The Mummy’s Dungeon

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Si Blumhouse est à la production horrifique ce que Zalando est à l’écharpe et aux chaussettes jaunes à petits pois, alors les très (mais alors très) obscurs gus de W.A.V.E Productions doivent être l’équivalent de ces vendeurs de t-shirts déjà décousus et rongés par les mites sur les marchés aux puces. Des types pour lesquels le mot « artisan » est encore trop fort, dont les efforts ne parviennent jamais à dépasser la barre des 1000 dollars de budget, et qui nous livrent avec The Mummy’s Dungeon (1993) une version sans pyramide et sable chaud du mythe du zomblard tout de papyrus vêtus. A la place, une cave mal décorée, quelques timides tétons et un monstre aux bandelettes si cheap que l’on se surprendrait à lui tendre le rouleau de PQ pour qu’il s’arrange un peu.

 

Emballer des pelloches pleine de naïades se baladant les fesses à l’air et des monstres maquillés avec un peu de peinture à l’eau pour satisfaire une niche très réduite, ils connaissent chez W.A.V.E, studio indépendant (qui a dit « amateur »?) si proche de son public que son site internet propose à ses visiteurs de leur envoyer des idées de pitchs. Le pire c’est que ça marche, et si W.A.V.E a soufflé ses trente bougies il y a un peu plus de deux ans de cela et peut donc se féliciter d’une longévité difficile à remettre en question, c’est en grande partie grâce à leurs custom video. Soit du sur mesure et shooté en vidéo, les réalisateurs de cette petite entreprise ne connaissant pas la crise récupérant les volontés – et le fric, surtout – de leurs clients pour tourner en deux ou trois jours (si pas moins) des Sorority Slaughter ou Alien Abduction imaginés par leurs fans, qui peuvent même passer des auditions pour tenir des rôles dans de futures productions. Une idée à laquelle il fallait penser, que le petit nabab du no budget David Sterling (Camp Blood et compagnie) reprendra à son compte. Bien sûr, au vu des conditions de tournage et des comptes en banque que l’on devine légers de Gary Whitson, l’un des réalisateurs les plus acharnés de la micro firme, ce n’est pas la peine de s’attendre à ne serait-ce que l’équivalent d’une prod Full Moon moderne, exemple pourtant déjà miséreux au possible. Un film W.A.V.E, c’est shooté sur un sofa ou dans un sous-sol, décor bien souvent unique et appartenant soit à Whitson soit à l’une de ses connaissances, ça met en vedette des scream queens maison inconnues en dehors du marché du shot-on-video (genre Tina Krause, pour n’en citer qu’une) et ça se traîne des covers dignes de VHS porno amateures du début des années 90, genre « Je pisse dans un parc pendant que Papy René se tripote la courge ». Du bricolage et pas autre-chose. Spoiler alert : il reste des clous qui dépassent de The Mummy’s Dungeon.

 

 

Sur le site dédié à leurs petites opérations commerciales, les gars de W.A.V.E assurent que leurs séries Z sont des hommages à peine voilés à l’exploitation et l’épouvante des années 40 à 70. Old-school is da best school, on va pas les contredire. Mais on peut légitimement se demander quelle version de La Momie ils ont vu avant de se pencher sur leur propre mouture, et ça ne devait pas être celles de la Universal ou de la Hammer. A dire vrai, on a surtout la sensation que Whitson, qui se cache derrière le pseudo G.W. Lawrence pour réaliser la bête, s’en va recopier les notes de Blood Feast, dont il reprend la trame en parachutant en plein milieu de celle-ci une momie obsédée sexuelle et, au vu de sa démarche, alcoolique ou souffrant de sérieuses douleurs lombaires. Souffreteuse ou non, elle doit en tout cas obéir à Kharis Ramses (Sal Longo, autre chef de W.A.V.E), Fuad Ramses du pauvre et look-a-like du beau-père de Didier Bourdon dans Les Trois Frères, la haine du rastaquouère en moins mais l’amour de la photographie en plus. Photographie féminine, cela va sans dire, le vieux Kharis n’étant pas de ces artistes poètes pouvant se contenter d’une nuage prenant la forme de la Venus de Milo ou de quelques tulipes naissantes. Ce qui intéresse ce pervers pépère, c’est les jeunes femmes, qu’il invite à se déshabiller pendant qu’il les reluque de la pièce voisine. Une fois prêtes, il leur demande d’abord quelques poses très prudes, genre imitation de Dick Tracy (en 2020, tout film se référant à Dick Tracy se prend un coup de vieux si féroce que c’est l’hospice assuré), puis en vient enfin à ce pour quoi il les a appelées : refaire la scène de Basic Instinct ou enchaîner les clichés dans son petit donjon personnel (d’où le titre), où elles joueront les prisonnières lascives devant son objectif. Une fois sa pellicule bien remplie, Kharis les renvoie se rhabiller et libère en douce sa Mad Mummy, si moche (sa tronche, c’est un poivron farci dans lequel on aurait encastré un dentier cassé) que les nénettes tombent dans les vapes dès qu’elles le croisent. Kharis leur lacère la cuisse pour récolter leur sang à on ne sait trop quelle fin (sa momie est déjà ressuscitée alors quel intérêt?) puis laisse son amie bandée, nommée Sirus, s’en donner à coeur joie. Léchouille de la poitrine, massage des gambettes et croquage de nuque en vue ! Répétez maintenant le tout à quatre ou cinq reprises et vous aurez le scénar’ complet de The Mummy’s Dungeon.

