Beverly Hills Vamp

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Qu’il a bon coeur, ce Fred Olen Ray ! Puisque l’éternel nerd des années 80 qu’est Eddie Deezen (Grease et sa suite, et dans des registres plus proches de nous Critters 2 et Laserblast) n’est et ne sera jamais embauché pour incarner les jeunes premiers aux pieds duquel se trémoussent des mannequins de chez Dior, l’ami Fredo l’envoie chasser la vampirette sexy au détour de Beverly Hills Vamp (1989), version cartoonesque et siliconée du Vampire, vous avez dit vampire ? de Tom Holland.

 

 

On peut reprocher beaucoup de choses à Fred Olen Ray – encore que de notre côté, on se gardera bien de pointer un doigt inquisiteur sur le bonhomme, que l’on aime tant – mais on ne pourra jamais lui enlever qu’il avait le chic pour monter de sacrés castings. Prenons Beverly Hills Vamp, parce que c’est le film du jour et que ça m’arrange bien, mais aussi parce qu’il résume parfaitement la méthode Olen Ray : on embauche une poignée de Scream Queens pour faire péter le mercure, on réquisitionne des copains ne se prenant pas trop au sérieux et pour se donner une petite légitimité on sort de terre quelques vieilles gloires, has-been depuis longtemps mais dont les noms résonnent toujours joliment dans des oreilles des VHSovores. Cette virée dans les collines de Beverly Hills sera donc tracée en compagnie du déjà cité Eddie Deezen, de l’habituée du réalisateur qu’est Michelle Bauer (Hollywood Chainsaw Hookers, The Tomb), de la Suédoise Britt Ekland (L’Homme au Pistolet d’Or, The Wicker Man), de la petite vedette de l’épouvante 70’s Robert Quarry (le Count Yorga en personne), du pince-sans-rire Patt McCormick (La Folle Histoire du Monde, Fantômes en Fête), de la peu farouche Debra Lamb (Stripped to Kill et sa séquelle), de la pro du coup de genou dans les croustillons Jillian Kesner (Firecracker, Raw Force), du très chill Jay Richardson (Hollywood Chainsaw Hooker, Evil Spawn) ou encore d’un Tom Shell en passe d’avoir sa carte de membre au club des indécrottables de la Série B (on l’a vu dans Surf Nazis Must Die, Hard Rock Nightmare et le parodique Death Row Dinner). On a vu pire assemblée, même si l’on suppose que certains se seraient bien passés d’une fin de carrière dans des direct-to-video volontairement grotesque. Et c’est sans surprise que l’on découvrira que la plus prestigieuse du lot, Britt Ekland, ne sera que de passage, la belle blonde ayant probablement tourné ses trois ou quatre scènes en une après-midi. Largement suffisant pour un Fred Olen Ray taillé dans le même bois que ses camarades Jim Wynorski ou David DeCoteau, et donc capable de vous torcher une saison entière de Dowtown Abbey en cinq jours et avec un cagibi pour tout décor. D’ailleurs, en bon low budget d’intérieur, Beverly Hills Vamp ne s’aventure que rarement à l’extérieur, ne prenant sa bouffée d’air frais que lorsque c’est absolument nécessaire. Ne faisons pas les surpris : à quoi s’attendre d’autre que 90 minutes passées dans les chambres à coucher venant d’un film avec des prostituées aux dents limées ?

