Réveillon Sanglant (Les Mutants de la Saint-Sylvestre)

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De La Terreur des Morts-Vivants (aka Terror, 1978) de l’Anglais Norman J. Warren, faux film de zomblards mais vraie chute dans le chaudron d’une sorcière revancharde, nous disions qu’elle était « médiocre mais sympathique ». Un constat doux-amer malheureusement tout aussi légitime concernant le Réveillon Sanglant survenu près de dix ans plus tard (1987 précisément), Saint-Sylvestre remarquable, mais pas toujours pour les meilleures raisons.

 

 

Artisan prolifique de la deuxième moitié des seventies, période dorée à laquelle il proposait un film par an, Norman J. Warren accusa un sérieux coup de frein à partir des 80’s auxquelles il n’offrit que l’amusante variante d’Alien qu’est Inseminoid (1981), l’actioner plein d’espions et de génie du crime travaillant à la perte de l’humanité Gunpowder (1986), et donc Réveillon Sanglant, connu chez nous en VHS sous le délirant titre Les Mutants de la Saint-Sylvestre. Après cela, plus rien ou pas grand-chose, Warren se réfugiant dans le court-métrage et l’industrie du documentaire, dans l’impossibilité qu’il sera de lancer la production du remake de Fiend without a Face, petit classique des 50’s dans lequel des cerveaux-escargots et invisibles s’en prennent à la population. Un projet séduisant, à plus forte raison lorsque placé dans les mains du père Norman, dont les essais sont toujours assaisonnés d’une épice faite maison, mélange pas toujours très subtil de gore franc du collier et de second degré ricaneur. De plus, en bon proche de Richard Gordon (producteur de Fiend without a Face, mais aussi de Horror Hospital, La Tour du Diable et Le Pionnier de l’Espace), avec lequel il forgea Inseminoid, le réalisateur avait accès aux droits entourant ces cervelets meurtriers, ce qui facilite toujours les choses. Cela ne suffira pas : personne ne croit au projet, et le présent Bloody New Year restera l’ultime long-métrage façonné par un Warren désolé d’en finir sur pareille note. « Ce film fut une grande déception pour moi et tous ceux impliqués dans le projet. Il avait beaucoup de potentiel, mais la productrice n’était tout simplement pas intéressée par le sujet. Si j’ai appris une leçon sur Réveillon Sanglant, c’est qu’il ne faut jamais travailler avec un producteur n’ayant aucun intérêt ou aucune compréhension de l’épouvante. C’est se pousser soi-même à la défaite. J’ai découvert lorsqu’il était trop tard que le studio était plutôt satisfait du film au départ. Ceux qui étaient à sa tête espéraient en voir plus et nous ont même proposé plus d’argent. Mais dès qu’ils parlaient à la productrice, elle répondait ‘Oh non, on se débrouille très bien ainsi. Nous n’avons pas besoin de plus d’argent.’ Sa seule ambition était que le film se fasse aussi rapidement que possible et sous le budget prévu parce qu’elle voulait impressionner les financiers, mais c’était au détriment du film. Elle réduisait nos moyens à tant de niveaux… » Découvrant que sa productrice ne daigne même pas payer quelques effets sonores pour accompagner les claquements de portes et autres bruitages nécessaires à la création d’une atmosphère digne de ce nom pour une pelloche de trouille, Warren baisse les bras au stade de la post-synchro. « Je l’avoue, au deuxième jour de post-synchro et de doublage, j’ai lâché l’affaire. Je n’avais plus la force de me battre, je me suis assis et les ai laissés faire à leur goût. » Ca se sent, Les Mutants de la Saint-Sylvestre ne risquent pas d’être réinvités à la table de Warren pour y partager un morceau de dinde aux marrons…

 

 

