Snuff

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Jadis perçu comme l’une des bandes d’exploitation les plus sulfureuses de son époque, Snuff (1975) est désormais pris pour ce qu’il est réellement : un petit film grindhouse de rien du tout, chiant au possible, à la soi-disant partie « snuff » pas plus crédible que du H.G. Lewis en petite forme, et dont le seul réel mérite aura été de prouver qu’il n’y a pas que des fins limiers à Scotland Yard.

 

 

Le cinéma jugé comme extrême aujourd’hui ne le sera plus demain, et celui d’hier passe déjà pour de sages contes de fées tout juste bon à émouvoir quelques têtes blondes. Ayant soufflé ses quarante bougies il y a quelques années déjà, et depuis longtemps dépassé par les Nekromantik et compagnie – ne parlons même pas des Human Centipede et autres A Serbian Film -, Snuff ne vaut de nos jours guère plus qu’un épisode de Bob le Bricoleur. Plutôt ironique lorsque l’on prend le temps de réfléchir ne serait-ce qu’un quart de seconde au titre de cette Série B tanguant dangereusement vers le Z, mais dont les prémices n’étaient cependant pas placées sous le signe du snuff movie. D’abord tourné en 1971 par le clan Findlay (Michael et Roberta, cette dernière continuant une carrière en solo après la mort affreuse de son époux, découpé par les pâles d’un hélicoptère ; elle nous proposera entre autres Game of Survival et Blood Sisters) sous le nom The Slaughter, la présente bobine faisait tout de même sien un sujet glissant en imaginant le petit culte entourant Satan, beau brun entouré de jeunes et jolies mamzelles, qu’il envoie liquider quelques gêneurs et vieillards sans défense, avant de s’en prendre à une femme enceinte, actrice en couple avec un gosse de riche. Charles Manson es-tu là ? C’est qu’ils avaient du flair chez les Findlay, et avaient probablement pensé que surfer sur la panique créée par le gourou halluciné seraient l’assurance d’assister à une giboulée de billets verts sur leur compte en banque. Raté pour le coup : si The Slaughter atteignit un jour les écrans, ce fut en catimini et donc sans se faire remarquer. Si ce n’est de l’indépendant Allan Shackleton, dont les productions oscillent entre les extra-terrestres femelles crachant de l’acide sur de pauvres types et les étudiantes sexuellement hyperactives, qui rachète The Slaughter… et le laisse pourrir dans un tiroir quatre années durant. Le salut du film ? Un article sur lequel tombe Shackleton et revenant sur la légende urbaine des snuff movies, là encore reliée à l’affaire Manson puisqu’il se murmure que ses oies filmaient leurs crimes pour se les repasser ensuite lors de saines soirées pop-corn. Et le brave Allan de ressortir The Slaughter de son purgatoire, décidant de lui ajouter une scène finale profitant de l’actualité et de l’effroi suscité par ces vidéos amateures sanglantes. On nomme le machin Snuff, on engage quelques faux manifestants pour qu’ils fassent du grabuge devant les cinémas, permettant à l’affaire de se payer une petite publicité pour pas un rond, et l’affaire est dans le sac. Et la daube dans nos magnétos…

 

 

