Psycho Cop

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Ice-T nous chantait le cop killer, le défunt Wallace Potts (1947 – 2006) faisait pour sa part hurler la sirène d’un killer cop parti pourchasser la jeunesse américaine sur son temps livre. Toute ressemblance entre son Psycho Cop (1989) et un certain Maniac Cop sorti de son commissariat seulement une petite année auparavant serait bien sûr purement fortuite.

 

 

On use de nos plus beaux sarcasmes, mais force est de reconnaître que Potts, en dehors du principe même de son slasher portant l’insigne, ne cherche pas trop à suivre les traces laissées par Bill Lustig et son flic fou Matt Cordell. Par exemple, là où l’officier maniaque ne pipait mot durant trois films, le condé psychotique se croit dans un talk-show et enchaîne tant de vannes policières navrantes que l’on jurerait ses dialogues écrits par Patrick Bosso. « Vous avez le droit de garder le silence » alors qu’un jeunot se fait enfoncer une matraque dans la gorge (profonde, pour le coup), « Je vais devoir vous lire vos droits » alors que le killer on the loose court après ses proies, « Vous êtes en état d’arrestation » quand il dégaine son gros couteau… Vous voyez le topos, et comprendrez bien vite que niveau script et tirades, c’est pas franchement du Larry Cohen. Autre différence permettant à Psycho Cop de ne pas finir sous les verrous pour cause de plagiat trop voyant, il évite les ruelles sombres des cités crasseuses arpentées par le Maniac Cop pour mieux profiter de l’air frais de la campagne et ses forêts. Bon, il ressemble du coup aux 587 394 autres psychokiller movies sortis à la même période et liquidant du fêtard entre un saule pleureur et des chardons bleus, mais on ne peut pas tout avoir… Et certainement pas l’originalité. Tant pis, le but de Potts, également penché sur le script, est après tout de mettre de la distance entre son DTV et le classique instantané de Lustig, pas de veiller à ce que ses pénates soient installées trop loin de celles du clan Voorhees. D’où le sentiment d’assister à une pelloche déjà vieillotte avant même d’être sortie.

 

 

C’est qu’en 89, les bûcherons fêlés décorant leurs petits cabanons avec les entrailles et caboches décapitées des randonneurs commençaient peu à peu à ranger leurs haches, les Madman Marv et autres Cropsy semblant déjà des figures d’un passé lointain, les reliques du début d’une décennie touchant alors à sa fin. Et en faisant de l’officier Joe Vickers un sataniste gravant des 666 sur tous les arbres qu’il croise, quand il ne trace pas des pentagrammes au sol, Psycho Cop adopte une fois encore des références mourantes, la peur du bouquetin se prélassant dans les flammes étant nettement moins forte en 89 qu’en 81… Ca sent donc un peu le renfermé, et il faut bien admettre que le gros mangeur de Série B s’inquiète d’entrée de jeu d’avoir à nouveau dans son assiette le même vieux steak si souvent réchauffé qu’il s’en trouve désormais carbonisé. C’est bien évidemment le cas lorsque l’on se concentre sur la viande en tant que telle : on retrouve les meurtres habituels, légèrement ajustés pour pouvoir coller avec l’arsenal policier (étranglement, électrocution au taser, nana renversée en bagnole, exécution d’une balle dans la tempe), sans que le gore level crève le plafond (une hache dans un front et un coeur arraché à main nue dans la pénombre forment le summum tout relatif de Psycho Cop), des teenagers étrangement peu obsédés par la fesse ferme mais totalement dévoués au tout-puissant dieu Carapils (50 % de leurs occupations consiste à chercher de la booze), un lieu isolé où personne ne vous entendra crier, l’arrivée lors du dernier acte d’une maréchaussée ne servant à rien et le tout-venant des techniques du slasher pour faire monter la pression. Soit des plans du tueur observant ses proies à l’extérieur, d’autres dévoilant une hache menaçante dans les buissons, la pauvre fifille tentant de refermer une porte alors que Vickers la bloque de l’autre côté, des cadavres apparaissant comme par magie dans le dos de nénettes marchant à reculons, les fausses jump scares avec les mecs débarquant sans crier gare pour faire sursauter les cocottes (ce dont Potts use et abuse), bande-son qui semble tenir en deux notes… Des clichés qui ne restent jamais bien longtemps dans leur bocal de formol, ressortis par les trois-quarts des apprentis masters of horror. Et sans talent particulier dans ce cas-ci puisque Psycho Cop, malgré une photographie professionnelle garantissant qu’on y voit quelque-chose la majeure partie du temps, peine à proposer ne serait-ce que la moitié du tiers du début d’une idée visuelle.

