Le Lac des Morts-Vivants

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Dans une campagne de carte postale, des nazis balancés à la flotte décident de leur tombe humide pour y entraîner quelques basketteuses auparavant ravies de barboter les seins à l’air. Etonnament, nulle trace de ces heures tristes de notre Histoire dans les manuels scolaires. Complot en vue ?

 

 

Ah, Le Lac des Morts-Vivants (1980) ! Pour certains (nombreux), c’est surtout la marre aux nanars, tandis que les autres (très rares) louent une petite flaque du bis à la française, pas suffisamment profonde pour éclabousser efficacement, mais rendue charmante par ses décors ruraux, petit coin de paradis sur lequel s’extasierait volontiers le JT de Jean-Pierre Pernault. En coulisses, c’est pourtant l’enfer : Eurociné, boîte à l’origine de l’affaire, joue les pingres, engage des gens du coin totalement inexpérimentés en tant qu’acteurs, se contente de balancer un peu de couleur rouge dans des seaux de flotte pour créer leur hémoglobine, le fond de teint verdâtre et bon marché utilisé pour peinturlurer les zombies coule une fois qu’ils mettent le pied dans l’eau, et la séquence finale, lors de laquelle ça joue du lance-flamme pour réduire en cendres les fameux morts-vivants, est tournée en dépit de toute norme de sécurité. Pire : Marius Lesœur, grand manitou d’Eurociné, parvient à s’engueuler avec l’un de ses meilleurs ouvriers, Jess Franco, juste avant le tournage, poussant l’Espagnol à se volatiliser et laissant le producteur sans réalisateur. Et qui c’est qu’on appelle alors ? Jean Rollin bien sûr, à deux doigts de boucler ses valises pour partir en vacances mais réquisitionné d’urgence pour tourner Le Lac des Morts-Vivants de A à Z. Surtout Z, évidemment. Par chez nous, il est de bon ton de se moquer grassement du film, largement considéré comme ce que la France enfanta de pire question septième art (Kev Addams est bien sûr arrivé depuis), et comme l’un des meilleurs (ou pires, c’est selon) exemples d’un cinéma hexagonal à la Ed Wood. Bref, le bassin aux nazillons verts comme des petits Hulk, personne n’en veut vraiment dans son salon. Aux States par contre, il n’est pas si rare de croiser des horror addicts parti traquer la VHS de Zombie Lake, devenue culte grâce à une jaquette particulièrement affolante, il faut bien le dire. Et il faut aussi avouer que pour nos amis Américains, le film importe sans doute moins que le label l’ayant édité, à savoir Wizard Video, dont les produits sont parmi les plus recherchés question reliques des années 80.

 

 

On peut d’ailleurs comprendre que l’objet soit plus important que la pelloche en elle-même : abandonnée par un Franco pourtant pas toujours très regardant quant à ce qu’il tournait, et récupéré par un Jean Rollin qui passa bien des années à démentir sa présence derrière la caméra (c’est sur le tard qu’il finira par avouer le crime), Le Lac des Morts-Vivants fait peur avant même que l’on aie appuyé sur la touche « Play ». Des craintes fondées et vite matérialisées en une tornade de bévues, de celles qu’on ne croise qu’une fois par décennie. Câbles et prises servant à apporter de l’électricité aux projecteurs clairement visibles au sol, « comédiens » mauvais comme des cochons et dont le cas est encore aggravé par une post-synchro catastrophique, scènes sous-marines incapables de cacher qu’elles ont été tournées dans une piscine puisque l’on en aperçoit les parois, plans réutilisés plusieurs fois, bande-originale correcte mais ringarde la majeure partie du temps et donnant une idée très précise de ce que doit donner un séisme dans une quincaillerie lorsque les zomblards pointent le bout de leur nez tout vert (« Cling clong zing zang clark », que de la bonne zik quoi), stock-shots se mariant très mal au reste du métrage (tantôt c’est l’été, tantôt c’est l’hiver)… La totale, et on passera rapidement sur le cas de ces macchabées aquatiques incapables de rester dans l’eau plus de cinq secondes sans aller reprendre une grosse louchée d’air frais à la surface, alors qu’un zombie n’a normalement pas besoin de respirer. De quoi alimenter une soirée entre amis pour faire simple, bien qu’il serait criminel de ne pas reconnaître quelques qualités au boulot ici fait par un Jean Rollin que seuls ses détracteurs les plus butés pensent toujours totalement dénué de qualités. A quelques zooms partis se loger dans les narines de l’obligatoire Howard Vernon près (du boulot empaqueté par Franco? Ca peut y ressembler…), Le Lac des Morts-Vivants est moins mal emballé que ce que l’on a bien voulu dire et écrire. Certains plans sont même fort beaux – pas une surprise puisque Rollin s’arrangeait toujours pour flatter les rétines, ne serait-ce que le temps de quelques secondes -, la photographie est plutôt enviable et l’on décéléra une petite touche de poésie certes un brin bébête (l’un des living dead fait la connaissance de sa fillette et tente de créer une relation avec elle) mais qui a le mérite de l’originalité. Et puis on a connu séances plus désagréables que celle-ci : le décorum provincial susurre l’idée d’une balade champêtre, et les demoiselles, toutes dénudées à un moment ou un autre, viennent égayer ce retour de l’occupant.