Une frustration compréhensible, tant le point de départ de l’entreprise séduit. Passant de la barbe à papa aux pommes d’amour dans une fête foraine, cinq amis assistent au chahutage d’une Américaine, malmenée par deux blousons noirs travaillant sur un manège. Se sentant d’humeur justicière, les Anglais viennent à son secours, collent quelques beignes aux indélicats forains et détruisent même une maison hantée en fonçant dedans avec leur bagnole. Plus ou moins en fuite, ils décident de prendre une embarcation et prennent le large, ignorant que leur barque n’est plus de première jeunesse et qu’elle prendra bientôt l’eau. Echoués sur une île à priori déserte, les jeunots trouvent un hôtel vidé de toute vie et accusant pas mal de retard : en plus de fêter la nouvelle année et de ne pas avoir encore remisé les sapins de Noël en plein mois de juillet, c’est le passage à l’an 1960 qui est ici fêté. Et les gosses de ne pas se tromper lorsqu’ils pensent, au détour d’une demi-vanne, qu’ils ont voyagé dans le temps : en décembre 1959, des scientifiques ont mit au point une machine si puissante qu’elle arrêta le cours du temps sur l’île. Bizarre vous avez dit bizarre ? Attendez donc que des fantômes de femme de chambre traversent les couloirs, qu’une table laisse surgir une créature faite d’algues marines, qu’un filet de pêche décide de s’en prendre à la blonde de service ou encore que les rampes d’escaliers se rebiffent et se mettent à mordre les visiteurs ! Bloody New Year tient à faire honneur à son titre, quitte à partir dans toutes les directions possibles et imaginables ou à piquer son goûter à Sam Raimi, certaines séquences soulignant clairement la connaissance qu’avait Warren d’Evil Dead. Caméra folle et lancée à toute berzingue aux trousses des fuyards, retours des amis tombés au champ de bataille sous forme de goules impossibles à liquider et, comme de juste, quelques francs démembrements nous rappelant volontiers les belles nuits passées dans la cabane au fond des bois. La comparaison s’arrête cependant là, Warren s’enfonçant plus loin dans l’abstrait puisque les parois d’un ascenseur décident d’avaler leur occupante ou qu’un blizzard s’échappe d’une porte. Du vrai bis atypique, pour le coup.

 

 

Hélas, avant que l’enfer ne sorte de terre et que les barbares traversent les fenêtres en faisant des pirouettes, ou que les amoureux transis se retrouvent avalés par des sables mouvants avant qu’un revenant ne leur rabote le crâne à la tronçonneuse (dommage que le hors-champ soit de mise, nous étions prêts à profiter du spectacle), Réveillon Sanglant mérite surtout l’appellation Réveillon Chiant. Pas de quoi s’extasier en effet durant la première moitié, longue errance dans les couloirs de l’hôtel et sur l’îlot, décors certes agréables à l’oeil mais auxquels il manque l’aspect macabre nécessaire. Sans doute les inconvénients d’un tournage de jour… De même, les personnages sont à peu près aussi intéressants qu’une boîte de coton tiges, ceux-ci ne semblant pas avoir plus d’âme que les spectres qu’ils croisent ça et là. Il paraît clair que le budget dérisoire et une production chaotique n’étaient pas les seuls défauts de Bloody New Year, Norman J. Warren se contentant avec un brin de fainéantise de son concept de base, qu’il ne peaufine pas assez pour le faire tenir sur près de 90 minutes. Un peu de soin apporté aux protagonistes et à leurs échanges, le plus souvent indignes d’une production AB façon Premiers Baisers, aurait probablement changé la donne et permit à la première bobine de planter les graines du carnaval horrifique à venir, auquel on assiste sans trémolos. Nous sommes certes bien contents qu’une mamzelle au teint argenté sorte du plafond pour faire faire trois tours complet à la nuque d’un saltimbanque, et le climax, bataille rangée dans une salle de jeux éclairée comme du Argento période Suspiria, déballe l’imagerie espérée : zombies, brume, effets gorasses et tutti quanti. Mais l’ensemble est bien trop bancal, trop peu fignolé, et surtout trop tardif, les secousses finales ne parvenant pas à déloger les fourmis installées dans nos pauvres jambes. Du pur Warren en un sens, en cela qu’il est toujours difficile de décider qui du bon ou du mauvais emportera la mise, tant les deux semblent ne faire qu’un et forniquer brutalement pour que naissent des bisseries attachantes mais jamais pleinement satisfaisantes (Satan’s Slave étant sans doute l’exception). Bloody New Year ce n’est donc pas la folle soirée du 31 où les petits fours et le champagne sont à volonté, c’est la matinée du premier janvier où on se réveille la bouche pâteuse et les cheveux collés dans la gerbe, sans trop savoir où nous sommes et ce que nous avons fait la veille.

Rigs Mordo

 

  • Réalisation : Norman J. Warren
  • Scénario : Frazer Pearce
  • Production : Hayden Pearce
  • Titre Original : Bloody New Year
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Suzy Aitchison, Nikki Brooks, Colin Heywood, Mark Powley
  • Année :  1987

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