C’est on the road que débute l’histoire, alors que trois jeunes femmes chevauchent leurs deux roues pour retrouver l’une des leurs, camée jusqu’aux os et coupable de ne pas partager sa poudreuse. En fuite, elle sera paralysée par une bastos bien placée dans l’épaule, dans l’attente qu’arrive le chef de tout ce beau monde, un dénommé Satan (tant qu’à faire…) qui ordonne une punition mémorable pour la désobéissante, dont l’orteil recevra la dure morsure du couteau de chasse. Cris et pleurs de la part de la junkie ainsi suppliciée ? Que nenni, la demoiselle se met à pousser de faibles râles laissant au contraire supposer qu’elle atteint l’orgasme ! Ca commence fort. Et nous nous sentons immédiatement de retours dans les cinémas de quartier sentant la vieille moutarde et le foutre, 42nd street style, The Slaughter, avec sa bande-son jazzy (un peu de freestyle, un peu de percussions façon « Bébé tape sur un baril avec sa cuiller en plastique », beaucoup de bonne humeur) et sa pellicule abîmée, symbolisant dès son entame l’exploitation des années 70. Des droguées montées sur bécane, un Satan à l’origine d’une petite secte seulement composée de jolies poupées souvent à oilpé, de la torture avec en guise d’hémoglobine de la gouache bien épaisse… Pas mal pour un départ, tout de même. Malheureusement, l’excitomètre chute dès la séquence suivante : certes, un type se fait poinçonner dans les toilettes d’un aéroport, sans trop que l’on sache pourquoi d’ailleurs, mais on s’emmerde sec durant les présentations avec l’héroïne Terry London, comédienne venue en Amérique du Sud pour faire plaisir à son producteur/réalisateur/amant Max Marsh. Et c’est parti pour vingt-cinq minutes de rien du tout, The Slaughter devenant alors une promotion déguisée de l’Argentine, louant ses belles piscines, son ciel ensoleillé, son carnaval endiablé et ses beautés en bikini. On perd le goût du sang pour se noyer dans le jus à la mangue tandis que Terry retrouve un vieux copain, le beau gosse Horst, fils à papa passant quelques vacances loin de son Allemagne natale. Evidemment, Terry ne peut résister bien longtemps aux charmes des retrouvailles, et finit sous la couette avec son ami, tandis que Marsh se fait suriner par l’une des sbires de Satan.

 

 

Pourquoi donc, au fait ? Ben pour une raison qui nous échappe – et que les Findlay résumeraient probablement par un sec « Faut bien que ça ressemble un peu à l’histoire de Manson » – Satan veut que Terry tombe enceinte du beau Horst, pour ensuite les sacrifier elle et son bébé. Pourquoi elle précisément ? Pourquoi Horst ? Allez savoir. Reste que pour le moment tout se passe plutôt bien : Terry vit le parfait amour et n’a même plus à se soucier de Marsh, un petit copain mort étant un petit copain incapable de vous reprocher vos écarts de conduite. Et tant pis si le film est annulé, Horst a bien assez de pognon pour que le champagne continue de couler à flots. Horst qui ne fout pas grand-chose de sa vie et avoue sans détours que le fric de son père est aussi le sien. Est-ce à dire que ce qui appartient à Horst est aussi à son daron ? On peut se poser la question puisqu’en dernière bobine Terry se retrouvera dans le lit de son beau-papa (avec celui-ci dedans, sinon on ne s’en offusquerait pas tant) sans que plus d’explications nous soient données. A ce stade, on ne cherche plus à comprendre. Tout comme on ne cherche pas à savoir pourquoi les Findlay décident de miser sur un débat politique des plus soudains, Terry trouvant déplacé que le père de Horst vende des armes aux Arabes pour qu’ils aillent faire la guerre aux Juifs, lui qui est tout de même un Allemand. Terrain glissant en vue, et Frédéric Taddeï sortirait d’un placard pour compter les points que ça ne nous étonnerait guère. Pendant ce temps-là, ça se marre bien chez Satan : quand ça ne se tripote pas dans des fleuves, ça file à l’épicerie pour y tourmenter le papy à la caisse, que l’on achèvera d’un coup de feu. Le même servant à liquider une vieille femme et sa pauvre fille, bien malheureuses d’avoir décidé d’aller acheter une barquette d’oeufs ce jour-là… Vous avez toujours pensé qu’un mariage entre Tueurs Nés et Drôles de Dames était impossible ? Les Findlay ont sorti leur soutane et l’ont célébré, eux.

