Krampus : The Christmas Devil

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Oh oh ooooh ! Chantez, dansez, festoyez chers amis ! Car Noël a fait son retour en même temps que les dindes sont filées se réchauffer dans les fours, que les sapins se protègent du froid avec d’étincelantes écharpes, que les animateurs sponsorisés par Sensodyne nous ensevelissent sous des bêtisiers navrants et que Toxic Crypt s’occupe, comme à chaque fin d’année, de faire neiger quelques Séries B et Z sur vos écrans ! Attention tout de même : Krampus : The Christmas Devil (2013) mérite moins d’être glissé sous les épicéas en plastique aux côtés des Nintendo Switch et autres jeux de société que d’être placé à côté de la brosse à chiottes… A bon entendeur.

 

 

On sait ce qu’il vous passe par la tête en laissant vos yeux vagabonder sur cette chronique : « Ah ! Vu que le très chouette Krampus de Michael Dougherty était sur le point de sortir, un zédeux peu scrupuleux s’est magné de tourner une version au rabais dans le garage de sa grand-mère, dans l’espoir de vendre quelques DVD au rayon solderie de Wallmart ! » Vrai que le mythe de cette version punitive du Père Noël a récemment donné lieu à un petit sous-genre, de nombreux DTV profitant du petit succès du chouette christmas horror movie du père Dougherty pour se faire une petite place sur le marché de l’épouvante hivernale. Et il ne fait aucun doute que ces Krampus : The Reckoning (2015), Krampus Unleashed (2016), A Christmas Horror Story (2015) et Krampus 2 : The Devil Return (2016, suite du film qui nous occupe en ce jour) furent taillés à la va-vite, tels des bonhommes de neige sans carottes, pour vite monter sur le dos du « véritable » Krampus. Mais Krampus : The Christmas Devil ? On a de gros doutes. Même si Dougherty projetait déjà d’envahir les cheminées avec ses elfes diaboliques en 2011, la production ne se lance véritablement qu’en 2014 et il faudra attendre 2015 pour que les écrans accueillent ce Santa Claus croisé avec un ibex sur les écrans. Soit deux bonnes années après le petit budget de Jason Hull, peut-être coupable d’être passé devant Dougherty dans la file d’attente, mais difficile à accuser de plagiat tout de même. Il est par contre permis de lui tomber dessus pour nous avoir collé sur les genoux une vilaine, mais alors très vilaine, Série Z…

 

 

Selon Hull, c’est alors qu’il filmait son second long-métrage, The Four (2012) qu’il apprit l’existence du folklore entourant Krampus, créature mi-chèvre mi-démone et donc parfaite pour une pochette d’album de Vital Remains ou Deicide, occupée le jour de Noël à punir les enfants pas assez sages à son goût. C’est le cas de Jeremy, petite tête brune embarquée par le vieux Kramp’, qui tente de le noyer dans un lac gelé pour s’en débarrasser. Heureusement pour Jerem’, le patelin dans lequel vit Jason Hull n’a pas de point d’eau digne de ce nom, du coup c’est dans une flaque que la monstruosité balance le gamin, vaguement mouillé et capable de retourner chez lui en un seul morceau. Trente années passent et Jeremy est rentré dans le rang, à la fois un bon policier, un mari aimant et le père attentif d’une adolescente de 32 ans au moins. Il n’y a pas de lacs là où crèche Hull, mais il n’y a probablement pas de teenagers non plus, alors on fait avec ce qu’on a… Si Jeremy a repris sa vie en main, il n’en reste pas moins traumatisé par ce soi-disant jour de fête où il n’a pas reçu sa Master System et fut à la place emporté par un bouquetin meurtrier, et est en outre persuadé que les disparitions d’enfants survenues depuis lors sont le fait de la bête aux gros sabots. De retour au commissariat le plus cheap du monde, vide comme une salle diffusant le film Le Baltringue de Vincent Lagaff’ et dont les bagnoles ont des autocollant « Police » dignes de la pire carlingue de fan de tuning, Jeremy explique à son supérieur qu’il croit savoir d’où proviennent tous ces kidnappings. Pas trop convaincu mais pas forcément décidé à envoyer bouler son meilleur élément (peut-être le seul, vu comme c’est peuplé dans le coin), il accepte de lui donner carte blanche. Jeremy donne alors rendez-vous à deux super flics de sa connaissance, deux espèces de rednecks tout droit sortis de Sons of Anarchy ou d’un meeting entre Hell’s Angels, et tous trois décident d’aller buter ce foutu Krampus. Tenue militaires blanches pour ne faire qu’un avec la neige, mitraillettes, manière de sautiller discrètement proprement ridicule : les zouaves ont plus l’air de chasser la galinette cendrée que l’infernal exécuteur de marmots, qui apparaît ça et là dans les bois au ralenti ou en accéléré, tel un Predator ivre et grotesque.