 

 

On ne vendra pas pour autant l’affaire comme un chef d’oeuvre incompris : si les défauts cités plus haut font naître le rire et que Dame Nature fait encore gagner quelques points à la plus connue des productions Eurociné, le résultat reste largement navrant. La faute à un tempo émollient, où chaque scène semble s’éterniser au-delà du raisonnable, où les personnages ne récitent pas une ou deux lignes mais des paragraphes entiers juste après s’être présentés (l’échange entre Vernon et la journaliste, aberrant), et où les scènes de cul (-cul la praline, même) sont là pour tirer le produit fini vers une durée raisonnable. Rollin n’y pouvait pas grand-chose puisque Lesœur, scénariste pour l’occaz’, lui remettait les pages du scénario au jour le jour. Pas évident de construire un palais quand on ne vous livre qu’une brique chaque matin… Et on comprend que l’architecte en avait ras la casquette, car si Jean Rollin – planqué derrière le pseudo J.A. Lazer – prétendait dans certaines interviews qu’il prit Le Lac des Morts-Vivants pour une banale récréation, et qu’il s’y amusa fort bien en compagnie d’Howard Vernon, la réalité semble toute autre. Dans Jess Franco où les prospérités du bis, Alain Petit écrivait qu’il dut se rendre sur le tournage pour apporter un soutien moral au metteur en scène, et l’on a fréquemment la sensation que Vernon tente de réprimer un bâillement lorsqu’il est filmé en train de fixer le vide dans son vieux bureau. Rollin, qui en plus de son statut de réalisateur incarne un policier envoyé sur place pour enquêter sur les disparitions des cocottes, semble d’ailleurs se faire chier royalement et est aussi vif qu’un paresseux atteint de la mononucléose. On finit fatalement par être atteints nous aussi par cette emmerdite aiguë, et maté en solitaire Zombie Lake tient parfois de la punition pure et simple… Reste le plaisir, bien réel, d’entendre le plus joli mot du monde : Promizoulin.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jean Rollin (Jess Franco ?)
  • Scénario : Marius Lesoeur
  • Production : Eurociné
  • Pays: France
  • Acteurs: Howard Vernon, Pierre-Marie Escourrou, Anouchka Lesoeur, Jean Rollin
  • Année:  1981

2 comments to Le Lac des Morts-Vivants

  • Don  says:

    Je pense que ta critique est juste Riggs, c’est un film plein de défauts. Mais l’eau ayant coulé sous les ponts (du lac), on peut aussi lui trouver certaines qualités après quelques visionnages. L’ambiance est parfois franchement sympa, en de brefs moments (merci Jean Rollin)et comme tu le dis, le film n’est pas avare en nichons, et l’indéboulonnable Howard Vernon apporte toujours ce ptit côté mystérieux (sans doute le mystère d’un vrai acteur paumé au milieu de tant d’horribles comédiens). Et cette petite auberge « qui sent la pipe » dixit Fausto Fasulo est tellement pleine de charme <3 Perso, la première fois que je l'ai vu il y a fort longtemps au cours d'une soirée nanars, je me suis évidement amusé à compter les scènes wtf en frétillant. La 2eme fois, j'ai regardé le film sérieusement au premier degré pour ce qu'il était (et curieusement, non, le scenario ne m'a pas transcendé). Et récemment pendant un troisième visionnage j'ai essayé de me concentrer sur les quelques qualités du film et franchement, ça parait moins long ! Bref impossible de dissocier l'aspect nostalgique de ce film et du coup, plutôt un bonbon pour moi, en dépit du bon sens !

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