Rise of the Zombies

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« Le Must-have pour les fans de zombies ! » nous balance la jaquette de Rise of the Zombies (2012), production The Asylum toute fière d’avoir en son sein cette vieille baderne de Danny Trejo, oubliant un peu vite que le roi du burrito ferait une apparition dans la vidéo d’accouchement de votre petite sœur ou dans un live stream scatophile avec des manchots si on lui faisait miroiter un petit billet. Sa présence dans cette énième invasion de morts-vivants n’a dès lors rien du gage de qualité, pas plus que le statut de téléfilm torché à la va-vite pour Syfy de cette dernière…

 

 

Nous sommes tous passés par là un jour ou l’autre, et à dire vrai ces moments difficiles reviennent frapper à notre porte plus souvent qu’on le voudrait : plantés au milieu de notre collection, que nous battons d’un regard torve, nous n’avons pas la plus petite idée de ce que nous voulons voir. Sur quel DVD, bien souvent achetés dix piges auparavant, nous allons jeter notre dévolu dans l’espoir qu’il saura nous sortir le métro-boulot-dodo du cervelet, le temps de 90 minutes bien trempées ? Pardon, 75 minutes, car ça fait déjà un quart d’heure qu’on navigue dans nos petits vidéoclubs privés sans que notre ligne n’accroche de pelloche aux écailles scintillantes, sans que les ronins des mers que nous sommes trouvent une sirène avec laquelle passer la nuit. Et les aiguilles de continuer de tourner, réduisant à peau de chagrin nos options cinématographiques du soir, tout devenant subitement trop long, trop étiré, et surtout trop « meh ». Et nos montres de nous rire au nez jusqu’à cet instant fatidique où l’on finit par empoigner le magazine ou fanzine le plus proche, histoire de ne pas passer la vingtaine de minutes qu’il nous reste avant de sombrer dans le sommeil du juste à fixer ces enfilades de pellicules qui ne nous font soudainement plus envie. Le syndrome de la page blanche déménagée dans nos horror rooms en somme : aucune inspiration, aucune réelle envie. C’est bien souvent dans ces cas-là que, lassés et agacés, nous finissons pas donner leur chance à ces galettes achetées trois fois rien en grande surface ou dans des Cash Converters, le plus souvent pour qu’elles viennent ramasser la poussière malgré elles par chez nous ou qu’elles viennent donner un peu de volume à des collections qui n’en manquent pourtant pas. Ce qu’on appelle des mauvaises pioches, mais qu’on ramène tout de même à la maison parce qu’il n’y a rien que le collectionneur déteste plus que de rentrer chez lui les mains vides… Rise of the Zombies fait bien évidemment partie de cette basse catégorie, et fut bradé pour les fêtes de fin d’années 2014 ou 2015 par son distributeur (Zylo), qui le colla avec trois autres DTV tout aussi peu attirants (SS Troopers, Battledogs et Human Contagion) pour multiplier ses chances de trouver acquéreur. C’est bien sûr tombé sur l’esprit faible que je suis, attiré par la promesse de quatre pelloches, certes probablement pourries au-delà du raisonnable, pour une dizaine d’euros. Quatre ou cinq ans plus tard, les zombies sortent donc enfin de terre pour venir gigoter sur mon écran, sans parvenir à m’émoustiller le moins du monde…

 

 

Pour être d’une parfaite transparence, je me dois aussi d’avouer que le film de zomblards, ça fait déjà un paquet d’années que j’ai l’impression d’en avoir fait le tour. S’il me reste toujours un peu de place pour un living dead flick à l’ancienne, du temps où ces Messieurs les morts traînaient encore de la patte et logeaient des lombrics dans leurs orbites, je ne m’intéresse par contre guère aux propositions récentes du genre. C’est donc comme si j’allais chez le dentiste que j’ai fait avaler le skeud de Rise of the Zombies à mon lecteur, soit pas franchement avec le sourire. La bonne nouvelle, c’est que contrairement à la douleur infligée par votre tortionnaire de médecin buccal lorsqu’il vous enfonce une vis dans la gencive, vous oublierez très vite le film Nick Lyon (même les réal’ se traînent des blases ringards chez Asylum), totalement indolore et vu 1673 fois au cours des années 2000. Nous revoilà donc dans une métropole yankee occupée par une horde d’infectés, poussant les vivants à se cloîtrer dans Alcatraz, parfaite forteresse contre une invasion de revenants. Du moins sur le papier, car dans la réalité les cadavres sont des pros de la natation et déboulent sur l’île faite prison, forçant par la même occasion ses occupants à aller se dénicher un autre coin de paradis. Ca tombe bien, l’une d’entre elle, à priori scientifique, pense qu’elle devrait pouvoir trouver un antidote dans la ville… Original, hein ? Et encore, on a encore rien dit sur les relations entre les survivants, que la transformation de notre pauvre monde en cimetière géant n’empêche pas de se disputer comme des supporters de foot un lendemain de Coupe du Monde, soit pour un oui ou pour un non. Et tant qu’il en est à aligner les clichés en rang d’oignons, Lyon n’oublie pas la femme enceinte pas certaine de vouloir donner naissance à une âme innocente dans pareil enfer, l’ancien militaire trop autoritaire mais cachant derrière sa moustache de mariachi un coeur sucré comme une pomme d’amour (ouep, ça c’est Trejo), le jeune homme suivant son mentor comme un père de substitution et le daron incapable d’abandonner sa fifille, zombifiée à Alcatraz.

