Blood Gnome

Category: Films Comments: No comments

La curiosité n’est pas un si vilain défaut, et dans le cas du réalisateur John Lechago, principalement connu pour avoir repris en main la franchise Killjoy, son attrait pour les pratiques sexuelles considérées comme « déviantes » lui permit, via Blood Gnome (2003), de livrer plus qu’un ersatz supplémentaire de Gremlins. Direction le BDSM toute, pour une version perverse mais paradoxalement glaciale des Ghoulies et compagnie !

 

 

Qu’il est parfois frustrant de naviguer dans les mers de la Série B underground : lorsque notre ligne accroche un beau Coelacanthe, poisson rare ayant survécu à la fin du crétacé, on se rend compte que la pêche du jour souffre de malformations et a les nageoires prises dans un emballage en plastique. Blood Gnome c’est un peu ça, tant le premier film de Lechago prend des airs de rubis craquelé de partout, perdant de sa superbe au fil des secondes tout en conservant néanmoins une attraction certaine. Impossible en tout cas de ne pas reconnaître les efforts consentis par un auteur également en charge du scénario, ici le livreur d’un script mieux bossé que la moyenne du genre. Tourmenté depuis la découverte des corps de sa femme et de l’amant de celle-ci, le photographe post-mortem Daniel (Vinnie Bilancio, dont la carrière de comédien débuta dans le slasher Sorority House Massacre en 86, également co-producteur de Blood Gnome) pense qu’il perd la tête lorsqu’il découvre, sur une scène de crime, des farfadets hideux. Ils existent bel et bien d’ailleurs ces petits démons, s’immisçant dans les soirées bondage pour griffer mortellement des sado-masochistes qui n’en demandaient peut-être pas tant. A l’original du mal, une dominatrice possédant dans son antre une caisse contenant une créature lovecraftienne (tentacules et belle rangée de quenottes inside), qu’elle nourrit du sang des victimes rapportées par ses gnomes sanguinaires. Belle idée que de mixer le genre du « little bastards » à l’imagerie SM, alors populaire dans les thrillers de Série B (cf. le correct Strangeland et le nettement plus intéressant Jill Kill avec Dolph Lundgren) depuis le succès d’un certain Seven. D’autant que Lechago s’en tient à son objectif premier de faire honneur à l’univers volontiers lugubre de cet érotisme à part : Blood Gnome, s’il se permet de légères touches d’humour, adopte un climat délétère et ne vire jamais à la franche rigolade.

 

 

L’ennui, c’est que si les intentions demeurent des plus louables, l’exécution laisse à désirer, la faute en premier lieu à un budget infinitésimal de 12 000 dollars (rajoutez quelques billets pour la post-production) et un tournage étalé sur douze petits jours. Si la maigre somme réunie par Lechago, par ailleurs forcé de mettre la main au porte-feuille, ne pénalise guère l’entreprise question effets spéciaux, les créatures restant très acceptables pour une production de ce calibre, l’interprétation générale souffre clairement du manque de préparation découlant d’un shooting éclair. On sent pourtant que Vinnie Bilancio croit au projet – après tout il assiste à sa production – mais ses talents limités alliés à sa ressemblance troublante avec l’humoriste Tex font que l’on peine à prendre au sérieux ce personnage du reste plutôt intéressant. Lechago nous évite en effet le beau gosse de service, ou la bimbo de garde, pour étoffer un Monsieur Tout-Le-Monde mal installé dans ses pompes depuis la perte de son épouse infidèle, et perdant pied depuis qu’il découvre que des diablotins traquent les amateurs de jeux sexuels sanglants. Dommage que Bilancio ne soit pas à la hauteur, un premier rôle plus convaincant aurait probablement permis à Blood Gnome de se hisser un peu plus haut. Et dommage encore que la demoiselle lui servant de princesse à sauver, la dominatrice Divinity (Melissa Pursley, deux films et puis c’est la combustion spontanée), ne soit pas plus charismatique, l’idylle naissante entre une gothique pratiquant le femdom et un nerd ayant justement perdu toute confiance en lui permettant, sur le papier, bien des développements. Hélas, la Miss Pursley n’est guère meilleure que Bilancio, et leur romance en reste fort logiquement au stade de la (belle) lettre morte.

 

 

Reste évidemment les bestioles, bien foutues pour un direct-to-video coincé quelque-part entre l’oeuvre de Charles Band (pour la thématique du péril touché par le nanisme) et les productions David Sterling (visuellement, c’est assez laid, comme tous les low budgets tournées en vidéo digitale au début des 2000’s). Plutôt rigolotes mais suffisamment hargneuses pour constituer une menace crédible, ces poupées de latex rappellent The Gate, tandis que la présence d’une monstruosité mi-poulpe mi-squale (à défaut de meilleure description) cachée entre six planches évoque le sketch de la bête velue du Creepshow version Romero. On a connu pires références, d’autant que celles-ci ne sont pas trop envahissantes et que l’audace érotique de Blood Gnome lui permet de se forger un caractère bien à lui. N’empêche que les défauts castrateurs déjà cités et quelques idées ridicules (Daniel discute avec les gnomes via une messagerie instantanée!) tiendront le tout-venant de fantasticophiles à l’écart du premier effort de Lechago, qui parlera forcément plus aux bouffeurs de zéderies. Ceux-ci auront de toute façon déjà été attirés par les présences combinées de Julie Strain, grande prêtresse du petit budget s’il en est, de l’ancien catcheur pro Al Burke (Killjoy 3 et suivants, Werewolf in a Women Prison), de Jeff Leroy dans un petit rôle et de Bilancio, le gazier étant, justement, un habitué du cinoche à Leroy, puisqu’il est apparu dans Creepies ou Rat Scratch Fever, en plus de certaines productions David Sterling comme le pitoyable Camp Blood ou Things 3. Pas tout à fait un casting laissant supposer une grosse machine hollywoodienne… Si l’on aime – et adore dans le cas des pelloches du copain Jeff – tout cela, force est de reconnaître que Blood Gnome avait les capacités pour aspirer à mieux, et qu’il ne mérite pas totalement de se retrouver sur la même étagère que les efforts des Brad Sykes et compagnie. Et c’est avec un arrière-goût de gâchis que l’on ressort de cette expérience en dents de scie…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Lechago
  • Scénario : John Lechago
  • Production : Zelda Q. Lin, Randy Mermell, Vinnie Bilancio
  • Pays: USA
  • Acteurs: Vinnie Bilancio, Melissa Pursley, Ri Walton, Julie Strain
  • Année:  2003

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>