Demon Resurrection

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Dans la famille « un film et puis s’en va », l’Américain William Hopkins fait plutôt partie de ceux que l’on aurait aimé voir perdurer encore un peu, son Demon Resurrection entamé en 2003 mais sorti cinq ans plus tard étant particulièrement charmant. A son menu, un culte lovecraftien, des revenants osseux et un bébé démon qui en veut à vos tétons !

 

 

Si les différents services de streaming sont souvent perçus comme la bête noire à abattre d’un coup de chevrotine par les fidèles du support physique, les metteurs en scène désargentés et ne bénéficiant pas d’une distribution digne de ce nom ont plutôt tendance à les considérer comme leurs sauveurs. Il en est ainsi pour William Hopkins qui, à l’occasion des 15 ans du tournage de son seul et unique long-métrage, n’hésite pas à assurer que le visionnage en ligne a sauvé son Demon Resurrection de l’oubli : «  Alors que le tournage fut une expérience formidable, le film en lui-même ne fut pas un grand succès commercial lors de sa sortie initiale. Il est arrivé sur le marché au moment où le marché de la vidéo domestique commençait à changer, les vidéoclubs se mettaient à fermer et la demande pour des films à petit budget, tournés en vidéo – surtout ceux shootés au format standard – a commencé à décliner. Mais lorsque les services de streaming sont devenus importants, Demon Resurrection, qui a alors bénéficié d’un transfert HD, a décollé et continue de prospérer sur la toile aujourd’hui encore, atteignant une plus large audience, mondiale qui plus est. Et tous les signes nous laissent croire que cette audience va continuer à s’élargir. » Les centaines de pages aux classements alphabétiques des tout aussi nombreux services en ligne seraient-elles le pendant moderne des vidéoclubs d’antan, connus pour leurs vertus égalitaires puisque les plus petits shot-on-video façon Splatter Farm ou Blood Lake pouvaient fort bien frôler de plus grosses machines comme Vendredi 13 ou Les Griffes de la Nuit ? Une devanture harponnant l’oeil à grands coups de désaxés jonglant avec des hachoirs ou des envahisseurs promettant milles et une atrocités et le tour était joué. A ce petit jeu, Demon Resurrection sait d’ailleurs se faire remarquer, son affiche mettant en avant des squelettes verdâtres, une demoiselle dévêtue attachée à un arbre, un héros que l’on suppose badass portant le marcel et un méphistophélique gourou, probablement pas à la tête d’une banale secte s’en tenant à l’arnaque des veuves et autres personnes au moral fragile. On est pas chez les témoins de Jéhovah, non mais ! Et à ce culte démoniaque, nous ouvrons grand notre porte.

 

 

Tout débute à la manière de l’excellent remake d’Evil Dead proposé par Fede Alvarez en 2013 : inquiets pour la santé de la blonde Grace qu’ils pensent devenue une sinistre junkie, ses amis se réunissent dans la maison isolée de son petit-ami John, expert en sciences occultes. Et le démonologue de leur apprendre que Grace est on ne peut plus clean, et que si elle semble fébrile, c’est parce qu’elle fut approchée par une église satanique, menée par un certain Toth, ancêtre du genre à savoir ce qu’il veut dans la vie. Ainsi, à peine la jeune fille arrivée dans ses rangs, le prêtre du Mal organise un petit pique-nique où ça va peu piquer mais beaucoup niquer, Grace étant faite prisonnière non loin d’un puits dont sort une entité verdâtre venue la prendre par derrière. Elle vient de se faire engrosser par Bouffe-Tout, pour aller vite, et le bon John décida de la protéger d’un Toth qu’il suppose pressé de récupérer la jeune maman, et surtout le poupin cornu qu’elle risque de mettre au monde. Le gourou s’active effectivement : non loin de la demeure où tout ce beau monde s’est réuni, lui et son homme de main (le chauve au regard perçant Joe Zaso, vu dans les zéderies teutones que sont Nikos The Impaler et Barricade) déterrent d’anciens membres de sa chapelle, pendus plus d’une centaine d’années auparavant. Et l’armée des morts d’être envoyée récupérer Grace et son gros bidon, quitte à devoir éventrer tous ceux qui se dresseront sur son chemin…

 

 

Hopkins serait un fin connaisseur de l’épouvante venue du vieux continent que cela ne nous étonnerait guère, tant son Demon Resurrection semble être un best-of à peine déguisé de ce que le cinéma bis européen avait de meilleur à offrir dans les années 70 et 80. Satanistes se réunissant dans les bois pour agresser une proie délestée de sa soie, menace aussi nocturne qu’osseuse tentant de s’infiltrer dans une maison pleine à craquer de citadins ne comprenant pas quel maléfice leur est tombé sur le groin, séquences gorasses lors desquelles de squelettiques phalanges plongent dans les entrailles fumantes de vivants qui ne le seront bientôt plus, livres antiques transmettant de générations en générations d’impossibles incantations, à côté desquelles sont dessinées des créatures voisines des Dagon et autres Cthulhu… Howard Phillips es-tu là ? Oui, il est là, avec les Templiers Zombies d’Amando de Ossorio, des séquences où les chipolatas sont de sorties comme au bon vieux temps de Lucio Fulci et un décorum de maison isolée faisant face à la forêt et dos à la mer sur lequel n’aurait craché aucun réalisateur italien de la grande époque. Diantre, on pense même très fort au sous-estimé Le Manoir de la Terreur en voyant ces zombies de mauvais poil (ils n’en ont pourtant plus un seul) faire le siège d’une demeure ancienne, où la pierre règne en maître. Un sentiment renforcé lorsque Grace accouche enfin du très vilain polichinelle jusque-là planqué dans son tiroir, lors d’une scène plutôt graphique (on croirait voir un véritable accouchement lors de certains plans), et que le poupin mi-crevette mi-Lucifer décide de sauter sur la poitrine de la doctoresse venue en renfort pour lui arracher un morceau de sein. Des clins d’oeil plutôt plaisants venus renforcer l’idée que l’ami Hopkins, son exploitation il l’aime avec une large dose de bolognaise… Reste que si le bonhomme cite sans honte ses maîtres, il ne fait pas de Demon Resurrection une vaine entreprise de repompe, son zombie-flick se parant d’une dimension psychologique plutôt bienvenue (Toth, avant de lâcher sa meute de morts, tente d’intimider et manipuler John et ses compagnons) et d’un retournement de situation que l’on n’avait pas vu venir et plutôt bienvenu.

 

 

On a d’ailleurs peu a reprocher à l’effort ici fait, car si ce n’est une première moitié un peu trop longue et ne présentant pas assez efficacement les seconds rôles, voire une scène de fesse assez peu nécessaire (on la mettra sur l’envie de taper dans l’exploitation pure), Demon Resurrection réjouit plus qu’il ne frustre. A condition bien sûr d’avoir un amour certain pour les petits budgets où les acteurs n’en sont pas véritablement, et de pouvoir faire l’impasse sur certains effets visuels largement perfectibles. N’empêche que dans le genre rétro, on a rarement vu un DTV, américain qui plus est, ressusciter aussi efficacement le bis made in Europa. Rien que pour ça, ce défilé de crânes vénérant les enfers vaut le détour.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Hopkins
  • Scénario : William Hopkins
  • Production : Frank Cilla
  • Pays: USA
  • Acteurs: Damian Ladd, Alexis Golightly, Will McDonald, Bashir Solebo
  • Année:  2008

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