Le Monstre qui vient de l’Espace (The Incredible Melting Man)

Category: Films Comments: No comments

De retour d’une escapade sur Saturne, c’est avec une santé déclinante que l’astronaute Steve West foule à nouveau le plancher des vaches : touché par de puissantes radiations, le space man pourrit à vue d’oeil et fond comme un Magnum aux amandes dans la Vallée de la Mort. Que faire lorsque l’on se retrouve avec une tronche à refiler des cauchemars à un blobfish ? Ben on agit comme tout monstre qui se respecte un minimum, on terrorise son patelin et on fait crier à gorge déployée les blondes aux seins à l’air. Une reconversion réussie dans le cas du Monstre qui vient de l’Espace (1977).

 

Attention, des spoilers sont glissés dans la chro. Saurez-vous les retrouver  ?

 

William Sachs (Galaxina en 1980) en a gros sur la pomme de terre et ça peut se comprendre. Après tout, son film le plus populaire, le gentiment culte (mais pas trop non plus) The Incredible Melting Man n’est pas tout à fait le sien. Parti pour réaliser une parodie du cinéma d’horreur après avoir vu et apprécié La Nuit des Morts-Vivants, le réalisateur/scénariste découvrira en chemin que ses producteurs ne partagent pas son sens de l’humour, lui préférant le sens des affaires. Et les passages versant franchement dans la comédie de voler avec leur siège éjectable, remplacés par de nouvelles scènes plus véhémentes, shootées dans l’urgence par les producteurs sans que Sachs ne soit invité à l’after party. Résultat des courses, le produit fini échappe au pauvre William, crédité comme tête pensante d’une hydre à deux têtes, l’une ricanant alors que l’autre montre les crocs. Rarement un bon signe à dire vrai, les projets retouchés par trop de mimines différentes n’aboutissant le plus souvent à pas grand-chose, et Le Monstre qui vient de l’Espace souffre clairement de sa schizophrénie. Surtout au niveau de l’interprétation, en dents de scie, les comédiens réquisitionnés par Sachs étant tous des professionnels en pleine maîtrise de leur art, tandis que ceux appelés en dernière minute par les producteurs – parfois eux-mêmes à l’écran, tel un Samuel Gelfman campant un pêcheur bientôt décapité – font baisser le niveau de plusieurs crans. C’est bien simple, la transition est parfois si abrupte (un adjectif collant aussi fort bien à un montage trop haché) que l’on se sent glisser fréquemment de la bonne petite Série B, légitime en tous points, au Z que l’on s’envoie avant tout pour se fêler une cote.

 

 

Si la production pensait limiter les contours rigolards de l’Incredible Melting Man, c’est loupé, leurs séquences étant souvent plus aptes à faire naître le sourire que celles de Sachs, même involontairement. Ne rejetons néanmoins pas toutes les fautes sur ces pauvres hommes : bien que pas toujours très avisés (le physique du monstre devait à la base subir quatre transformations bien distinctes, toutes imaginées par Rick Baker, mais ces Messieurs ont décidé de se passer de ces stades détaillés), ils n’ont pas totalement tort de vouloir privilégier une certaine animosité au détriment de la satire, toujours bien présente au final (les dialogues entre deux vieux en retard à une invitation mais prenant encore le temps d’aller cueillir des citrons, ou la fin de la créature, jetée à la poubelle comme un vulgaire déchet). L’ajout de nouvelles scènes sanglantes apporte au contraire un rythme agréable à l’ensemble et permet de mieux faire passer les obligatoires coups de fil entre docteurs inquiets et généraux de l’armée au ton grave, tous très pressés de planquer sous le tapis le fait que l’un des leurs est en train semer des lambeaux de chair radioactifs dans la région. Non pas que ces scènes soient particulièrement ennuyeuses, l’ironie à la Romero fonctionnant plutôt bien ici, avec ces sempiternels coupables indirects courant dans tous les sens dans l’espoir de nettoyer leur merdier avant que quelqu’un ne se rende compte de leurs erreurs. Mais on est en droit de préférer les plus impressionnantes pointes de gore, souvent balancées à l’écran avec une certaine malice. Voir ce plan, très sale gosse dans l’esprit, d’une tête coupée flottant dans la rivière, avant de chuter d’une cascade et s’écraser sur de la roche, jets de sang inclus. Ou encore cette magnifique électrocution, un pauvre flic étant balancé dans des lignes haute tension pour un spectacle son et lumière que le Cirque du Soleil n’aurait probablement pas renié.

 

 

Il n’était pourtant guère nécessaire d’en faire trop en la matière, le look de ratatouille au Nutella de la créature assurant déjà au Monstre de l’Espace son coussin dans le divan du splatter qui ne fait pas semblant. On parie d’ailleurs notre collection de ventouses que cette grosse flaque de gerbe fluo qu’est Street Trash, film estimé du rayon gore s’il en est, s’est fortement inspiré de la pelloche de Sachs lorsqu’il fut question de faire dégueuler du Destop à une poignée de clochards. Pour ceux qui gardent quelques doutes en poche, visionnez donc la dernière bobine, dans laquelle le monstre se liquéfie jusqu’à devenir une mélasse indescriptible. Gory, mais aussi une conclusion chagrinée, le cosmonaute meurtrier ne comprenant de toute évidence pas ce qu’il lui arrive, repassant en boucle dans ce qu’il lui reste de cervelle les derniers instants où il était encore un homme normalement constitué. Il y a un petit parfum de déprime rappelant celui du Mort-Vivant de Bob Clark dans ce Creature Feature bipolaire, vanneur et tragique tout à la fois. On ne sait dès lors qui féliciter : un Sachs ayant tenté de fournir plus qu’une version actualisée des Sci-Fi Movies des années 50 ou ses producteurs, dont l’envie de ruer dans les brancards rend The Indredible Melting Man peut-être plus divertissant qu’il l’aurait été sans leur indélicatesse ? Allez, pas de jaloux, on fait la bise à tout le monde !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Sachs
  • Scénario : William Sachs
  • Production : Samuel W. Gelfman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Alex Rebar, Burr DeBenning, Ann Sweeny, Myron Healey
  • Année:  1977

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>