The Predator

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Sur Toxic Crypt, nous ne sommes pas du genre à nous la péter. Du coup, nous n’avons jamais annoncé publiquement les liens forts nous unissant à Shane Black, ami si proche qu’il prend fréquemment son jet privé pour descendre dans notre caveau pour des soirées arrosées, où il nous prouve qu’il peut faire tenir une canette de bière sur une couille une fois qu’il a encerclée celle-ci avec son zob. Il est comme ça, Shane… Reste qu’à l’heure de revenir sur son dernier méfait, The Predator (2018), nous préférons copier/coller une conversation Skype survenue le 2 septembre 2018 entre le réalisateur et nous-même. Parce que ça va plus vite et que ça colle avec le manque d’efforts dont a fait preuve notre vieux pote lorsque vint le moment de sortir le Space Rasta de sa retraite.

 

 

– Hey Rigs ! La forme ? Ca fait une paye…
– Yo mec. Ouais, j’ai pas été très présent dernièrement, désolé dude… J’étais occupé à aider des associations caritatives à construire des écoles dans les pays défavorisés durant tout le mois de juin, en juillet je suis parti en Louisiane savonner des oiseaux qui ont pris un bain de pétrole, et en août je suis parti filer un coup de main à des ingénieurs de la NASA qui calaient sur un truc. Je suis cre-vé.
– Putain tu m’étonnes, tu chômes pas mon con.
– Et toi quoi de neuf ?
– Ben là ya The Predator qui va sortir d’ici quelques jours, donc je suis assez excité tu te doutes !
– Ah ouais j’avais vu que ça déboulait ce mois-ci. Gonna be good !
– J’espère Rigs, j’espère… Dis… Je me demandais si ça te dérangerait d’y jeter un œil avant la sortie ? Que je sache à quoi m’attendre, tu vois ? Je peux t’envoyer un mp4 sur ton mail si jamais.
– Ouais pas de problèmes, j’ai deux bonnes heures devant moi avant d’aller aider Les Restos du Coeur à faire l’inventaire de leur stock. On s’est rendu compte que depuis que Christophe Maé fait partie des Enfoirés il manque des boîtes de choucroute.
– Ah le pourri… Bon ben je t’envoie ça alors vieux, merci ! Et sois franc, surtout. Je veux pas me faire d’illusions : si je dois faire une chute, je préfère le savoir à l’avance pour me rembourrer un peu avant.
– J’ai un bon débit donc j’ai déjà reçu le bordel. Ecoute je lance ça et on se retrouve dans plus d’une heure et demi avec une bonne dose de franchitude, ma gueule !
– Ca roule ! Bon film ! Enfin j’espère looooool

 

 