 

 

Fraîchement descendus à Beverly Hills dans l’espoir d’y vendre le script de la comédie romantique sur lequel ils fondent tous leurs espoirs, Kyle (Deezen), Brock (Tim Conway Jr.) et Russell (Shell) débarquent dans le bureau du producteur de bandes d’exploitation Aaron Pendleton (Richardson), et accessoirement l’oncle de Brock, priant pour qu’il accepte de leur signer un gros chèque. Ca ne sera pas pour cette fois : déjà en train de plancher sur autre-chose (« Un film épique situé dans le désert, façon Lawrence d’Arabie ! Motorcycle Sluts in Heat ! Un truc très romantique ! »), le movie mogul envoie gentiment balader le trio, leur proposant de petits rôles d’assistants sur d’autres productions en attendant que leur heure soit venue. Et d’ici là, pourquoi ne pas profiter des plaisirs nocturnes offerts par la Californie ? Séduits par l’idée, Brock et Russel décident d’utiliser la carte de crédit de papa pour se payer des escorts, au grand désarroi de Kyle, pas contraire à l’idée de s’amuser avec une pro du matelas, mais pas résolu pour autant à faire cocu sa petite-amie restée au pays. Devant l’insistance de ses deux potos, et pour ne pas les laisser seuls, le plus sérieux de la bande accepte finalement de les accompagner dans cette demeure luxueuse, où ils sont accueillis par un majordome aux teint pâle et trois séduisantes demoiselles nommées Christina (Bauer), Claudia (Kesner) et Jessica (Lamb). Du genre à prendre les choses en main, si vous voyez où je veux en venir, les filles attirent sans mal Brock et Russell dans leurs quartiers privés, seule Christina ramant comme un galérien pour pousser Kyle à tomber la chemise. Trop fidèle pour pouvoir tripoter les formes généreuses de la mamzelle, Monsieur prend la fuite, ignorant que sa loyauté vient de sauver sa jugulaire. Car comme le titre le précise, le bordel est tenu par de vilaines vampires, gérées par la mère maquerelle Cassandra (Ekland), maligne au point d’envoyer ses suceuses (de sang, mais pas que…) dans les calbutes des policiers tournant dangereusement autour de sa maison close. Et la flicaille de succomber aux charmes des cousines par alliance de Dracula, les chevauchant un bon coup avant de leur montrer qu’elles ne manquent pas de mordant.

 

 

Une fois rentré chez lui et après avoir profité du sommeil du juste, Kyle découvre que ses comparses ne sont jamais rentrés. Quant au bordel, il semble totalement vide, le majordome lui assurant que le bâtiment n’est habité que par lui et les siens. Cela dit en passant, elles sont motivées les vampires : devoir virer tout le mobilier au petit matin pour après tout replacer une fois la nuit tombée, faut vraiment tenir à sa couverture… Persuadé qu’on tente de le manipuler, Kyle s’en va demander de l’aide à la police, en vain puisque les gardiens de la paix ne l’écoutent que d’une oreille, le forçant à aller frapper à la porte de Pendleton, le petit nabab étant la seule personne qu’il connaît sur place. Celui-ci acceptera d’autant plus de l’aider que Brock réapparaît alors avec une mine affreuse, celle du gars que l’on a certes vidé de sa semence, mais aussi de tous ses globules rouges. Heureusement, Pendleton a un carnet d’adresses bien garni et peut compter sur les conseils d’un prêtre exorciste (Quarry) avec lequel il bossa plus tôt… Fright Night, vous avez dit Fright Night ? Difficile effectivement de ne pas songer ne serait-ce qu’un quart de seconde au classique 80’s de Tom Holland tant les parallèles sont évidents. Certes, dans Vampire, vous avez dit Vampire ?, personne ne part se dégorger le poireau auprès de filles du métier, mais on retrouve, outre la modernisation du monstre, un héros (gentiment geek chez Holland, carrément nerd ici), son meilleur ami vampirisé à mi-chemin du film, et la figure du vampire hunter ridiculisée, ici scindée en deux personnages. Car en additionnant le prêtre campé par Quarry, surtout intéressé à l’idée de prendre des bains chauds avec son infirmière bonnasse, et le personnage de cet amuseur à moindres frais qu’est Pendleton, on obtient quelque-chose de finalement peu éloigné du très culte Peter Vincent… Fred Olen Ray tourne donc sous influence, bien que ce soit comme toujours à sa manière.

