Pénitencier de Femmes

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Lorsque Bruno Mattei, éternel sculpteur de Robowar et Virus Cannibale, s’en prend au genre du WIP (pour Women In Prison, évidemment), ce n’est bien évidemment pas pour offrir un week-end en thalasso à la culte Laura Gemser. Pas de massages relaxants, de serviettes chaudes sur le front ou de bains à bulles ici, mais des matelas miteux, des coups de matraques dans les côtes, des geôles occupées par les rats et des catfights dans la merde. Mattei style !

 

 

Ah ces Italiens, faut toujours qu’ils en rajoutent ! Et lorsqu’ils s’attaquent à un sous-genre déjà sulfureux comme le WIP, par définition marchand de tortures faites à ces dames dans des zonzons dégueulasses et localisées dans des pays où l’on se torche avec les droits de l’homme, c’est bien évidemment pour le pousser dans ses derniers retranchements. C’est comme de juste le touche-à-tout de l’exploitation crapoteuse Bruno Mattei qui s’y colle, et plutôt deux fois qu’une puisqu’il tourna back-to-back le présent Pénitencier de Femmes (1982) et Révolte au Pénitencier des Filles (1983), dès lors garnis des mêmes décors et des mêmes comédiens. Des films jumeaux avançant main dans la main lorsqu’il s’agit de faire passer les pelloches produites par Roger Corman quelques années auparavant pour de banals séjours au Club Med. Ca ne riait pourtant pas à gorge déployées en zoukant sur du Franky Vincent dans les généralement glauques The Big Bird Cage, Femmes en Cage et The Big Doll House, mais la gouaille de cette vieille baderne de Sid Haig et quelques pincées de second degré lâchées ça et là permettaient de respirer entre deux séances de sadisme. Bruno Mattei, lui, n’a pas l’intention de vous laisser souffler, et son Pénitencier de Femmes, il le souhaite aussi extrême que faire se peut, dynamitant le genre après l’avoir noyé dans la crasse. Dans son gnouf, on se roule dans le caca, on vomi de la mélasse jaunâtre, on laisse les rats nous becter les guibolles et les cafards remplacent les ordinaires chatons et chiots comme animaux de compagnie. On vous réserve une cellule ?

 

 

Il y a de grandes chances que certains se laissent tenter si cela peut leur permettre de se faire voisins de Laura Gemser, l’immortelle Black Emanuelle reprenant son rôle… ben d’Emanuelle (selon les versions, elle est aussi parfois nommée Laura Kendall), reporter de charme enquêtant pour Amnesty International sur les agissements réputés sanglants des directrices d’une taule dont personne n’est jamais ressorti en un seul morceau. Courageuse, la miss se fait donc prisonnière, prétextant qu’elle aurait tué un maquereau après une sombre histoire de trafic de drogue, devenant un numéro parmi les autres dans la prison broyeuse d’âmes que gèrent les froides Lorraine de Selle (Cannibal Ferox, La Maison au Fond du Parc), dirlo des lieux, et la brune au regard gelé Franca Stoppi (L’Autre Enfer, Blue Holocaust). Un séjour qui ne sera pas de tout repos, à plus forte raison lorsque les gardiennes découvriront que la Gemser s’est mise derrière les barreaux pour faire un papier à charge sur leur compte… Heureusement que traîne dans le coin le Docteur Moran (Gabriele Tinti, époux de Laura Gemser dans la vraie vie, et acteur bisseux à mort vu à ses côtés dans Le Gladiateur du Futur, Caligula, la véritable histoire et on en passe), brave gars enfermé pour avoir euthanasié sa femme malade et réquisitionné comme infirmier dans l’aile réservée aux prisonnières. Avec son aide, Emanuelle peut éventuellement espérer embrasser à nouveau sa liberté… Du très classique lorsque l’on parle de WIP, thématique se reposant encore et toujours sur la même structure scénaristique, et dont les passages obligés se retrouvent fatalement d’une Série B à l’autre. Les matonnes frappant durement, les nuits glaciales en isolement, la vermine s’infiltrant sous les couettes, la détenue violente et de mèche avec la directrice, les viols et tortures commis par de soi-disant représentants de la loi, et l’obligatoire évasion du dernier acte. Tout est là, bien à sa place, mais Mattei ne va pas se contenter de réciter une leçon apprise par coeur, et nourrit plutôt son Violence in a Women’s Prison aux anabolisants.

