Heavy Metal Massacre

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Dans un monde idéal se trouverait, quelque-part entre la collection de chauve-souris d’Ozzy Osbourne et le dressing blindé de pantalons en cuir de Rob Halford, un vidéoclub spécialisé dans les heavy metal movies. Un paradis où les headbangers pourraient slammer tout en louant des Séries B pleines de chevelus et de guitares en forme de perceuse. Mais même dans cette utopie, il y a fort à parier que le shot-on-video Heavy Metal Massacre (1989) serait voué à pourrir sur une étagère pour le restant de ses jours. Pas la peine d’espérer que cet unique film du déjà culte Bobbi Young ait la force de frappe d’un vieux Cannibal Corpse façon Hammer Smashed Face, ici niveau méchanceté on traîne plutôt du côté du magasin de bonbons de Within Temptation.

 

 

Ce n’est pourtant pas faute d’essayer d’être evil de la part de David DeFalco, alias Bobbi Young à l’écran comme en coulisses, puisque le gazier se fend d’une histoire que l’on pourrait, si nous étions zentils tout plein, considérer comme un torture-porn avant l’heure. C’est qu’on les voit arriver, ces perverses années 2000 bourrées de filles ligotées et jetées en pâture à des obsédés adeptes du chalumeau dans Heavy Metal Massacre, plongée dans la vie du fameux Bobbi, amateur de rock dur et serial-killer à ses heures. Jouant de ses (rares) charmes, le bonhomme attire les métalleuses et punkettes dans son petit chez-lui, les drogue, les désape plus ou moins (comme la nudité full frontal coûte cheros, ces dames garderont leurs soutifs), les attache à une palette en bois dans un hangar désaffecté puis leur assène un coup de masse sur le front. Sur le papier, ce simili slasher semble être la promesse d’une bonne grosse ratatouille des familles, rendue encore plus trashos de par le milieu dans lequel l’action (si l’on peut dire, mais on y reviendra…) se déroule. Soit dans l’underground rock’n’roll, avec ses filles vulgos achetant de la dope près du flipper pour mieux la sniffer sur des vinyles d’Elvis Presley. Ruelles sombres, entrepôts mal éclairés, junkies devenus la proie d’une version diabolique des mecs de Motley Crüe… Tout semble être à sa place pour torcher un bon thriller urbain et crade, placé sous le signe de la série ultra Z certes, mais on sait par expérience qu’un aspect cheap et maladroit peut renforcer le côté glauque de ce genre d’entreprise. Une prochaine fois, peut-être ?

 

 

Car Heavy Metal Massacre foire à peu près tout ce qu’il entreprend, sa seule qualité réelle étant sa bande-son, étonnamment réussie. Probablement composée de groupes locaux ou d’amis du DeFalco, ceux-ci parviennent, de titres thrash metal que l’on pourrait trouver sur un skeud d’Exodus en tentatives de piquer le short de scout d’Angus Young, à ne pas sonner trop amateurs. C’est bien les seuls d’ailleurs, Bobbi Young étant aussi mauvais comme acteur que comme réalisateur. Lorsqu’il joue la comédie, ce grand maigrichon à la coiffure irréelle (le terme « hair metal » prend ici tout son sens) a toute les peines du monde à entrer dans le cuir de ce soi-disant beau gosse, présenté comme un casanova dont les nénettes feraient bien leur collation. A l’écran, on voit surtout un type bizarre, constamment accoudé contre un mur en attendant que le temps passe, balançant de temps en temps des œillades oscillant entre la séduction et l’embarras profond. Niveau charisme, c’est zéro, et Bobbi Young est un prétendant plus que sérieux au titre de plus mauvais boogeyman ayant jamais existé. Yep, c’est à ce point. Le pire, c’est qu’à côté de ses talents de réalisateure, son interprétation passerait pour correcte. C’est bien simple, il n’y a pas un plan correctement foutu dans Heavy Metal Massacre, la faute en bonne partie au fait que DeFalco semblait découvrir toutes les capacités de sa caméra au moment du tournage. Tel un mioche retournant son nouveau jouet dans tous les sens, le zig’ nous gratifie dès lors de tous les effets possibles et imaginables, en privilégiant les plus inutiles et les plus moches. Mosaïque (ce qui fait qu’un angle se retrouve multiplié une quarantaine de fois à l’écran, taille minipouss bien sûr), filtre négatif, saturation des couleurs, image pivotant sur elle-même… Rien ne nous sera épargné, et surtout pas des ralentis si extrêmes qu’ils en ressemblent à des arrêts sur image, la tactique du freinage sec étant indispensable pour DeFalco puisqu’elle lui permet de masquer le fait que les coups de masse sur les caboches féminines sont moins virulents que ce que l’on veut nous faire croire . A vitesse réelle, on aurait remarqué que Bobbi cogne comme un limaçon… Et aussi parce qu’une ou deux minutes de ralentis par-ci par-là, ça permet de meubler et d’atteindre les obligatoires 80 minutes, auxquelles le metteur en scène arrive avec peine.

 

 

Du coup, on tue le temps comme on peut. On s’attarde sur un panneau « Stop », on balance en entame des photographies d’un Bobbi se la jouant top-model, on passe en revue sa collection de posters montrant des squelettes déguisés en cowboy ou on imagine qu’un duo de flics sont sur ses traces. Que Bobbi se rassure, les deux keufs ne trouveraient pas une merde de chat dans une litière même si on leur offrait un lot de ramassettes, et Heavy Metal Massacre se conclut d’ailleurs sur la victoire de notre maniaque de service, la police considérant en effet que l’un de leurs suspects est le coupable. Ecrasé par une voiture, celui-ci ne pourra plus se défendre et donc prouver son innocence, permettant à Bobbi le Bobtail de remplir les caniveaux de cadavres de demoiselles au nez encombré par la poudreuse. Oups, on vous a spoilé le machin ? Allons allons, nous savons tous que personne n’a envie de s’enfiler Heavy Metal Massacre, probablement ce qu’un vidéoclub a pu proposer de plus foireux, et ce même sur l’échelle glissante du shot-on-video. Ce gros Z en devient bien évidemment hypnotique, mais soyons honnêtes : se l’enfiler d’une traite est aussi difficile que de s’enfoncer une chanson de Pleymo dans les esgourdes sans en ressortir avec de gros problèmes gastriques.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Bobbi Young
  • Scénario : Bobbi Young
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bobbi Young, John Thayer, Nick Hasomeris, Michele de Santis
  • Année:  1989
Tags:  , ,

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