Monster Dog

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Peut-être jaloux de voir son confrère Ozzy Osbourne hululer sous une lune pleine avec du poil aux bras, Alice Cooper s’en est allé jouer les grands méchants loups en Espagne. Le tout sous la direction du réalisateur Claudio Fragasso (le très « oh my goooooooooood » Troll 2 bien sûr) et du producteur Carlos Aured (avant cela réalisateur des très bons Horror rises from the Tomb, L’Empreinte de Dracula et La Venganza de la Momia), assurance d’avoir, via Monster Dog (1984), une bisserie pur jus entre les papattes.

 

 

Alliance improbable que celle entre Alice Cooper, superstar mondiale du rock macabre que les gosses adulaient parce que ça faisait flipper leur pauvres mères, et Claudio Fragasso, façonnier du bis rital longtemps resté dans l’ombre de Bruno Mattei, et donc un nom ne résonnant que dans les vidéoclubs les plus malfamés ? Pas tant que ça à dire vrai, Cooper vivant à l’époque une période particulièrement difficile : alcoolique et pas contraire à une petite drug party, le chanteur au boa constrictor était en cette première moitié des années 80 lâché par sa maison de disques, le laissant dans une situation plus qu’incertaine. Parti en réhabilitation et tentant de profiter d’une vie à l’abri des cascades de whisky, le bon Alice reçoit la proposition de Fragasso de figurer dans une Série B horrifique et se dit qu’il trouvera en Monster Dog un parfait exercice de travail en sobriété. En outre, il touchera un paquet de fric pour cette menue production, promue à une vie à l’écart des cinémas puisque pensée pour le marché de la vidéo. Du très petit budget pour le dire autrement, et dont la majeure partie partira bien évidemment dans les poches d’un Cooper du reste guère décidé à jouer les divas. Selon Carlos Aured, celui-ci ne formula que trois demandes : avoir du Coca frais à portée de main, disposer d’un magnétoscope dans ses quartiers privés pour y mater des vieux westerns et avoir les week-ends de libre pour jouer au golf. Ah les rockstars, toujours à tenter de remplir les trous inoccupés… Présenté comme sympathique et plein d’humour par tout le casting – qui aura plus de problèmes avec le premier rôle féminin Victoria Vera, à laquelle sera reproché son absence de ponctualité – Alice Cooper pourra donc embrasser son premier « grand » rôle au cinéma… en s’incarnant lui-même puisqu’il écope du personnage de Vince Raven. Soit un gazouilleur à succès, se déguisant tour à tour en Sherlock Holmes, Billy The Kid, James Bond ou Jack l’éventreur pour le bien de ses clip vidéos. Toute ressemblance avec une personne réelle ne saurait être fortuite… Puisqu’il doit tourner une nouvelle vidéo orientée épouvante, Raven se rappelle qu’il passa son enfance dans un château perdu en pleine montagne et que les lieux se prêteront plus que bien à trois minutes d’horreur fredonnée. Il y a juste un léger problème : une meute de chiens errants sème la panique dans la région, menés qu’ils sont par un molosse monstrueux que les locaux jurent par tous les dieux faire partie de la famille Raven. D’ailleurs, Vince en a gros sur la patate, son père ayant été liquidé par les paysans dans sa jeunesse parce que ceux-ci étaient persuadés qu’il était un loup-garou. Et lorsque les corps tombent du ciel, les soupçons se portent fort logiquement sur le chanteur…

 

 

