Flashback

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Le très sixties Jimmy Sangster, éternel scénariste de ce que la Hammer Films a compté de meilleur (La Malédiction des Pharaons, Les Maîtresses de Dracula, Frankenstein s’est échappé…), a l’origine d’un neo-slasher allemand empaqueté en 1999, c’est vraiment possible ? Oui, même si le style du bonhomme ne s’y retrouve que par intermittences.

 

 

Dix années après avoir assisté au meurtre de ses parents et de son pauvre toutou, labourés par un dingo portant une perruque à la Mireille Matthieu et une robe à fleurs comme les placards de ma grand-mère en débordaient, la jeune Jeanette semble fin prête à sortir de son hôpital psychiatrique pour embrasser une réinsertion en société bien méritée. D’ailleurs, grâce à un psy plus sympa que la moyenne, elle trouve immédiatement un boulot de professeur privé d’italien pour trois ados, frères et sœurs issus d’une riche famille localisée dans une villa perdue au milieu des bois. Si tout semble se passer pour le mieux pour Jeanette, si l’on excepte quelques reproches balancés à la volée par l’irascible bonne à tout faire campée par Elke Lisa et le Diable Sommer, vite compensés par les bisous et caresses intimes de l’un de ses élèves dans la piscine, son passé semble cependant la rattraper. Elle est ainsi persuadée d’avoir aperçu une silhouette portant une tunique de vioque dans les champs bordant sa demeure pour l’été, et elle commence à se demander si quelqu’un ne se cacherait pas dans le cabanon faisant face à la villa… D’ailleurs, les corps commencent à pleuvoir dans la région, une demoiselle se retrouvant passée au broyeur tandis que le cadavre de la si méchante ménagère est retrouvé suspendu à un télésiège. Encore des vacances de foutues, quoi ! Que les férus de la Hammer entrés dans la boutique Flashback fassent demi-tour tant qu’il est encore temps : si l’on repère ça et là le style de l’un des pères fondateurs du gothique so british, ce n’est que par petites touches. Et seulement lors du dernier acte serions-nous tentés d’ajouter, puisque ce slasher lorgnant, l’époque le voulait, du côté de Scream s’autorise un twist jouant sur la fragilité mentale de ses protagonistes, voire sur de sombres complots. Pas de quoi ranger Flashback aux côtés du thriller lugubre Paranoiac (1963), également écrit par Sangster, mais suffisant pour rappeler que cette légende du fantastique prit bien part au projet.

 

 

Car il est utile de le rappeler à la vue de ces teenagers cons comme des ventouses, portant des perruques roses que l’on ne pensait jamais revoir ailleurs que dans des clips de dance ringarde de 1992, quand il ne s’agitent pas comme des demeurés avec une énorme fourche ou qu’ils ne se baladent pas avec un vibromasseur jaune fluo sous le bras lors des soirées alcoolisées. Les Peter Cushing aux costumes impeccablement repassés et les Christopher Lee tout en dignité sont loin, très loin, restés dans leurs Carpates pour ne pas avoir à subir la pop dégoulinante dont Flashback se plaît à sienne. C’est qu’il faut bien séduire la jeunesse, celle agenouillée devant l’alors tout-puissant Ghostface. Des touches de modernité que l’on doit à tous les coups à la co-scénariste teutonne Natalie Scharf, dont l’activité principale réside dans la petite lucarne ; tout comme le réalisateur Michael Karen, mercenaire de la telloche germanique, qui signe ici l’un de ses rares longs-métrages pensés pour le cinéma. Et un vrai amoureux du cinoche qui laisse des tâches sur les tabliers de boucher, vu qu’on lui doit également un Killer Swarm (2008) plein d’abeilles tueuses. Il ne se dépatouille d’ailleurs pas trop mal de la mission Flashback, qui aurait certes mérité de prendre quelques anabolisants niveau gore (si le tueur use de sa faucille sur plus d’une dizaine de victimes, dont trois animaux, ça ne charcute pas particulièrement non plus si l’on oublie un ou deux gros plans de gorges entrouvertes), mais est emballé avec un certain style. On sent que le mecton avait déjà bien appris le métier, sa réalisation étant supérieure à celle de la plupart des slasher en mode DTV du début du nouveau millénaire. Dommage d’ailleurs que le cinémascope à l’origine utilisé fut mis de côté pour du 1.85:1 qui, couplé à une photographie très télévisuelle, donne parfois l’impression d’être tombés sur un feuilleton estival avec Claire Keim.

 

 

Pas très grave, cette Série B somme toute fréquentable se rattrapant ailleurs. Dans une direction artistique plutôt intéressante lorsque l’on se penche sur le cas des intérieurs par exemple, avec piscine aux colonnes antiques et salle de bain très seventies dans l’esprit, puis des totems et autres statues étranges disséminées ça et là dans la nature environnante. De quoi évoquer le bis made in Europa des années 70. D’ailleurs, Flashback a beau être marketé pour faire de l’oeil aux fanatiques des Scream, on sent chez Karen et sa troupe une volonté de remonter le temps jusqu’aux années 80. Le pitch emprunte ainsi au beau Massacre au Camp d’été, et peut faire songer au controversé Week-End de Terreur de par certaines vilaines blagues que ces décidément bien stupides ados décident de faire à la pauvre Jeanette. Un fumet eighties pas déplaisant donc, et un petit objet filmique tenant principalement sur les épaules de son héroïne, une Valerie Niehaus convaincante dans le rôle de la princesse en péril (Attention SPOILER) tout comme dans celui de la machine à tuer zigouillant son monde sans même s’en rendre compte. (Fin du SPOILER) Bulletin de fin d’années satisfaisant en somme, le petit Flashback peut passer à la classe supérieure et quitter la cour des neo-slashouze peu inspirés pour rejoindre le camp du slash’ old-chool (mais pas trop) tout ce qu’il y a de plus convenable.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Karen
  • Scénario : Jimmy Sangster, Natalie Scharf
  • Pays: Allemagne
  • Titre original : Flashback – Mörderische Ferien
  • Acteurs: Valerie Niehaus, Xaver Hutter, Alexandra Neldel, Eric Schleyer
  • Année:  2000

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