 

 

Bref, ça craque sous la dent, on mâchouille de vieux nerfs que l’on peine à avaler et on n’est pas loin d’appeler la serveuse pour lui dire de remballer le sabot de vieille biquette qu’elle a eu l’audace de nous servir. Mais voilà, tout mauvais cuisto soit-il, Wallace Potts est un malin. Conscient que sa barbaque ne tient pas la route et manque de goût, il balance une demi-tonne de fromage fondu dessus, tel un écran de fumée lui permettant de planquer ce qu’il veut en-dessous. Sans surprise, le résultat est cheesy au-delà du raisonnable et envoie la logique se faire foutre ailleurs. Vous trouviez que la saga Vendredi 13 abusait en permettant à son Jason, pourtant pas connu pour ses qualités de sprinteur, de toujours se retrouver face à ses futures victimes ? Attendez donc de voir les capacités d’un Vickers passé maître dans l’art de la téléportation, capable d’être à la gauche d’un gamin une seconde et sur sa droite lors du plan suivant. Vous réprimiez un sourire gêné en tombant sur les sitcoms au goût lait fraisé d’AB Productions ? Croyez-le ou non, mais Hélène Rolles est une technicienne de la comédie à côté des garnements ici croisés, des débiles profonds passant tout leur week-end à chercher où ils ont bien pu foutre leur brosse à cheveux (que Vickers, mesquin comme pas deux, aurait donc piquée, juste pour emmerder son monde). Vous pensiez, bêtement, que l’on ne pouvait faire pire niveau cabotinage furieux que la scène culte de Douce Nuit, Sanglante Nuit 2, lors de laquelle le personnage principal en fait des caisses en tirant sur un pauvre mec qui sortait ses poubelles ? A priori très fan de la séquence, le titulaire du rôle du Psycho Cop (Robert R. Shafer, une figure fréquente de la Série B) s’en sert de base et passe tout le film à écarquiller les yeux comme un Mr Bean sous acide et balance des rires gras à chacune de ses apparitions. Elle est loin, la sobriété des Michael Myers et consorts…

 

 

Le constat ne se fera bien sûr pas attendre, et Psycho Cop sera considéré comme navrant par 99,9 % de la population, même celle habituée aux bisseries folles. N’empêche qu’à l’exception des vingt dernières minutes, pénibles car nous la jouant « promenons-nous dans les bois tant que le loup n’y est pas », force est d’avouer qu’on se prend au petit jeu de ce good cop, bad movie. Le décorum est plutôt reposant (villa luxueuse, piscine, soleil, ça sent les vac’ et le jus d’ananas quoi), les bévues à sa péter une cote de rire, et le scénario manque tellement de consistance qu’il nous coule entre les doigts. Voir cette séquence out of this world où les teens cherchent à contacter la police, parce qu’ils ont trouvé des croix en bois dans la forêt et soupçonnent le pauvre gardien des lieux, pourtant gentil et doux comme un chaton, d’être un dangereux pervers. Evidemment, c’est à ce moment que ce pourri de Vickers se présente devant le plus con de la bande, lui balançant une petite vanne tandis que le débilos lui répond que ça tombe bien, il cherchait justement un représentant de la Loi. Coupure, on passe à une autre scène, le spectateur habitué pensant comme de juste que l’on retrouvera plus tard le corps amoché de l’étudiant. Ben non, on le revoit quelques instants plus tard, bien en forme (on s’étonne déjà que l’impitoyable Vickers lui laisse la vie sauve, m’enfin…), et il ne prévient même pas ses amis qu’il a croisé un agent plus tôt ! A se demander quelle était l’utilité du passage, et ce que Potts et son équipe fumaient sur le set. Tout naze mais idéal pour passer une petite soirée entre cinéphiles de goût, Psycho Cop est donc de ces losers pathétiques transformés en incontestables winners pour peut que l’on soit d’humeur à rire. Et vous connaissez la dernière ? Une suite est sortie quatre ans plus tard, toujours avec Shafer dans le rôle du flicard vénérant Satan et dézinguant tout le monde avec le sourire de celui qui aime vraiment son boulot. Inutile de préciser que nous allons nous laisser coffrer une fois de plus.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Wallace Potts
  • Scénario : Wallace Potts
  • Production : Jessica Rains, Cassian Elwes
  • Pays: USA
  • Acteurs: Robert R. Shafer, Jeff Quale, Cindy Guyer, Linda West
  • Année:  1989

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