Frankenstein’80

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En vieux renard spécialiste de l’erreur médicale, l’ami Frankenstein ne pouvait s’en tenir à attendre que la foudre tombe sur son vieux château, et c’est dans une logique de modernisation de ses activités qu’il s’en est allé rapiécer des cadavres dans un hôpital de Munich. Et puisque c’est un Italien, le peu prolifique Mario Mancini (directeur de la photographie sur une bonne poignée de westerns spaghetti), que l’on retrouve à la barre, on a l’assurance que les blouses blanches ne vont pas le rester longtemps…

 

 

Qu’elle est ingrate, cette satanée Dame Histoire. Ainsi, alors que la nostalgie pour un cinéma d’exploitation à l’italienne s’est emparée du gros des troupes que composent des bissophages jamais en manque de superlatifs pour Dario Argento, Mario Bava et Lucio Fulci ; le Frankenstein’80 (pourquoi 80 d’ailleurs ? Le bidule date de 72!) emballé par Mancini reste profondément enfoui dans le cimetière de l’omission alors qu’il n’est pas loin de préfigurer du gore rital à venir. Tête découpée soigneusement placée dans un réfrigérateur, greffe de roubignoles, extraction d’organes vitaux sur le corps d’une demoiselle agressée en rue façon Jack The Ripper, attaque de prostituées par un freak à la tronche recousue de toutes parts et un Frankenstein des temps modernes incapable de résister à l’appel du scalpel, qu’il passe sur une gorge bientôt grande ouverte… Ce n’est ni le bukkake sanglant ni le potage menstruel, budget trop faible pour profiter d’effets saisissants oblige (on les doit néanmoins au Carlo Rambaldi à la même œuvre sur Lady Frankenstein, Du Sang pour Dracula, Alien et E.T.), mais l’ensemble reste plus proches des dégueulasses manuels de médecine que du livre à colorier Peppa Pig. Tout pour plaire aux déviants pour qui le spectacle d’un militaire en tutu rose dévoré par des zombies en furie ou le piercing de tétons à la mode cannibale est le summum du chic. Mais voilà, non seulement Les Orgies de Frankenstein’80 (titre VF bien délirant encore) n’est jamais réellement parvenu à acquérir une aura culte, si ce n’est auprès de quelques Huggy les bons tuyaux capables de retrouver leurs chemin dans les cavernes du bis, mais en plus son auteur n’aura su lui apporter ne serait-ce qu’un faible éclairage, sa carrière de réalisateur s’arrêtant net après cette version clinique du mythe imaginé par Mary Shelley. Franchement dommage qu’aucune suite ne fut donnée, car si sur un strict plan technique Mancini avait de toute évidence encore quelques cours du soir à prendre, sa mise en scène manquant d’éclat, il a le mérite de ruer dans les brancards et de ne jamais laisser retomber la pression.

 

 

Ne pas se laisser avoir par les prémices du film, lors desquelles on nous présente un reporter (John Le Masque du Démon Richardson) déçu de découvrir que sa sœur périt lors d’une greffe du coeur. La faute à un sombre voleur ayant « emprunté » le sérum miraculeux concocté par un médecin de renom et qui devait, justement, servir à assurer la transplantation. Si tout cela semble bien malheureux, ce n’est que de loin et sans nous tirer des larmichettes au pied de biche, Mancini utilisant ce point de départ pour mieux coller aux basques de la fripouille repartie avec la concoction sous le bras. A savoir le Dr. Frankenstein (cette vieille bouille de Gordon Mitchell), praticien jadis renommé mais relégué à la morgue depuis qu’une opération dont il avait les commandes causa la mort de l’épouse d’un politicien influent. Aucune chance qu’il commette de nouveaux impairs au milieu des cadavres. Enfin, sauf lorsqu’il décide pour tromper l’ennui de découper un morceau à chaque et s’amuse à les empiler pour créer Mozaico (Xiro Papas, gueule d’amour déjà croisée dans Les Vierges de la Pleine Lune), monstre tricoté avec les moyens du bord et dont il perdra très vite le contrôle. Car dans la grande tradition du sous-genre du mad scientist, il faut que la créature échappe à son maître, sinon ce n’est pas drôle. D’autant que très prévenant, Frankenstein a collé une paire de roupettes à son chauve ami, comme de juste très pressé de les essayer. Et le voilà parti besogner de la fille de joie nauséeuse à la seule vue de son client du soir, qui finira par leur serrer le cou parce qu’elle ne voulait pas lui serrer le kiki. Ah, l’amour… D’abord paniqué de voir que sa création a un sérieux pet au casque, Frankenstein comprend ensuite qu’il pourra utiliser la brutalité de Mozaico à toutes fins utiles, surtout depuis que le journaliste campé par John Richardson enquête sur la disparition du fameux sérum. Autant que les témoins gênants et les fouineurs disparaissent, tant il serait fâcheux que l’on découvre que Frankenstein a aménagé un laboratoire secret derrière l’étagère de son bureau. Une chance qu’une pièce totalement vide et inaccessible autrement se trouvait là !