 

 

Certes, Nick Lyon n’oublie pas non plus de fracasser quelques caboches de macchabées, et on le remercie pour ces passages gorasses plutôt méchants comme une césarienne ou le découpage d’un morceau de bras. Des instants plutôt graphiques, voire intenses pour du calibré telloche. M’enfin, les entrailles traînées au sol et la matière grise réduite en purée d’airelles, ça ne fait pas tout, à plus forte raison lorsque la réalisation ne suit pas et se trouve incapable de mettre en valeur les poussées de violence. Ca filme comme un parkinsonien en train de faire un tour de grand huit, la photographie est si terne qu’en comparaison La Liste de Schlinder c’est le carnaval de Rio, et la gestion de l’espace vous pourrez toujours la chercher au fond de votre cul. Après tout, pourquoi se fouler ? Le but de Rise of the Zombies est d’empêcher l’Américain moyen de zapper, pour qu’il puisse voir défiler trois pubs pour les Doritos, cinq de Burger King et six sur le Destop (y’a une suite logique au moins) et, dès lors, le but est que les héros croisent de la barbaque putride tous les quinze pas. Le scénar’ ? Restez sérieux les gars, y’en a pas, Rise… se contentant de compiler toutes les thématiques les plus pompeuses du genre sans jamais en développer une seule, n’attribuant en tout et pour tout que cinq minutes maximum à ces mamans choquées de tomber nez à pampers sur un bébé zombie, à ce savant tentant de sauver sa fille du virus ou à ce catho plus trop sûr que le petit Jésus existe bel et bien depuis qu’il fait pleuvoir des cannibales en putréfaction. Nick Lyon est semblable à un gosse de trois ans auquel on offre la caserne de pompiers en LEGO : il a beau avoir toutes les pièces en main pour faire un truc qui se tiendrait plus ou moins, tout ce qu’il peut construire c’est un mélange entre la Tour de Pise, le château de la Princesse Peach et le kebab du bout de la rue.

 

 

Les comédiens ? Vous savez ma bonne dame, ils sont là parce qu’ils ont faim, pas parce qu’ils croient au projet. Vous pensez que Mariel Hemingway, dont les traits sont si tirés qu’elle va bientôt se retrouver avec le front dans sa poche arrière et qui a débuté chez Woody Allen, est ravie de courir sur le pont du Golden Gate pour y combattre du walking dead lors de torrents d’hémoglobine CGIsée ? Que LeVar Burton, que les trekkies connaissent bien (n’en étant pas un, sa présence ici m’affole autant que l’annonce d’une nouvelle tournée des Spice Girls), est content d’être de la partie ? Que Danny Trejo était ravi en lisant le script, dans lequel son personnage passe les vingt premières minutes à pester sur ses compagnons en les insultant de gros nazes incapables de survivre sans lui… mais qui se fait bouffer le derche dix minutes plus tard par une zombie contorsionniste parce qu’il était trop occupé à siffler une bouteille de champ’ ? Allons… D’ailleurs, si on savait que le vieux Danny, malgré un capital sympathie fort imposant, était un acteur très limité, on n’imaginait pas qu’il pourrait se sentir si peu à sa place dans cette Série B. En comparaison de sa performance dans Rise of the Zombies, le discours d’Aya Nakamura au Téléthon semblait presque sincère. On pourra toujours dire qu’au moins ça file relativement vite, les scènes « action » (importants, les guillemets) ne manquant finalement pas. Oui, mais encore faut-il se sentir impliqué, ou que le tout affiche un peu plus de gueule qu’une mauvaise caméra cachée shootée en Albanie avec un Nokia de quinze ans d’âge. On ne sait d’ailleurs pas trop qui s’est fait avoir dans l’histoire : Trejo ou nous ?

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Nick Lyon
  • Scénario : Delondra Mesa, Keith Allan
  • Production : The Asylum
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mariel Hemingway, Danny Trejo, Ethan Suplee, LeVar Burton
  • Année:  2012

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