B-Movie Posters – Ces Incroyables Films qu’on ne verra jamais

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A peine avons-nous refermé les deux volumes précédents de sa collection B-Movie Posters, le numéro 3 et un Creature Feature branché bestioles nucléaires, que l’infatigable Damien Granger revient déjà se décharger dans nos boîtes aux lettres. Et le bougre frappe une nouvelle fois très fort avec un Ces Incroyables Films qu’on ne verra jamais, véritable Guide Michelin du purgatoire où finirent les projets avortés.

 

 

A bien y regarder, Mister Granger suit une trajectoire on ne peut plus logique : après avoir consacré trois tomes aux plus beaux flyers de Séries B ou Z que peu de fantasticophiles français feront l’effort de visionner (combien d’entre nous irons zieuter ce qu’il se trame du côté de Dr. Chopper ou Amityville Death House ?), il s’attaque désormais aux pelloches que personne ne verra jamais. Et pour cause, celles-ci étant coincées dans les limbes, Damien ne s’attardant cette fois que sur les projets morts-nés, abandonnés en cours de route faute de flouze, d’intérêt de la part des potentiels acheteurs ou distributeurs, ou tout simplement parce que leurs producteurs étaient de fieffés galopins auxquels la profession préféra tourner le dos. Des productions restées à l’état de belles promesses, et donc de flyers pensés pour attirer l’oeil aux différents marchés du film, et désormais source d’une intense frustration. Car on peste plus d’une fois à la lecture de Ces Incroyables Films qu’on ne verra jamais, nombreux étant les B-Movies ici présentés auxquels on aurait bien donné leur chance. On pense bien évidemment au prometteur Prison Planet de l’ami Jim Wynorski – vous savez que nous avons une tendresse particulière pour le bonhomme par chez nous -, à ce bandant Alien Naked Massacre localisé dans un camp de nudiste (quelle belle idée!), à un Night Falls dont l’artwork vend plutôt du rêve, même mauvais, au The 13th Apostle de John Carpenter, annulé par des assureurs ne misant plus sur un Big John affaibli par une maladie de peau, au fameux House of Re-Animator (mais avec un flyer aussi moche, le financement semblait perdu d’avance), l’intéressant The Innocents de Wes Craven ou encore à Drone, projet sans suite du neveu de David Cronenberg, dont le seul nom ne suffit pas à lancer efficacement la machine.

 

 

Si fureter dans ce cimetière des bandes d’exploitation et laisser nos doigts frôler leurs pierres tombales est de ces plaisirs habituels lorsque l’on parle de B-Movie Posters – profiter de la maquette sans défauts de Matt Nédey, le p’tit bonhomme derrière le zine Cathodic Overdose, en est un autre -, Ces Incroyables Films… passionne surtout lorsque Damien dresse quelques portraits de figures plus ou moins emblématiques (selon de qui on parle) du low budget. On retrouve bien sûr quelques visages connus, comme l’indécrottable Charles Band, dont les projets avortés semblaient plus sympathiques que ceux finalement portés à l’écran, ou ce vieux filou de David Sterling, présenté ici comme un petit plagieur des succès du rayon jeux vidéos. Voir ce Assassins of War piquant clairement son swag à la franchise Assassin’s Creed, tout en se réclamant dans l’accroche de Call of Duty : Ghosts, probablement de sortie à cette époque. Du grand n’imp’ tant les jeux visés n’ont que peu en commun… Et du grand Sterling que l’affiche du visiblement très dingue Thor vs Hercules, dans lequel le colosse grec envoie des rayons laser avec les yeux, s’est collé un pentagramme sur le front, et se retrouve avec une croix gammée sur la poitrine et des tatouages tribaux de vilain hipster. On aurait payé cher pour voir ça, même si on rit sous cape en voyant que le bon David promettait des films en 4K, alors que la plupart de ses productions ont la gueule de conversation Skype entre une Vietnamienne et un Tibétain. On perd néanmoins notre sourire lorsque vient le cas Kenneth J. Hall, sympathique et talentueux gaillard (on vous renvoie vers notre chro de son modèle de Série B qu’est The Halfway House pour vous convaincre) sur lequel le sort s’acharna plus d’une fois. D’abord lorsque le vilain Band et le pas gentil Schmoeller lui prirent tout crédit sur le script du premier Puppet Master, ensuite lorsque les films qu’il pensait faire dans les années 2000 tombèrent tous à la flotte. Dommage, car on aurait bien misé quelques sous sur Preggers ou Spider People par exemple, la volonté de piocher dans un spirit à l’ancienne en lui ajoutant les attributs sexy et gore bien de l’époque promettant de vrais bons moments. Dommage que ce talent souvent caché, mais réel, du genre ait baissé les bras depuis…

 

 

D’autres figures attachantes surnagent évidemment, mais l’on retiendra surtout de ce nouveau B-Movie Posters les portraits peu flatteurs que Damien nous faits de certains artisans et nababs peu scrupuleux. Comme le roublard so british Richard Driscoll, passé par la case prison pour avoir fraudé le fisc, et qui ne se prive pas de s’inventer des apparitions invérifiables dans des grosses machines Hollywoodiennes comme Star Wars. Du genre à chercher la merde le Driscoll, surtout lorsqu’il attaque le marché avec des Harry and the Wizard ou un Legend of the Rings faisant de l’oeil, et même carrément du pied, à un petit sorcier bigleux et aux elfes de Tolkien. Pas bien meilleur, pour ne pas dire largement pire, le vil David Dadon, menteur pathologique prétendant être proche des plus grandes stars, et réclamant des crédits aux génériques de productions… avec lesquelles il n’a rien à voir. Fallait oser. Tout comme il faut oser ces flyers souvent hideux, celui de Justice remportant la médaille de la laideur avec son flic tirant vers le haut alors qu’il regarde vers le bas. De nombreuses pages sont également dédiées à la Cannon Films et à son ingérable gérant Menahem Golan, présenté sous un angle nettement moins amusant que ce que les différents documentaires sortis ces dernières années voulaient bien nous montrer. Aigri, agressif, le producteur du Spider-Man resté coincé dans sa toile (et dont la saga nous est ici joliment contée) n’était plus à une arnaque près, probablement influencé par un Dadon lui servant alors de bras droit. Un peu triste, mais passionnant, et un rappel bienvenu que le monde du cinoche indépendant n’est pas fait que de nymphes siliconées et de trolls en caoutchouc : c’est aussi un univers aux pieds duquel sont déposés bien des espoirs brisés et de relatives inimitiés que l’on ne soupçonnait guère (voir la partie consacrée à Yuzna et Gordon).

 

 

Ces Incroyables Films… est donc une lecture aussi indispensable qu’originale, que l’on s’intéresse ou non aux micro budgets. Alors amis de la roublardise (ah, ce Exhibition pas gêné de piquer la pochette du premier album de Children of Bodom pour se trouver un poster!) et amoureux des artworks à vous en crever les mirettes (comme toujours, la Full Moon avait de meilleurs dessinateurs que réalisateurs), vous savez quel ouvrage poser aux pieds de votre épicéa cette année !

Rigs Mordo

 

 

 

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