The Snow Creature

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Les fêtes de fin d’année, c’est bien souvent l’occasion rêvée (ou cauchemardée si vous êtes aussi orientés famille que Xavier Dupont de Ligonnès) de raviver les liens familiaux autour d’un morceau de glace à la vanille sorti des ateliers Carte d’Or. Ben la Série B c’est pareil : ne pouvant compter sur un frère plus talentueux que lui nommé Billy Wilder, W. Lee Wilder s’est rapproché de son fiston Myles pour qu’il lui écrive le tout premier film de yéti meurtrier de l’Histoire avec The Snow Creature (1954). Accessoirement, c’est aussi l’une des pires bandes du rayon Sasquatch.

 

 

L’art du B-Movie, une arme à double-tranchant s’il en est, à la fois capable de décupler des investissements à l’origine mineurs et de se transformer en une vilaine tâche indélébile sur un CV. W. Lee Wilder, décédé en 1982 à l’âge de 77 ans, s’en était probablement rendu compte : tout le monde se fiche de ses courts-métrages musicaux – qui ne firent pas danser des hordes de Thomas Jefferson, Abraham Lincoln ou Benjamin Franklin dans son porte-feuille – et de ses respectables pelloches policières ou d’aventures, alors que ses ringardes entrées dans l’épouvante et la science-fiction continuent de voir leurs noms fleurir dans les revues spécialisées. Merci l’activisme jamais démenti des horror addicts. En résumé, les jolis jeux de jambes ou la voix d’un Southern Acapella ou les enquêtes d’un Yankee Fakir ne pèsent pas lourd face à l’alien se rendant invisible de Phantom from Space ou à ces envahisseurs dont les globes oculaires sont des balles de golf de Killers from Space, deux sci-fi movies pas franchement réputés pour leur qualités réelles, mais que les amoureux des craignos monsters évoquent toujours avec tendresse. Plus ils sont laids et ratés, mieux ils traversent les âges ? On aimerait en dire autant de The Snow Creature, occasion pour les Wilder père et fils de quitter leurs mochetés spatiales pour mieux se pencher sur la légende à laquelle rêvassent tous les alpinistes avant de se lover dans leur sac de couchage. Celle du yéti, cousin vaguement éloigné de l’Homme ayant loupé une marche dans l’évolution et passant sa colère sur de malheureux rochassiers.

 

 

Une « douloureuse expérience » (ouvrez de gros guillemets ici, The Snow Creature étant en vérité moins violent qu’un épisode d’Enfer en Cuisine avec Gordon « Fuck ! » Ramsay ) faite par le botaniste Frank Parish (Paul Langton, It ! The Terror from Beyond Space), parti cueillir du pissenlit sur les hauteurs de l’Himalaya et tombant finalement nez à museau avec le chaînon manquant entre le sauvageon des cavernes et Pluto, fidèle toutou de Mickey et Minnie. Sans rire, la fameuse créature des neiges – mais dont le QG se trouve en réalité dans les très chaudes grottes californiennes du Bronson Canyon, là où fût tourné un Dracula, The Dirty Old Man dont on a causaillé il y a peu – n’est en réalité qu’un ridicule costume de clébard, le genre qu’on ne loue que parce qu’il ne reste rien d’autres en magasin et que la fête d’Halloween de la cousine Morticia débute dans un quart d’heure et qu’on ne peut pas se permettre de chipoter. Quelque part entre la carpette et une version humanoïde de la carlingue conduite par Jim Carrey et Jeff Daniels dans Dumb and Dumber, le streum a d’autant moins fière allure que l’on aperçoit la mine déconfite du comédien enfoncé dans sa fourrure et dès lors ridiculisé. Difficile à prendre au sérieux, cette fameuse menace faisant trembler les locaux, ses grosses papattes, lorsqu’elles agrippent un montagnard dans son sommeil, donnant plutôt l’impression que le clebs du joyeux monde de Disney veut faire un roooo câlin aux petits n’enfants venus jouer dans le palais d’Aladdin. Faut dire que le chien-chien à sa mémère n’est pas aidé par un script cherchant à lui mettre la honte dès que l’occasion se présente, le yéti étant un imbécile pur jus, du genre à arracher un morceau de roche de sa grotte… avec pour seul effet l’effondrement du plafond sur sa pauvre caboche velue. Pas un aigle le bonhomme, à peine capable de balancer quelques cailloux sur les promeneurs se trouvant en-dessous de lui, et qui se jettera de lui-même dans le filet que lui tendent flics et scientifiques, pressés de le récupérer alors qu’il erre dans les égouts.

 

 

Car pas plus inspiré que ça par le sujet, le fiston Wilder va emprunter des idées à Skull Island, The Snow Creature reprenant la structure de King Kong, avec une première moitié à l’air libre et sur le terrain de la bestiole, et une seconde en pleine civilisation. La comparaison s’arrête cependant là, l’incapacité de Wilder Senior à iconiser sa bête, alliée à ces bavardages sans autre intérêt que celui de meubler, laissent notre chien des neiges loin, si loin, derrière le roi des gorilles. Dommage car le final dans les égouts avait sur le papier de quoi séduire, l’idée d’une boule de poils jouant à chat avec les autorités dans les eaux usées n’étant pas la moins bonne de The Snow Creature. Mais encore fallait-il proposer autre-chose qu’une réutilisation abusive d’un plan du yéti sortant et rentrant dans sa pénombre, et s’autoriser plus que deux bouts de décors, les policiers semblant faire des allées et venues dans un seul et même couloir… Le recyclage était visiblement la priorité des Wilder. C’est donc dans la poubelle prévue à cet effet qu’on rangera leur triste film de monstre.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : W. Lee Wilder
  • Scénario : Myles Wilder
  • Production : W. Lee Wilder
  • Pays : USA
  • Acteurs : Paul Langton, Leslie Denison, Teru Shimada, Robert Kino
  • Année :  1954

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