107 minutes plus tard

Done.
– Ca a été ? T’as bien aimé ?
– Hmmm… C’était ok, I guess
– Je vois… T’as pas aimé en fait.
– Je dirais pas ça, c’était divertissant. Mais bon, c’est pas The Nice Guys quoi…
– Mais c’est mieux foutu qu’Iron Man 3, non ?
– Non plus… Sorry man
– Ah fuckintosh ! Je pensais que ça te brancherait, il y a un gros côté années 80 et tout. Le fait que ça débute un peu comme le premier film, avec des militaires qui font sauter le crâne des barbus d’un cartel, puis que le Predator débarque et écorche un mec, puis troue le bide d’un autre…
– Cette entrée en la matière était pas trop mal et rappelle d’où tu viens, ouais. Je dis pas que j’avais la sensation d’avoir Bill Duke sur les genoux, car le tout est assez bref et peut-être un peu trop « in your face » d’entrée de jeu, mais il y avait de l’idée. Le fait de dévoiler le Predator, invisible jusque-là, en lui faisant tomber sur la gueule le sang du gus qu’il a coupé en deux juste avant est franchement cool.
– Ouais, puis après on part dans un trip plus child movie, avec le survivant de la baston contre le Predator qui chipe l’équipement de notre alien dreadlocké et envoie le tout à sa bicoque. Son fils, autiste, récupère le tout et comme il est super malin, il parvient à s’en servir, ce qui attire d’autres Predators à lui !
– Tu tentes un truc neuf dans la saga, c’est certain. Mais en même temps, depuis Stranger Things, les machins avec des mouflets confrontés à une menace surnaturelle, c’est la mode.
– Roh t’abuses mon pote ! J’ai Fred Dekker au script, avec La Nuit des Sangsues et surtout Monster Squad, il a pour ainsi dire posé les bases du film fantastique en culottes courtes !
– C’est vrai que si des gars ont la légitimité pour taper dans le genre, c’est plutôt vous que les autres.
– Et puis même si on a un marmot au centre de l’intrigue, les héros restent quand même une troupe de soldats capables de te désosser toute l’écurie Marvel avec une paille et trois chips au paprika. Parce que je sais pas si tu te souviens, mais le héros est envoyé chez les dingos, le gouvernement préférant qu’il soit enfermé pour ne pas qu’il raconte partout qu’il a vu des petits hommes verts tomber du ciel. Mais comme les autres tarés avec lesquels il se retrouve sont tous des anciens combattants, ils se font la malle et vont se boxer avec les Predators.
– Ouais… Je vais être honnête Shane, je crois que c’est un mauvais calcul aussi ça. Non pas que l’idée fonctionne si mal, c’est plutôt marrant de voir Thomas Jane balancer des phrases du genre « mange ta moule » parce qu’il a le syndrome Gilles de la Tourette, mais je suis pas sûr que ce soit ce qu’espèrent les fans de la franchise…
– Développe…
– Ton public veut des mecs badass, des types qui pourraient être les stars de leurs propres films d’action, changés en fillettes parce que le monstre qu’ils ont au cul est encore plus badass qu’eux. Là, t’as Keegan-Michael Key en train de faire le zouave pendant tout le film et un type pas loin de se prendre pour la réincarnation de ce putain de Jésus Christ en train de jouer les baby-sitters pour un mouflet, le tout dans une tornade de vannes pas super inspirées… Car niveau dialogue, t’as fais mieux quand même.

 

 

– Que veux-tu que j’y fasse aussi ? T’as vu la gueule des action-stars de maintenant ? Arnold a pas voulu rempiler car le rôle que je lui réservais était trop petit à son goût. J’allais quand même pas engager Jay Courtney !
– Tu pouvais prendre un Scott Adkins. Jason Statham signifie encore quelque-chose auprès du public. Et même si je suis pas un grand fan, Dwayne Johnson est un peu considéré comme le successeur du barbare venu d’Autriche.
– Adkins, on aurait été rangés dans la case DTV, tu le sais. Statham barbotait avec un requin géant et The Rock t’engloutit la moitié du budget à lui tout seul. C’était quand même plus safe d’aller chercher Boyd Holbrook. Il est bien Holbrook dans le rôle, non ?
– Il est ok.
– Tu dis ça depuis tout à l’heure ! Tout est juste « ok » à te lire !
– C’est parce que c’est le cas, Shane… La réalisation est pas mal mais elle transporte pas. Les scènes d’action sont lisibles mais on ne ressent jamais aucune tension puisque t’as le Saturday Night Live tout entier qui ricane à l’arrière-plan. Les persos sont tous assez sympas mais leurs morts ne ferait pas miauler un chaton né d’hier. Même le score revisité du premier, s’il fait plaisir à entendre, semble un peu hors-sujet tant l’ambiance est à la gaudriole.
– Mais Predator c’est des vannes aussi ! Tu te souviens du mec qui broute sa femme avec l’écho et tout et tout ? Ca déconnait déjà sévère !
– Mais ce n’était pas que ça non plus. Et d’ailleurs le passage que tu cites était pas si drôle que ça puisqu’au moment où ton perso blaguait, la scène était vécue du point de vue du Predator. Le gag passait à la trappe pour que le climat puisse s’alourdir un coup. Ton film, c’est un grand huit : ça va vite, on rigole doucement, on apprécie le paysage, mais on sait qu’on va arriver en un seul morceau et qu’on aura pas le bide suffisamment en vrac pour se priver d’une barbe à papa.
– Tu me donnes envie d’en manger une…
– Le problème de The Predator, c’est qu’on dirait un crossover entre les trois Expendables, Monster Squad et Vol Au-dessus d’un Nid de Coucous. Et je suis certain qu’un gosse qui tombe devant le film en 2018 en fera un de ses films favoris, car il y a tout ce qu’il faut pour lui dedans : du gore (trop CGI, parfois je me croyais devant Call of Duty, mais les kids vont kiffer), des monstres qui se font pas trop désirer, le fait que le tout se passe à Halloween, des persos marrants qui chient des grenades, de grosses explosions… Mais c’est pas le public que tu devais séduire, car les mecs qui vont te faire ta promo sur Twitter et sur les sites ciblés fantastiques, c’est des zigs prêts à foutre 40 dollars dans une figurine Neca du Predaboy. Des vieux de la vieille dont la plaque d’immatriculation c’est « DUTCH-1987 ». Pas Jimmy, 10 ans et demi, qui verra son premier Schwazy avec le sortie du prochain Terminator.
– Pourtant j’ai sorti mon plus beau peigne pour caresser les fans dans le sens du poil. J’ai engagé Jake Busey pour qu’il joue le fils du perso que son père incarnait dans Predator 2 ! Je joue un peu sur la relation d’antagonisme/pote sur le tard entre le héros et un mec du gouvernement, un peu comme Arnold et Carl Wheaters dans le classique de McT. Je ressors même la punchline de la gueule de porte-bonheur !
– Ouais mais tu la colles dans la bouche d’une scientifique/bonnasse/dure à cuir super clichée, le genre que t’aurais pu croiser dans Evolution d’Ivan Reitman. C’est contre-productif. Et c’est quoi ce clébard Predator avec lequel les persos font mumuse ?
– C’est pour avoir une mascotte mignonne.
– T’étonnes pas que les poilus fans du premier te tirent la tronche après, mec… T’as de la chance qu’ils soient occupés à attendre que Nimrod Antal sorte de chez lui pour lui faire chier des boulons carrés.
– Me dis pas que The Predator est moins bien que Predators quand même… Car là je vais faire un malaise, mec.
– Nan, et ton film est meilleur que les crossovers avec Alien aussi, je te rassure. On s’emmerde pas devant ton truc, car t’as de beaux restes, t’es sans doute incapable de faire un film véritablement chiant. Mais on a l’impression que t’as envie d’être partout ailleurs que sur ce projet, et que du coup tu donnes un tournant sarcastique et moqueur au bidule.