 

 

C’est qu’avec 1000 boules à peine dans les popoches et l’obligation de tout tourner en 48 heures environ, le fignolage est un luxe que Whitson ne peut décemment pas s’offrir. Alors on encastre le spectateur dans une boucle temporelle et on répète ad nauseam les mêmes séquences : les filles déboulent, Kharis lorgne sur leur fessard, le shooting débute gaiement, ça tourne mal avec l’arrivée de la momie, ça vire au rituel sanglant (un coeur est arraché, et on ne sait pas trop s’il est en plastoc ou si c’était des rognons de porc collés entre eux) et rebelote, back to square one, guys ! De temps en temps les motivations des demoiselles à partir s’enfermer dans une cave avec un type qui à l’air aussi romantique que Harvey Weinstein (nos excuses à Sal Longo s’il nous lit, mais c’est la vérité) nous sont expliquées, histoire de donner un peu de corps au script, mais ça tombe toujours à plat tant les raisons poussant les cocottes à tomber le chemisier sont risibles. L’une d’elle, en couple avec un type qui pourrait être son père (probablement Whitson lui-même), en a par exemple marre que tout le monde pense qu’elle s’est mariée avec le quinqua pour profiter de son porte-feuille, et veut prouver à ses voisins qu’elle peut, elle aussi, avoir un job honorable et normal. Et quel job est plus normal que de poser en soutif dans le débarras d’un freak que les enfants de chœurs doivent fuir une fois la messe du dimanche terminée ? Il y a du niveau scénaristique dans The Mummy’s Dungeon, c’est juste qu’il est si bas qu’il doit tremper dans le magma. En même temps, à quoi bon s’emmerder ? Les clients potentiels sont de toute évidence des déviants de la pire espèce, et les « comédiens » n’en sont pas vraiment. Inutile de refiler de grandes et belles tirades dans la bouche de types pressés d’en finir pour aller vérifier qu’aucun garnement n’est en train de piquer de la réglisse dans l’épicerie qu’ils sont censé tenir à l’autre bout de la rue…

 

 

Aussi léger au niveau du gore que de l’érotisme, The Mummy’s Dungeon n’a donc pas grand-chose pour lui puisqu’il est, en outre, aussi répétitif qu’une chanson de René la Taupe. Et ne comptez pas sur le monstre vedette pour relever le niveau, celui-ci faisant carrément peine à voir : quelques bandages sur la tronche cachant à peine les cheveux de son interprète, des t-shirt blancs vaguement froissés, déchirés et empilés pour faire le torse, quelques draps enroulés autour des jambes pour le bas et hop, vous avez la momie la plus minable de l’histoire du septième art ! Karloff, Lon Chaney Jr., Christopher Lee et même Paul Naschy doivent faire la toupie dans leurs tombes en ce moment même… Si son interprète Dave Castiglione assure que le tournage fut une partie de plaisir, notamment parce que c’était la première fois qu’il portait des maquillages spéciaux (très spéciaux, même) et pouvait palper de la nénette, on sent néanmoins qu’il avait du mal lorsque venait le moment de porter ses victimes. Probablement pas assez coutumier des salles de muscu, il peine à soulever ces dames sans les renverser et semble manquer de leur cogner la tête à chaque fois qu’il passe une porte. Fatalement rigolo, mais est-ce suffisant pour s’envoyer 90 minutes chiantissimes et inefficaces à tout point de vue ? On répondra par la négative, même si le principe même de l’entreprise W.A.V.E nous charme d’autant plus que l’on a découvert qu’ils avaient fait une douzaine de films… sur des sables mouvants. On ne peut décemment pas détester des mecs capables d’inventer à eux seuls un sous-genre pareil.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Gary Whitson
  • Scénario : Gary Whitson
  • Production : Sal Longo, Gary Whitson
  • Pays : USA
  • Acteurs : Sal Longo, Dave Castiglione, Michelle Caporaletti, Christie Clark
  • Année :  1993

2 comments to The Mummy’s Dungeon

  • Celine b  says:

    Je vais faire des doux rêves avec un pitch pareil et pas vu bien évidemment

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