Tout comme il n’y a pas de fumée sans feu, si Monster Dog se traîne une réputation peu flatteuse, ce n’est pas pour rien. Si la responsabilité de ce semi-ratage (car il y a tout de même du bon à déterrer dans la niche de ce clebs infernal, mais nous y reviendrons) en incombe comme souvent à Rossella Drudi, épouse et scénariste de Fragasso, incapable de torcher un script ne serait-ce que moyen ou un minimum cohérent, Alice Cooper a lui aussi son lot de responsabilités. Comme s’il venait de remarquer qu’il avait marché dans la merde, le roi du shock-rock trimbale une mine déconfite d’un bout à l’autre du film, n’apportant un brin de vivacité que lors des parties musicales, petits clips inutiles mais pas désagréables insérés pour atteindre les obligatoires 80 minutes de pellicule. Du reste, et à l’exception peut-être de cette séquence très vigilante flick le voyant sortir le fusil à pompe pour scalper des bouseux violents au plomb et où il est pas loin d’être badass, Cooper se contente du strict minimum et fait un bien piètre héros. Difficile de s’enticher de Vince Raven donc, sur le papier un pauvre type se retrouvant avec une malédiction sur le dos alors qu’il n’avait rien demandé à personne ; à l’écran un chevelu à peine sorti du lit et se foutant comme de sa première groupie de ce qu’il se passe autour de lui. Certes, Alice n’est pas aidé par le fait que son joli timbre n’est entendu que lorsqu’il pousse la chansonnette, tout Monster Dog étant doublé, ce qui est plutôt cocasse lorsqu’on y pense : pourquoi prendre un professionnel des cordes vocales si c’est pour le museler ? N’empêche que doublé par un autre ou pas, on voit que le zig’ vit un Italian Nightmare et se demande s’il n’a pas oublié de balancer quelques souris dans le vivarium de son serpent chéri avant de prendre l’avion. Argument commercial évident de Monster Dog, Cooper en devient ironiquement le plus gros défaut.

 

 

On passe rapidement sur le reste du casting, miteux mais pas nécessairement plus mauvais qu’Alice sur ce coup, pour mieux célébrer un Fragasso en grande forme, car appliqué et décidé à donner du style à son horror movie pas loin d’être old-school avec son décorum gothique (on se croirait de retour dans le Castle Dracula de la Hammer). Profitant d’une photographie impeccable et y allant de mouvements de caméra bien sentis par-ci par-là, le Claudio prend même la sage décision de ne pas trop montrer son werewolf. Faut dire qu’une fois dressée sur ses pattes arrières, la bête ressemble à une chaussette sur laquelle on aurait collé un peu de fourrure et des boulettes de viandes mâchées… C’est pas Le Loup-Garou de Londres quoi, même si Fragasso parvient à rendre sa bestiole inquiétante, par le biais d’une peinture plus creepy que toutes les scènes horrifiques restantes réunies, ou par le bref plan du chien démoniaque à moitié caché dans les feuillages. Ca fait peu mais nous sommes plus gâtés par ailleurs, lorsque Cooper se balade, arme au poing, dans son sombre châtelet, dans des séquences pouvant évoquer le premier jeu Resident Evil, où le personnage jouable se retrouvait lui aussi perdu dans des décors et prises de vues similaires. M’enfin, y’a pas de quoi non plus sauver Monster Dog de la médiocrité, la faute à une script n’offrant finalement pas grand-chose. On se demande quand le loup-garou finira par apparaître – avant de souhaiter qu’il retourne se cacher au plus vite tant il fait peine à voir -, Drudi invente (sans doute à la sauvette parce que le costume du loulou est raté et qu’il faut meubler comme on peut) une interminable séquence rêvée d’une fille agressée par un vieux type, et les rednecks vengeurs tombent comme une moumoute dans le potage. Enfin, ne râlons pas trop les concernant, ces quatre pourris étant ce que Monster Dog a de plus divertissant à offrir…

 

 

Si ce vrai-faux film de loup-garou prouve quelque-chose, c’est finalement que Fragasso était définitivement un faiseur efficace constamment tiré vers le bas par les scénar’ ni faits ni à faire de son âme sœur. Et qu’Alice Cooper est bien plus crédible lorsqu’il s’en tient à faire le clodo flippos pour Carpenter. Alors on n’euthanasiera peut-être pas Monster Dog, qui peut faire le taf’ une fois prit comme un gothique rital plus que comme un B-Movies velu et enragé, mais de là à l’adopter et le laisser dormir sur le lit…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Claudio Fragasso
  • Scénario : Rossela Drudi, Claudio Fragasso
  • Production : Carlos Aured, Clark Tyrrel
  • Titre Original : Leviatán
  • Pays: Espagne, Italie, USA, Puerto Rico
  • Acteurs: Alice Cooper, Victoria Vera, Pepa Sarsa, Pepita James
  • Année:  1984

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