 

 

Krampus : The Christmas Devil en est à la moitié de son chemin que nous en avons déjà ras le bonnet rouge. Les acteurs font si peine à voir qu’on aimerait achever leurs souffrances, c’est moins bien torché qu’une vidéo Dailymotion vous montrant comment purger un radiateur, garni d’une photographie si grise et tristounette qu’on se demande si notre luge ne nous a pas déposés à Tchernobyl, mais pire que tout, c’est chiant comme la messe de minuit. On se doute qu’il ne faut pas trop en demander à Jason Hull, artisan très très très très (rajoutez en encore 35 et le compte sera à peu près bon) modeste, mais la première partie de son Krampus rien qu’à lui nous rappelle ces longues soirées d’hiver assis dans des églises mal chauffées, à écouter les sermons d’un vieux curé lui-même lassé de raconter les mêmes conneries tous les 24 décembre. On pique du nez, on prie Satan pour que le calvaire prenne fin au plus vite, et on se rend compte que ce Z-Movie était mal embarqué dès le début. Car il y avait un bon petit thriller à torcher si l’on voulait s’en donner la peine, avec l’affaire de cette marmaille enlevée et sur laquelle enquête un keuf lui-même victime de ces faits, les décors enneigés et la thématique glauque suggérant la pédophilie assurant, au minimum, une œuvre lourde et marquante. A la place, on se retrouve avec un monster movie comme il en existe des brouettes entières (blonde à gros seins retrouvée à oilpé inside), avec ses gros durs sortant les pétoires pour péter la gueule à la gloumoute (évidemment, c’est eux qui vont prendre cheros). A ce petit jeu, Hull se fait bien sûr atomiser par Dougherty, mieux entouré mais aussi plus talentueux. Bref, The Christmas Devil pue le foirage, le vin chaud coupé au cacao périmé, et ne peut même pas compter sur sa créature pour sauver les meubles. Hull fait en effet de son mieux pour ne jamais trop montrer sa tronche et il a bien raison, celle-ci semblant sortie d’un magasin de farces et attrapes…

 

 

L’intérêt remonte néanmoins lorsque débarque Santa Claus en personne. Le gros barbu qui ne boit que du Coca serait-il venu faire la leçon à son jumeau maléfique ? Certainement pas ! Le Père Noël est au contraire déçu de ne pas pouvoir faire le job de Krampus, car lui aussi aimerait enchaîner les infanticides, surtout lorsque ceux qu’il appelle « les petites merdes » font du mal aux gentils animaux de compagnie. C’est d’ailleurs ce qu’il dit avec un éclair de haine dans les yeux à l’un des écoliers que Krampus a enfermé dans une cage à lapins, jurant que si ça ne tenait qu’à lui, il s’occuperait personnellement de son compte. Parait que le jeune acteur était réellement tétanisé par l’apparition du livreur de cadeaux de mauvais poil, et ça peut se comprendre. Si The Christmas Devil reste mal branlé au-delà du raisonnable, au moins devient-il intéressant de par la relation entre Krampus et Santa (qui appelle son frère « Bro », on est cools chez les Claus), pas loin de rappeler tous ces sous-Colline à des Yeux, bourrés de fratries dérangées et mutantes logeant dans des grottes, et où un frère intelligent tentait toujours de masquer les agissements d’un cadet plus simplet et meurtrier.

 

 

Un feeling glauque bienvenu et une direction vers le crapouille que l’on se sent prêts à accueillir les bras grands ouverts, ces discus dans la caverne de Krampus étant toujours plus intéressantes que de voir Jeremy fixer des murs dans son bureau. Pas de bol, Hull ne sait pas ce qu’il veut et décide de changer à nouveau de style, envoyant dans les pattes de la famille de Jeremy un ancien taulard qu’il avait coffré, parce qu’il avait joué au docteur avec une petite fille. Le salopard déboule donc avec deux amis dans la maisonnée de son ennemi policier, et transforme Krampus en un banal home invasion. Certes, le mercenaire du direct-to-video Bill Oberst Jr. (Abraham Lincoln, Tueur de zombies, 3 from Hell, Gnome Alone, Scary or Die, Nude Nuns with Big Guns…) remonte légèrement le niveau dans la peau du pédo pas beau – légèrement car si cet acteur assez capable se montre plus crédible que le reste des troupes, il devient embarrassant lorsqu’il monte dans des aigus que Mariah Carey elle-même ne peut atteindre – mais ça ne suffit pas à relancer l’intérêt. Ce « diable de Noël » reste la gueule dans la poudreuse et glisse dès qu’il tente de se redresser, passant alors à côté de tous ses sujets. Et dire qu’une suite vint se lover dans les chaussons – seulement de ceux qui n’ont pas été sages – trois ans plus tard…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jason Hull
  • Scénario : Jason Hull
  • Production : Jason Hull
  • Pays : USA
  • Acteurs : A.J. Leslie, Bill Oberst Jr. Samantha Hoepfl, Richard Goteri
  • Année :  2013

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