Horrorvision

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Rien ne se perd, tout se recycle chez Full Moon, à sa manière l’un des studios indépendants les plus écolos du circuit. A moins qu’il donne plutôt dans la vieille remballe visant à reconditionner des vieilles saucisses périmées et les faire passer pour des merguez du matin ? Dans tous les cas, puisque le FEAR.com qu’il se verrait bien produire en 1999 ne se concrétise pas, Charles Band le ressort de son chapeau deux ans plus tard sous le titre Horrorvision (2001, donc), qu’il place dans les mains d’un Danny Draven se prenant alors pour les frères (ou sœurs, désormais) Wachowski.

 

 

Avant d’aller se détendre avec de prétendus rappeurs dans le strip-club Cryptz (2002), autre série B – ou Z selon l’angle choisi pour la reluquer – distribuée par Full Moon, Danny Draven fronçait les sourcils pour les besoins du très sérieux Horrorvision. Point de glandus se prenant pour Tupac et Ice-T par ici, pas plus que des vampirettes d’ébène et à la poitrine en avant, mais une civilisation mise en péril par Manifesto, entité cybernétique créée par la haine émanant d’humains de plus en plus venimeux envers leurs prochains. Capable de prendre le contrôle de tous les appareils électronique du globe, cette menace au système binaire dépravé met au point un site internet, horrorvision.com, capable d’aspirer les malheureux le visitant dans leur écran pour les transformer en de simples datas. Une douloureuse expérience faite par Toni (et hop, un petit caméo de la scream queen culte Brinke Stevens, de Nightmare Sisters et The Slumber Party Massacre), photographe spécialisée dans le nu esthétique changée en une fumée de CGI dégueulasse, façon « Putain, ma Sega Saturn a encore vomi sur mon tapis persan !», après qu’elle ait fait le clic de souris à ne pas faire. De quoi poser problème à son collaborateur Dez (Len Cordova), jeune hacker ne portant que des pantalons en cuir et créant des sites pornos – que Toni alimentait avec ses clichés de gothiques lascives – pour ne pas avoir à prendre en main sa destinée : devenir scénariste à Hollywood. Bien qu’encouragé par Dazzy (Maggie Rose Fleck, présente dans Stitches, autre production Band), une girlfriend on ne peut plus gentille et désireuse de voir son gus réussir, Dez s’en tient à aider les vicieux à faire fumer leurs slibards, parce que ça paye des factures là où ses scripts rejetés ne lui permettent même pas de s’offrir un Cha-Cha. Evidemment, la disparition aussi soudaine qu’inexplicable de Toni est une très mauvaise nouvelle pour les affaires, et Dez compte bien la retrouver pour que son petit commerce de cuisses huilées et de tétons parfaitement éclairés perdure. Mais en enquêtant, il visite à son tour horrorvision.com, transformant malgré lui la pauvre Dazzy en une brume numérique… Le pro du clavier a désormais une bonne raison de découvrir ce qu’est Manifesto et de l’arrêter, et pourra compter sur l’aide du mystérieux Bradbury (James Black, vu dans le Soldier avec Kurt Russel, Detention ou encore la série Six Feet Under), expert en coups de talon ayant une dent contre le tyran numérique.

 

 

Qu’il est ardu de se pencher sur le cas d’Horrorvision, tant le film de Draven est un zbeul sans nom, et pour tout dire une source de frustration particulièrement intense. Soyons honnêtes : dans d’autres mains que celles de Charles Band, Danny Draven et J.R. Bookwalter (le bon gars derrière Robot Ninja, ici co-producteur et créateur de la trame générale), cette chronique de la fin du monde orchestrée par de perfides machines, même si elle n’a rien d’original tant elle puise à la fois dans la mythe Terminator et dans le gros succès de l’époque qu’était Matrix, avait ce petit surplus de désespoir capable de transformer un B-Movie sans le sou en une expérience suffisamment maussade pour marquer les esprits au fer rouge. Draven ne semble d’ailleurs pas s’y tromper, conscient du potentiel de sa pessimiste entreprise : Horrorvision, en plus d’esquiver un happy end qui serait tombé à plat, s’engouffre sans réfléchir dans un cadre urbain volontiers crasseux. Il ne faudra d’ailleurs pas se laisser avoir par l’imagerie très « geek branché » que le film déballe au départ, avec ses mamzelles volontiers gothiques, ses spécialistes de l’informatique ultra-cyniques, l’industrie pornographique en arrière-plan, la visite du magasin centré sur l’épouvante Dark Delicacies (la boutique et son tenancier, Del Howison, apparaissent aussi dans plusieurs œuvres de Don Glut) et une bande-son pleine de wanna-be Marilyn Manson, par définition coincée quelque-part entre le rock vaguement sombre et le metal industriel taillé pour faire remuer les petits culs dans les batcaves. La mode voulait cet étalage très indé, mais c’est là l’arbre cachant une forêt plus intéressante, car misant sur la saleté et la face la plus sombre des cités. Building peu rassurants où des couples vulgaires se tabassent jusqu’au sang, junkie bradant son corps dans l’espoir de pouvoir s’offrir sa came par la suite, gérant d’hôtel miteux, informaticien ayant perdu la raison, sans oublier des journaux télévisés annonçant, jour après jour, de nouvelles tueries, de plus en plus de Monsieur Tout-le-monde grillant le mauvais fusible et décidant de liquider, femme, chien, enfants et voisins. Horrorvision, c’est pas tout à fait Mon Petit Poney, et ce refus d’offrir la moindre éclaircie (spoiler alert : la pauvre Dazzy ne reviendra pas) et de dépeindre le plus froidement possible l’extinction de l’humanité rendent le troisième effort de Draven sacrément intrigant.