 

 

– Je dois bien avouer que mon truc, c’était plutôt The Nice Guys tu vois ? Quelque-chose de rétro, d’un peu seventies dans l’esprit. Je veux faire Chinatown moi, je veux être Roman Polanski !
– Fais toi un gosse, ça ira plus vite.
– Rah t’es con ! N’empêche, tu crois que je suis dans la merde avec The Predator ?
– Disons que vaut mieux que tu traînes pas trop du côté de Rotten Tomatoes pendant quelques années… Mais tu le savais, non ? Je veux dire, quand un protagoniste résume l’intrigue pour qu’elle soit plus claire, et explique que les Predator passent de planètes en planètes pour y récupérer l’ADN des meilleurs éléments s’y trouvant pour ensuite se fortifier via des expérimentations, un autre répond « T’as rien trouvé de mieux ? ». Si ça c’est pas une preuve que tu crois pas toi-même à ton affaire…
– Tu m’as eu, là…
– D’ailleurs, j’ai une question à te poser. Y’a un truc que j’ai pas trop compris : un premier Predator déboule chez nous pour nous refiler une arme faite pour éliminer ceux qui le suivront, avec qui il semble plus trop pote. Une sorte de cadeau fait à l’humanité, on va dire. Mais à peine arrivé, il se met à éplucher des soldats et à trouer des bedaines. Plus tard, il fait un massacre dans un laboratoire aussi. Pourquoi vouloir nous sauver la mise si c’est pour faire un carnage dans nos rangs ?
– …
– Shane ?
– Excuse j’ai des problèmes de connexion, Skype chie un peu je crois…

Shane a quitté la conversation

 

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Shane Black
  • Scénario : Shane Black, Fred Dekker
  • Production : John Davis, Lawrence Gordon et Joel Silver
  • Pays: USA
  • Acteurs: Boyd Holbrook, Olivia Munn, Thomas Jane, Trevante Rhodes
  • Année:  2018

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