 

 

Soit sans se prendre au sérieux un traître instant et en shootant ce qu’il est permis de considérer comme un dessin-animé live, avec son lot de bruitages grossiers et ses personnages brisant le quatrième mur au bulldozer, histoire de signaler que personne n’est dupe du côté gentiment concon de l’entreprise. Les vampires pestent comme des chattes en chaleur lorsqu’elles montrent les dents, Eddie Geezen se fige sur place lorsqu’une nana lui effleure le bout des lèvres, et lorsque lui et ses amis rêvassent de croiser des bimbos, ils ne remarquent pas qu’il y en a trois derrière eux qui leur montrent leurs boobs en se tortillant. Chez Fredo, c’est pas du Bram Stoker ou la Hammer, c’est Mordicus sans le canard mais avec un petit bataillon de nénettes prêtes à déchirer le corset à la première occasion. Le tout dans une bonne humeur plutôt communicative et soulignée dès l’entame, un prétendu expert en vampirisme (McCormick) nous expliquant tout ce qu’il y a à savoir sur les descendants de Vlad Tepes avant d’être interrompu par l’appel de sa pizzeria, histoire de s’assurer qu’il veut bien des saucisses d’un côté et du salami de l’autre. Le ton est donné, même si cette petite intro trompe sur la marchandise, McCormick nous assurant que Beverly Hills Vamp, une soi-disant histoire vraie si l’on en croit ce taquin de Fred Olen Ray, contient autant de gros melons que de coulées de jus de cerises. Pour les nichons libérés de leurs prisons de soie, on confirme, y’a bien la dose réglementaire, mais niveau gore on se fout de notre gueule, pardonnez-moi de le dire… Si ce n’est éventuellement le sort peu enviable réservé à une blood (and cum) sucker, dont le front se met à transpirer un liquide verdâtre (« c’est du guacamole » précise ce farceur de Jay Richardson), rien de bien dégueulasse dans ces beaux quartiers visiblement décidés à rester des plus proprets.

 

 

Forcément dommage, même si l’on comprend bien que le principal est ailleurs. Dans le plaisir, fatalement plus érotique qu’horrifique, de se coincer le cranium entre les miches de la toujours adorable Michelle Bauer. Et dans les gesticulations de cet éternel second rôle qu’est Eddie Deezen, ici propulsé tête d’affiche (ne croyez pas les posters vendant Britt Ekland comme la star du machin, elle ne fait que passer), tâche dont il s’acquitte sans heurts. Dommage de ne pas avoir donné plus souvent sa chance à un comédien qui aurait pu devenir un second Jim Varney d’ailleurs, ce grand dadais poussant au sourire lorsqu’il dévoile un caleçon avec un crucifix imprimé dessus, histoire de repousser les vampires adeptes de la pipe. Et drôle encore ce passage voyant une succube lui caresser l’entre-jambe avant de balancer un détournement d’une célèbre réplique : « C’est un pieu que je sens ou bien tu es content de me voir ? ». « Ah ah ! Oui c’est un pieu, maintenant meurs, salope ! » balance Deezen avant de planter la vilaine, qui s’évaporera dans un déluge de lumières typiquement eighties ! Campy au-delà du raisonnable, mais aussi fort plaisant pour peu que l’on puisse se contenter de ces B-Movies quasi-intégralement constitués de discussions entre quatre murs. Mais au moins les dialogues sont-ils assez délirants et conscients de leur connerie pour que cela rentre comme papa dans maman. Et puis, comment ne pas craquer devant la belle Michelle de toute façon ? On ne peut pas, tout simplement.

Rigs Mordo

 

  • Réalisation : Fred Olen Ray
  • Scénario : Ernest Farino
  • Production : Fred Olen Ray, Grant Austin Waldman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Eddie Deezen, Michelle Bauer, Jay Richardson, Tim Conway Jr.
  • Année:  1989

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