 

 

Comme il a encore moins de thunes que les vaillants soldats que Corman envoyait aux Phillipines, et ne peut se permettre de faire sauter des cabanons de paille comme ses confrères américains, le réalisateur de Cruel Jaws met le paquet dans le cracra et enfonce la tête de son audience dans la cuvette des WC. Jamais lavée la cuvette, sinon c’est pas rigolo. Volontiers obscène, ravi de patauger dans la fange, Mattei n’y réfléchit pas à deux fois lorsqu’il fait porter à Gemser une jarre dans laquelle plusieurs détenues ont fait la grosse commission. Et c’est en toute logique qu’elle la renverse sur deux surveillantes un peu trop brutales à son goût, un combat de catch féminin s’en suivant avec pour tout ring les crottes de tout l’immeuble. Et le tout sous le regard lubrique de Franca Stoppi, pas pressée d’interrompre la bataille. Pénitencier de Femmes cogne déjà dur, et ne se permettra jamais vraiment de ramollir, une séquence malsaine ou lugubre se plaquant sur les écrans toutes les cinq minutes au moins. Ici des rongeurs vont griffer et mordre les gambettes de Laura, avant de lui tresser des nattes en tombant dans sa crinière. Là, les gardiennes invitent une internée à forte poitrine pour la caresser, avant de la tabasser dans une hystérie explosive. Des coups de feu seront tirés, des cuillers seront plantées dans des omoplates, tandis que Gemser, décidément pas au bout de ses peines, sera placée sous une cloche dans laquelle plusieurs tortionnaires frapperont encore et encore, histoire d’être certaines que ça résonne bien dans la caboche de la pauvre héroïne. Le summum du sordide ? Probablement cette visite dans la cour réservée aux détenus hommes, que l’une des demoiselles enfermées chauffe du haut de sa fenêtre, agitant sa poitrine laiteuse sous les yeux de primates qui mordraient volontiers dedans, et à pleines dents. Arrive alors un taulard homosexuel, vexé que ses compagnons l’oublient si vite, et qui se met à les ensevelir de reproches (« Je ne vous satisfais donc pas assez ? »). Il n’aura pas la réaction espérée puisqu’ils se jetteront sur lui et, nous dit-on, lui enfonceront une matraque dans la porte de service, le pauvre blondinet rendant l’âme, bafouée, dans l’infirmerie quelques instants plus tard. On ne voit certes pas cette pénétration forcée, mais l’idée est assez folle et brutale pour faire son petit effet…

 

 

On ne jouera pas les surpris face à l’aspect très fonctionnel de Violenza in un carcere femminile : Mattei, quoique l’on puisse dire de son art, s’assurant toujours que le rythme ne faiblit jamais, que tout soit aisément compréhensible (même si un montage abrupte n’aide pas toujours : lorsque Gemser et Tinti bavassent et qu’une fille ouvre une porte, on suppose qu’elle les rejoint. Elle se trouve en vérité dans une autre pièce) et que le public en ait pour son argent. Mieux, il se permet quelques belles idées visuelles, tel l’apparition en ombre chinoise de la directrice derrière des vitraux multicolores. On penserait presque à Suspiria, tiens ! Bon, on n’est pas non plus dans du Argento de la grande époque, et nous ne vous ferons pas l’affront de vous présenter Pénitencier de Femmes comme un sans-faute, quelques carences se faisant sentir ici et là. Si la bande-son est en majorité très belle, elle devient ridicule lorsque les rats s’attaquent à l’amie Laura, devenant une ritournelle bontempi constituée de trois notes maximum, aussi répétitive et vilaine que le plus mauvais des score d’un jeu Atari. On regrettera également un petit essoufflement lors du dernier acte, la fuite de Gemser et Tinti n’étant pas des plus affolantes, et des seconds rôles trop peu dessinés pour que l’on s’offusque des sévices qui leur sont infligés. Rien d’extrêmement gênant, le bon l’emportant souvent sur le mauvais chez Mattei, garnement dont les vilains tours marchent à presque tous les coups. C’est le cas ici, et c’est sans trop tarder que nous donnerons sa chance au frère siamois de Pénitencier de Femmes qu’est Révolte au Pénitencier de Filles.

Rigs Mordo

 

 

 

Réalisation : Bruno Mattei
Scénario : Claudio Fragasso, Ambrogio Molteni
Titre original : Violenza in un carcere femminile
Pays: Italie, France
Acteurs: Laura Gemser, Gabriele Tinti, Franca Stoppi, Lorraine de Selle
Année: 1982

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