’idée qu’il y a dans Dreamaniac plus que l’ordinaire abattage de jeunes fêtards, et que si le futur réalisateurs de téléfilms plein de minous – l’animal, pas la vulve – parlant avec la voix d’Eric Roberts (ça ne s’invente pas et ça s’appelle A Talking Cat !?!) est allé puiser dans le mythe Kruegerien, c’est surtout le très gay friendly (et trop sous-estimé) second épisode La Revanche de Freddy qu’il a révisé. Ce n’est néanmoins pas totalement de sa faute s’il se retrouve, une fois encore, à filmer des fessiers masculins, le script d’abord rédigé et contenant beaucoup plus de nudité féminine étant rejeté en bloc par les comédiennes, alors que ces Messieurs jouaient nettement moins les timides. Plutôt ironique d’apprendre que les mamzelles refusèrent de tomber le soutif compte tenu du fait que le premier rôle féminin n’est autre qu’Ashlyn Gere, future star de pelloches classées X dans lesquelles elle ira, pour le coup, au fond du sujet… Reste que trop peu généreux en tétons et à l’inverse trop occupé à lorgner vers les slibards parfaitement repassés des mectons ou pas, Dreamaniac se fait surtout remarquer pour être thématiquement indécis.

 

 

Peut-être désireux de montrer sa maîtrise – pourtant très relative – de nombreux sous-genres de l’épouvante, DeCoteau ne cesse de changer son fusil d’épaule, débutant Dreamaniac comme un film d’horreur onirique et psychologique à l’ambiance lourde, avant de virer à mi-parcours vers le slasher pur et dur. Et une fois que les coups de couteau dans la nuque, un tisonnier enfoncé dans la poitrine ou les gorges ouvertes au rasoir seront passés, David se souviendra que Le Retour des Morts-Vivants, sorti une année auparavant, ne manque pas de fans et qu’il ne serait pas bête de réveiller les morts. Une bifurcation justifié dans le scénario, l’un des invités de la sauterie organisée par Ashlyn Gere et sa sœur passant en revue un bouquin sur les succubes et nous apprenant alors que les démones peuvent transformer ceux avec qui elles ont baisé en revenant. Mais aussi une idée catapultée le plus gratuitement du monde et semblant surtout imaginée à la va-vite pour justifier un peu plus de gore. Notez que ça fonctionne : il fait plus mal que chez Jean-Claude Dusse, ce planté du bâton de ski dans un œil. Et il envoie carrément la sauce piquante, ce bel hommage à Driller Killer dans lequel une nuque sera perforée si méchamment que la caboche de la victime se désolidarisera du reste du corps. On n’en espérait pas tant de Dreamaniac pour être honnête, jusqu’alors perçu comme le B-Movie de tous les jours, avec son générique d’ouverture traînant de la patte pour gagner du temps, sa mise-en-scène inodore et ses interprètes à l’ouest chargés de donner chair à des clichés ambulants (le métalleux instable et vivant la nuit, la gosse de riche se croyant sortie de la cuisse de Vénus, les jeunes en costard et lunettes de soleil sniffant de la coke et se la jouant traders…). Mais ajoutés à une bande-son jonglant plutôt efficacement entre le rock et le disco (chouette main theme), ces élans de violence permettent à Dreamaniac de rester une appréciable récréation. On pardonnera même ce final ni fait ni à faire lors duquel DeCoteau nous fait le coup du « rien n’était vraiment vrai, je me suis foutu de vous », le caractère résolument cheesy de l’entreprise lui assurant une sympathie certaine.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David DeCoteau
  • Scénario : Helen Robinson
  • Production : J. Larry Carrol, David DeCoteaur, Charles Band
  • Pays : USA
  • Acteurs : Ashlyn Gere, Sylvia Summers, Thomas Bern, Lauren Peterson
  • Année :  1986

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