Terreur dans la Nuit (To All a Goodnight)

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Avant tout reconnu pour ses rôles d’agresseurs sexuel rôdant non loin des Dernière Maison sur la Gauche et autres Maison au fond du Parc, le comédien David Hess tâta également de la réalisation via To All a Goodnight (1980), branche supplémentaire au sapin de Noël du slasher. Pas de pot, c’est pas la plus solide du lot.

 

 

 

Les fêtes de fin d’année ou l’occasion de se réunir en famille ou entre amis, de faire le point sur l’année écoulée autour de la dinde aux marrons et de lister ces éternelles bonnes résolutions que l’on abandonnera dès la mi-janvier. En cela To All a Goodnight, sorti en France sous le très commun titre de Terreur dans la Nuit, tient ses promesses de christmas movie rassembleur puisque ses coulisses furent l’occasion de mêler autour de la crèche quelques bons brigands de la Série B. Outre Hess, ici signataire de son seul et unique long-métrage, on retrouve donc la productrice Sandy Cobe, dont l’intérêt pour le slasher ne se démentira pas avec les financements du musical Terror on Tour (80 également) et d’un pas trop mal Open House (1987) tranchant dans les agences immobilières ; et au scénario Alex Rebar, moustachu vaguement connu en tant qu’interprète pour sa participation au quatrième Amityville et son incarnation de l’astronaute en putréfaction dans Le Monstre de l’Espace. Peut-être pas du « beau monde » au sens où on l’entend d’ordinaire, mais des gens connaissant bien leur affaire et s’autorisant une petite fouille dans les affaires de John Carpenter et Bob Clark, auxquels ils empruntent bien évidemment leurs idées les plus juteuses. Sans le même résultat néanmoins, un budget très limité (75 000 dollars environ), un tournage supersonique de dix jours (le casting dormait sur le lieu du tournage pour gagner de précieuses heures) et les maigres capacités de Hess en tant que cinéaste faisant dégringoler notre père noël, dont la hotte est pleine de haches et de couteaux de cuisine, dans la cheminée.

 

 

On parle de Carpenter et Clark comme influences évidentes pour To All a Goodnight, mais il serait bon de ne pas oublier les Sean S. Cunningham et Victor Miller à l’origine de Vendredi 13, dont le point de départ sert également de rampe de lancement à cette version hivernale. Point de noyade ici, mais une vilaine chute dans les escaliers faite par une étudiante dans sa sororité, après une soirée trop arrosée et où n’aurait pas été fumées que des cigarettes en chocolat. Deux ans plus tard, alors qu’elles s’apprêtent à fêter les vacances de Noël en invitant leurs flirts en cachette, de jeunes élèves en rien reliées aux tragiques évènements passés – si ce n’est qu’elles logent dans la même maison de jeunes filles – reçoivent la visite d’un assassin portant la fausse barbe et le bonnet rouge. Et dans la pure tradition des gory eighties, il va les étrangler, les égorger, les planter et même leur faire perdre la tête ! En somme, les adeptes du slasher de quarante ans d’âge ont été très sages cette année et le bon Santa Claus est venu leur glisser des poncifs dans les petits souliers. Le maniaque de sortie ce soir-là ne manquera donc pas de surprendre une nénette sous la douche, comme aux grandes heures du Bates Motel, tandis que l’homme à tout faire de la maisonnée sera suspecté pour sa fâcheuse tendance à mettre en garde ces dames contre leurs désirs charnels. Le fait qu’il se frotte le front contre une colonne de pierres tout en fixant les adolescentes ne plaide pas en la faveur de ce weirdo, qui ne sera innocenté que lorsqu’il passera de vie à trépas. Quant aux soon to be dead teenagers, ils sont fidèles aux canons du genre et semblent plus passionnés par les ébats nocturnes que par le fait que plusieurs d’entre eux ont soudainement disparu sans laisser de traces, si ce n’est de sang…

 

 

