Cryptz

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Toujours en quête de modernisation, le vampire, après avoir infiltré les soirées entre jeunes cons et s’être répandu sur Internet (remember le très Z mais très bon Vampire Sisters de la paire Joe Ripple/Don Dohler), se lance avec Cryptz (2002) dans le commerce du corps huilé. Plus une occasion d’attirer les chauds lapins dans un strip-club improvisé pour leur mordiller la nuque que celle de dévoiler les poitrines généreuses, et surtout l’opportunité pour l’éternel roi du Z moderne qu’est Charles Band de surfer tardivement sur la seconde vague de blaxploitation lancée par les Menace II Society et autres ghetto flicks.

 

 

Si l’on cite spontanément le père Charlie lorsque vient le moment de causer de Cryptz, sigle Full Moon placardé sur la jaquette et en entame du générique oblige, les gloutons du micro-budget auront vite remarqué que cette descente in ze hood, on la doit surtout à Danny Draven. Certes, Band s’y fait producteur exécutif, et le script est signé Scott Phillips, déjà au même poste sur le précédent Horror Vision du même Draven, et plus tard réalisateur de Gimme Skelter avec Kennet J. Hall (réal’ du super Halfway House et créateur de la saga Puppet Master, quoi que David Schmoeller en dise) en tant qu’acteur. N’empêche que le caractère de touche-à-tout du Danny – monteur de bande-son, directeur de casting, comédien, bidouilleur d’effets spéciaux, producteur, scénariste, chef op’ et donc metteur en scène : il a pour ainsi dire tout fait, ce qui lui permit d’ailleurs d’écrire plusieurs guides sur le guerilla filmmaking – laisse supposer que la vraie force créatrice derrière le projet Cryptz, c’est lui et pas un autre. Un rapide zieutage au générique de fin nous conforte d’ailleurs dans cette idée. Ce ne sera d’ailleurs pas une bonne nouvelle pour beaucoup de monde, Draven étant fréquemment perçu comme l’un des moins bons snipers de l’armée Band. Son Death Bed, jadis sorti chez nous chez les illustres Neo Publishing, ne s’attira pas que des compliments et fut souvent pointé d’un doigt inquisiteur. Sur Toxic Crypt nous étions loin d’avoir détesté, même si nous ne passerions pas non plus une nuit entière sur le matelas hanté du poto Danny. Le constat est peu ou prou le même pour son Cryptz : on a beau se rendre compte que l’ensemble ne tient jamais la route et se trouve même carrément pourrave aux entournures, on se plaît plutôt bien devant cette 4863ème version chaudasse du mythe vampirique. So bad it’s good style !

 

Skwair, le héros, se lève péniblement au lever du soleil (15h pour lui).

Fuzzy et Likrish, des intelligences nées… mais qui ne se sont pas dévellopées.

 

Sous sa couette, dans laquelle il végète chaque jour jusqu’au milieu de l’aprem, le rappeur à la petite semaine Timez Skwair (rires) rêve de devenir le nouveau Tupac. Ce n’est bien évidemment pas en se prélassant dans son caleçon de l’avant-veille et en traînant en rue avec ses deux potes Fuzzy Down et Likrish qu’il parviendra à se faire une place au sommet des charts, et pour l’heure il doit plus composer avec les engueulades d’une mère en colère que les gémissements de groupies prêtes à lui envoyer leurs petites culottes. C’est que la daronne commence à en avoir ras la casquette de devoir se charger des factures de son grand gamin approchant de la trentaine… La traque d’un vrai job dans les petites annonces devra néanmoins attendre, Skwair partant plutôt à la recherche de quelque-chose de plus excitant : la bombasse Stesha, flanquée d’un haut particulièrement moulant peinant à contenir son imposante poitrine et sur lequel est écrit le mot « Cryptz ». Un club privé où elle trémousse son popotin explique-t-elle avant de pincer la joue d’un Skwair dont le calbard est à deux doigt d’imploser, avant de quitter le trio d’excités du slip. C’est décidé, ils doivent la revoir, Skwair étant persuadé qu’il vient de croiser la femme de sa vie. N’ayant aucune idée d’où peut bien se trouver ce fameux lieu de débauche qu’est le Cryptz, ils dégainent leur combiné pour demander conseil à Truck (Andre McCoy, surtout connu pour ses talents de cascadeur sur des grosses machines comme Matrix ou Mortal Kombat), sorte de Monsieur Je-sais-tout branché occulte et connaissant, on le suppose, tous les recoins de leur banlieue. Mauvaise idée selon lui que de suivre la trace de Tesha, le Cryptz étant l’antre du Démon, et si Skwair a eu un contact physique avec celle que l’on suppose être une diablotine, il ferait bien de s’attacher à son lit… Notre héros et ses amis n’en croient bien évidemment pas un mot et le malheur arrive : la joue de Skwair le brûle méchamment, et comme téléguidé malgré lui, il se retrouve avec Likrish et Fuzzy devant la boîte de nuit, dans laquelle ils s’engouffrent…

 

Au Cryptz, il n’est pas interdit de toucher.