 

 

Bas du front, Frankenstein’80 l’est et pas qu’un peu. Et à dire vrai, c’est ce qui fait sa réussite. Loin, très loin des considérations éthiques et des discours de démiurges allant souvent de pair avec les films sur le célèbre baron, Mancini se contente d’utiliser sa trame pour verser dans l’épouvante hospitalière obscène et jamais pressée de se perdre en excuses. Si l’on notera une certaine ambiguïté dans le personnage de Gordon Mitchell, tantôt paternel et aimant envers sa création, qu’il désire voir rentrer dans le droit chemin, tantôt manipulateur et meurtrier, l’étude de caractère s’arrête là et le propos du film épouse vaillamment le tempérament de sa star Mozaico. Comprendre que Frankenstein’80 sera barbare et fait partie de ces Séries B ravies de laisser des tâches de graisse sur la table à manger, voire de se rouler dans la fange. Mancini et sa clique ne sont pas de sortie pour rappeler qu’il serait fort peu judicieux de jouer au petit Dieu en sortant la machine à coudre pour créer un bonhomme à partir de viande froide. Ils sont là pour filmer en gros plan le vieux Mitchell, qui a autant la tronche du Baron que de son monstre (sans vouloir lui manquer de respect hein, mais son visage est un effet spécial à lui tout seul), en train de découper un morceau de jarret dans un macchabée avant de l’abandonner dans un bocal de formol. Et leur petit plaisir – et donc le nôtre – est de lâcher Mozaico dans une boucherie, histoire qu’il s’en prenne à la vendeuse de saucisses, qu’il course dans la chambre froide avant de l’assommer avec un énorme os qui traînait là. La sauvagerie en ligne de mire, et les instincts les plus primaires affichés au grand jour. Preuve en sera encore ce dernier quart d’heure en roue libre, succession de meurtres aléatoires de la part d’un Xiro Papas déchaîné, aussi à l’aise pour fracasser un crâne dans des chiottes que pour agresser des amoureux en train de se palper à l’abri des regards. Mancini a tout compris au cinéma d’exploitation, et balance la subtilité au tout-à-l’égout : son truc à lui, c’est de zoomer sur cet animal de Papas, de l’envoyer tripoter des strip-teaseuse à la cambrure muy perfecto, et de salir un maximum le sol de son hôpital pour que la femme de ménage y passe le week-end. Une proposition animale et brute de décoffrage en somme, pas suffisamment bien gaulée pour monter sur le même ring qu’un Suspiria ou un L’Enfer des Zombies, mais dont l’absence de prétention force l’amitié. De quoi contenter les fans de Bruno Mattei ou de la Filmirage, dont on peut trouver des prémices dans les recoins de cette fiesta chez le coroner, qui mériterait plus de reconnaissance. Envoyez-lui de l’amour.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mario Mancini
  • Scénario : Mario Mancini, Fernandino di Leone
  • Production : Benedetto Graziani
  • Pays : USA
  • Acteurs : Gordon Mitchell, Xiro Papas, John Richardson, Renato Romano
  • Année :  1972

4 comments to Frankenstein’80

  • FREUDSTEIN  says:

    Film vu récemment, je l’ai apprécié à sa juste valeur…On ne s’y ennuie pas et les quelques moments gore font plaisir.
    Et puis il y a toujours ce parfum particulier du bis à l’italienne à jamais disparu….

  • grreg  says:

    chronique qui donne envie de mater ce curieux film, inconnu pour ma part…et avec ce satané gordon mitchell,tronche du bis que j’apprecie beaucoup,il va falloir que je voye sa rapido..!

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