Si To All a Goodnight se distingue de ses petits copains sortis à la même époque dans tous les bons vidéoclubs, c’est d’ailleurs pour sa tendance très marquée à faire de ses héroïnes de véritables déesses de l’amour, ne vivant et respirant que pour attirer le faible mâle sous leurs draps de soie. A l’exception de l’obligatoire final girl prude comme une nonne dont la ceinture de chasteté serait cadenassée devant comme derrière (Jennifer Runyon, blonde que Bill Murray tente de faire passer pour une simili-médium pour mieux la pécho au début de SOS Fantômes, plus tard à l’affiche du Carnosaur produit par Gégé Corman), le casting féminin ici rassemblé n’a effectivement que le sexe à la bouche, au propre comme au figuré, toutes leurs pensées et activités tournant autour des garçons et de leur urètre. Ca baisouille franchement près du sapin planté en plein milieu du salon, ça dépucelle le binoclard qui n’a jusque-là tripoté que des claviers d’ordinateur, ça échange les partenaires au petit jour, et lorsque les flics déboulent pour les protéger du terrible assaillant rôdant dans les parages, l’une des potentielles victimes ne trouve rien de mieux à faire que d’aller chevaucher la grosse matraque de Monsieur l’agent. C’est bien simple, vous retirez tous les plans à peu près sanglants de To All a Goodnight pour les remplacer par des faciales et vous obtenez le parfait petit film porno à ados permanentées, et ce sans avoir à retoucher la moindre ligne du script. Celui-ci est d’ailleurs particulièrement maigrichon, car outre cette simpliste trame d’un père noël cherchant vengeance, tout Terreur dans la Nuit se résume à une suite de meurtres… et donc de coïts, plus ou moins explicites dans les deux cas. Peu de poitrines dans nos lucarnes malgré cette ambiance orgiaque, le père Hess étant de ceux qui en parlent le plus pour en manger le moins possible, tandis que les effets gore, corrects sans être renversants, se font brefs. Logique pour un budget riquiqui, et on ne s’étonnera pas que l’idée la plus salissante – un couple se faire déchiqueter par l’hélice d’un avion – s’en tienne au hors-champ, même si quelques morceaux de bifteck virevoltent et vont s’écraser sur la vitre du cockpit.

 

 

D’ailleurs, on mentirait si l’on prétendait que l’on a cru un seul instant que ce premier et dernier méfait du regretté David Hess en aurait suffisamment dans le calbute pour en faire perdre leurs boules à Black Christmas, Douce Nuit, Sanglante Nuit ou même le bizzaroïde Christmas Evil. Et mentir, c’est pas bien. Soyons plutôt honnêtes : Hess ne semble pas avoir la moindre idée de ce qu’il trafique, filmant ses comédiennes de si loin qu’il faut attendre dix grosses minutes pour voir enfin les visages de ces silhouettes parlant de leurs zones érogènes dès que la vieille bique censée les couver repart enfoncer son groin dans ses marmites. Un choix de cadrage aussi étrange que peu judicieux, et respecté durant la majorité du film, donnant l’étrange impression d’assister à l’action – si tant est que l’on puisse considérer To All a Goodnight comme un film mouvementé – d’une autre pièce, sans jamais réellement prendre part aux évènements. On comprend que la carrière de metteur en scène de celui qui força dix ans plus tôt les gamines à pisser dans leur froc fut stoppée nette, tant l’exécution de Terreur dans la Nuit est mauvaise. Non pas que les bases scénaristiques, même placées dans d’autres mains que les siennes, auraient permis l’éclosion d’un futur classique du genre, mais au moins l’ensemble aurait-il semblé un peu plus vivace. On ne s’emmerde néanmoins pas trop, l’interprétation très cheesy (l’un des mectons en fait des tonnes, et on l’en remercie), l’esprit de noël, un bodycount élevé (15 meurtres au compteur ; pour 1980 ce n’est plus un repas complet, c’est un buffet) et la bonne humeur évidente dont font preuve les comédiennes permettant à cette Série B mal fichue de conserver un petit capital sympathie. C’est pas grand-chose, mais c’est toujours ça.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David Hess
  • Scénario : Alex Rebar
  • Production : Jay Rasummy, Sandy Cobe
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jennifer Runyon, Linda Gentile, Forrest Swanson, William Lauer
  • Année :  1980

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