 

 

N’allez cependant pas croire que l’on s’amuse devant The Slaughter : si ce n’est quelques lancers de couteau entre des omoplates par-ci par-là, il ne se passe pas grand-chose sous les nuages argentins, et même la triste histoire de l’une des esclaves de Satan ne parviendra pas à nous soulever un cil. La pauvre souffrit pourtant d’un papa alcoolique, fut violée à plusieurs reprises par un fermier, qui trancha les mains de son fainéant de père, et la martyre dût attendre que son frère grandisse pour qu’il puisse étrangler le sinistre paysan. Bien tenté, mais on s’en branle carrément, à moitié assoupis que nous sommes par le vide absolu que nous fixons depuis maintenant une bonne heure. Heureusement, la fin approche, et celle de Terry par la même occasion, les envoyées de Satan déboulant pour suriner tous ses proches et envoyer dans la géhenne le bébé qu’elle porte (à noter, parce qu’il est bon de rire, qu’elle découvrit qu’elle attendait famille quelques heures à peine après avoir écarté les jambes pour y accueillir Horst : on ne perd pas de temps dans The Slaughter, si ce n’est le vôtre). Et alors que la lame transperce le ventre de l’ex-future maman, dont le cri bourré d’échos est peut-être le moment le plus cool de tout le film, un « Allez coupez, ça va comme ça ! » retentit. La caméra fait quelques pas en arrière, nous découvrons une équipe de tournage en train de remballer. The Slaughter se termine (enfin) et Snuff débute… alors qu’il ne reste que six petites minutes au compteur. Nous saurons nous en contenter, et il n’y a de toute façon pas grand-chose à voir : une fois son travail bouclé, le réalisateur considère que la fête peut enfin commencer et entreprend de plaquer une blonde sur un matelas, lui coupant d’abord un doigt, puis la main avant de l’éventrer. Du 2000 Maniacs pur et dur, parce que le principe est repris, mais aussi parce que les effets gore sont à peu près aussi crédibles que ceux du père Lewis, avec en bonus un mecton jouant très mal en train d’extirper du bide de sa victime de la bidoche, le tout en hurlant comme un possédé.

 

 

Emmerdant à en crever lors de sa première heure, impossible à prendre au sérieux lors de ses ultimes instants, Snuff est surtout une preuve qu’un marketing bien pensé permettra toujours à la pire des nullités d’acquérir un statut d’oeuvre culte. Et qu’il y a tout de même de sacrés tarés sur notre planète bleue, les bien-pensants anglais du début des années 80 considérant très sérieusement que la scène finale était bien la prise de vue d’un véritable meurtre. C’est tout de même oublier un peu vite que les acteurs sont aussi crédibles qu’Elie Semoun dans le rôle de Conan le Barbare, que les décors entre la partie The Slaughter et celle de Snuff ne sont pas raccords (on voit une porte dans le dos de la meurtrière de Terry, porte qui disparaît miraculeusement ensuite) et que les entrailles de la soi-disant morte sont des restes récupérés chez un boucher, mais certainement pas des entrailles d’être humain. Et puis, qui serait assez con pour penser qu’un véritable snuff movie montrerait en gros plan le visage des coupables et serait trouvable dans tous les vidéoclubs de Londres, soigneusement rangé à côté d’E.T. et de Tootsie ? Personne, évidemment, et le fait que des policiers aient pu croire que ce qu’ils ont vu dans ce video nasty (car Snuff n’a bien évidemment pas raté sa chance de finir sur la célèbre liste) était on ne peut plus vrai est sans doute plus effrayant – et drôle à la fois – que tout ce que cette pénible bande d’exploitation a à offrir.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Findlay, Horacio Fredriksson (The Slaughter), Simon Nuchtern (Snuff)
  • Scénario : Michael Findlay
  • Production : Jack Bravman, Allan Shackleton
  • Pays: USA, Canada
  • Acteurs: Mirtha Massa, Enrique Larratelli, Aldo Mayo, Ana Carro
  • Année:  1971/1975

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