 

C’est pas qu’on tienne à vous spoiler – il n’y a de toute façon aucun twist à gâcher dans ce Cryptz prévisible comme pas deux – mais dès que nos gangstas des bacs à sable auront mis la basket dans ce strip-club (en fait une sorte de sous-sol abandonné, si ça se trouve la cave de Danny Draven), ils seront tombés dans les filets de succubes pilotées par une vampire vaudou misant sur les bas instincts des ados locaux pour grossir son armada de goules. Et c’est parti pour l’habituel tour de piste de la Série Z vaguement coquine (quatre boobs à l’écran, ce qui fait moins que dans Les Bronzés !), où les uns et les autres vont galoper dans des couloirs mal éclairés, seulement décorés de crânes, fémurs et colonnes vertébrales en plastoc, en tentant de repousser des vilaines aux dents longues qui font rien que d’extirper des chipolatas pleine de ketchup de leurs nombrils. Tel un Blade du pauvre, le vaillant Truck se glissera discrètement sur les lieux pour y distribuer coups de coudes et balayettes au fil de combats mous comme un match de MMA entre un limaçon et une courgette. Pas très gore, muni d’un scénar’ laissant en suspens bien des questions (ya toute une intrigue avec l’un des tatouages de Skwair, mais personne n’en a rien à foutre), fesse-mathieu (c’est le cas de le dire) lorsqu’il s’agit de délester les nanas de leur laine et visuellement à peine plus attirant qu’une compilation de vidéos webcams sponsorisées par Pornhub – c’est une zédérie du début des années 2000, donc shootée dans un DV pas loin de transformer l’ensemble en du pixel art qui pourrait tourner sur votre Gameboy AdvanceCrypz est loin de vendre du rêve et n’est pas plus efficace comme splatter flick que comme aide à la branlette. Où se trouve son intérêt, dès lors ? Dans la comédie qu’il représente pardi, Draven et ses cousins débilos d’Ice Cube faisant tomber l’ensemble dans la farce, plus ou moins volontaire.

 

Encore une qui n’a rien capté au principe du pole dance.

 

Nous ne sommes par exemple par certains qu’il soit voulu, le charisme de boîte de conserve de Skwair, pas plus que le cabotinage insensé de Fuzzy et Likrish, grands gagnants au concours de grimaces, Likrish passant la première moitié du film à tirer la langue comme le clebs de Tex Avery. Par contre, il paraît clair que Draven cherche à apporter une dimension comique aux interactions entre nos trois rappeurs du dimanche, tant ceux-ci passent le plus clair de leur temps à se traiter de bitches, de little pussy et de motherfucker, le tout en se collant des claques toutes les dix secondes. De quoi rapprocher Cryptz d’un épisode des Three Stooges, et par la même occasion l’éloigner du Boyz N the Hood un temps ciblé et finalement parodié. Que le ridicule de la situation soit conscient ou pas, force est de constater que l’on se plaît bien avec nos trois starlettes des parkings, acteurs absolument catastrophiques mais personnages dynamiques et finalement très drôles, surtout lorsque leur carapaces de gros durs se fissurent et qu’ils hurlent comme des gamines de cinq ans auxquelles on aurait volé le cartable. Ils font en tout cas oublier que les vampires ladies et autres voodoo sluts sont globalement inefficaces tant elles tombent dans le cliché de la chatte en chaleur pestant et fronçant les sourcils à l’approche de leur proie. Charisme zéro en la matière, mais ce n’est pas bien grave, Cryptz retombant malgré tout sur ses pattes et devenant l’une des pelloches les plus appréciables du catalogue Full Moon, même si c’est parfois à ses dépens.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Danny Draven
  • Scénario : Scott Phillips
  • Production : Danny Draven, Charles Band
  • Pays: USA
  • Acteurs: Choice Skinner, Rick Irvin, Dennis Waller, Andre McCoy
  • Année:  2002

 

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