 

 

De bonnes intentions, Horrorvision n’en manque donc pas, et la thématique de l’homme rendu progressivement fou par Internet et la technologie sonne finalement assez juste (connectez vous donc sur Facebook ou Twitter, vous reviendrez nous dire si ça ne ressemble pas à un asile d’aliénés ou une cour de récré). Le blem, c’est que ces fameuses bonnes intentions ont bien du mal à passer à l’écran, la faute à un budget probablement en-dessous de celui dédié au PQ sur le premier Matrix. Difficile de nier que James Black, s’il est de loin l’acteur le plus capable de la troupe, fait une triste copie de Laurence Fishburne, et semble carrément embarrassé lorsqu’il doit faire virevolter son grand manteau noir pour donner des coups de pied à des espèces de cloportes mécaniques (nous y reviendrons). En tout cas, s’il ne se trouve pas honteux au point de se planquer sous son canapé à la vision de ces scènes, nous le sommes pour lui. L’ensemble souffre également du manque de charisme de son interprète principal, le personnage de Dez, en plus de ne pas être particulièrement attachant de par des sourires satisfaits jouant contre lui, est encore rabaissé par un Len Cordova pensant sans doute que gueuler « Fuuuuuck » rend son interprétation intense. On ne lui mettra cependant pas tout sur le dos, les dialogues qui lui sont confiés ne l’aidant clairement pas. Voir cette séquence ahurissante montrant Dazzy se désintégrer progressivement dans les bras de son homme, qui ne trouve rien de mieux à dire que « Ne t’en fais pas ça va aller, je vais t’emmener à l’hôpital. » Pas sûr que les infirmiers puissent y faire quelque-chose, Dez…

 

 

Et puis il y a les fameux monstres cybernétiques, que l’on jugera comme inégaux. Les insectes de fer, capables de se changer en boules d’acier pour courser plus efficacement leurs proies, sont plutôt réussis et leur animation plutôt valable pour du Full Moon. Nous serons nettement plus réservés sur Manifesto, une espèce de grande faucheuse métallique pas foncièrement ratée, mais qui semble un peu hors de propos dans Horrorvision : Draven mise sans s’en cacher sur l’atmosphère, puis colle soudainement dans les pattes de Dez et Bradbury une gloumoute en tôle aux mouvements particulièrement gauches, et au sourire si goofy qu’il pourrait se retrouver dans Power Rangers. Ca tranche, même si nous avions déjà croisé auparavant un pas plus crédible type flottant dans l’air, au teint de schtroumpfette et avec des câbles et des bidules collés partout sur le corps. C’est de toute façon une évidence : Draven et Band ont été bien trop ambitieux en cherchant à se frotter à une grosse machine made in Hollywood alors qu’ils n’ont pas une armada d’infographistes pour couvrir le manque de cohérence du script (on ne comprend pas trop le but de Manifesto, qui transforme les gens en de furieux assassins pour détruire l’humanité, mais à côté de ça lui et son pote sauvegardent certaines personnes sur CD pour leur offrir l’immortalité) et que leurs décors se résument à des bureaux abandonnés. Sympathique et plein de bonne volonté, Draven n’a malheureusement pas les épaules assez solides pour pareil travail, que l’on aurait plutôt vu revenir à un artisan à la vision plus pointue, comme Richard Stanley, auquel on pense parfois. Parce qu’il y a du Hardware dans les monstres sortis des téléphones des héros, mais aussi parce que cette virée dans le désert, longue plage principalement musicale, évoque le travail du réalisateur de Dust Devil. Sans la même puissance, cela va sans dire… Horrorvision n’en finit donc plus de trébucher malgré ses belles gambettes, le socle offert par Full Moon (pas de fric et l’obligation de s’en tenir à 70 minutes) ne permettant pas la construction d’un Sci-Fi Movie abouti. A conseiller aux curieux et à ceux ayant profondément détesté les aventures de Neo et Trinity (c’est mon cas), qui pourront alors prendre Horrorvision pour ce qu’il est réellement : une version lowcost de Matrix, certes, mais aussi plus attendrissante.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Danny Draven
  • Scénario : Scott Phillips
  • Production : J.R. Bookwalter, Charles Band, Michael Catalano
  • Pays : USA
  • Acteurs : Len Cordova, James Black, Maggie Rose Fleck, Brinke Stevens
  • Année :  2001

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